Claire Nouvian, un engagement pour protéger les océans

Claire Nouvian, fondatrice et présidente de l'association Bloom

Claire Nouvian, fondatrice et présidente de Bloom - association protectrice des océans et des espèces marines - qualifié d'"ange gardien de la planète" par le magazine Géo en 2007, nous explique son engagement contre la pêche en eau profonde et revient sur la décision de la Scapêche de cesser d'ici à 2015 le chalutage profond.

Claire Nouvian est la fondatrice et directrice de Bloom, association de loi 1901 à but non lucratif fondée en 2005, dont le but est de protéger l'océan et les espèces marines tout en maximisant l'emploi durable dans la pêche et l'aquaculture. En ce sens, l'association tente de préserver la pêche artisanale et de la distinguer de la pêche industrielle. Elle nous explique comment Bloom vient de remporter une nouvelle victoire sur le chalutage en eau profonde.

Depuis combien de temps vous battiez-vous pour obtenir l'arrêt du chalutage en eau profonde ?

Depuis 2000, j'ai dans le radar la pêche eau profonde, j'ai d'ailleurs écrit un livre sur le sujet Abysses et une exposition du même nom a vu le jour en 2006 (toujours d'actualité) sur la dévastation du système profond par les chalutiers. Depuis 2008, je plaide activement auprès du gouvernement pour que cesse l'aberration complète qu'est la pêche en eau profonde, et je suis en face à face avec les industriels.

La Scapêche va cesser la pêche en eau profonde d'ici 2025, est-ce une victoire pour vous ?

Intermarché avait signé une trêve en 2014 avec un compromis pour cesser la pêche au-delà de 800 m de profondeur. C'était déjà un grand pas en avant pour eux, car leur technique de pêche fonctionnait sur la pêche et les espèces en eau profonde. Nous ne souhaitions pas nous contenter de ça, mais il leur fallait du temps pour opérer ce changement. Les voyant s'embarquer dans la bonne direction pour montrer l'exemple nous leur avons laissé un peu de temps.

Et ça a été payant puisque le groupement des Mousquetaires annonce que sa flotte de pêche, la Scapêche, cessera progressivement, d'ici 2025, de pêcher des espèces profondes. L'annonce est hyper positive au sens profond.

Il faut dire qu'ils avaient une énorme pression de Bloom avec 900 000 pétitions signées. Un chiffre et une ampleur jamais atteints pour une pétition environnementale : réseaux sociaux, débarquement dans les magasins pour se plaindre… Intermaché a compris qu'il devait changer en interne pour assurer l'avenir de l'enseigne et restaurer la confiance avec les clients. Et l'arrivée d'une nouvelle équipe dirigeante consciente des grands enjeux environnementaux au sein du Groupement les Mousquetaires a joué pour beaucoup dans la balance.

2025 peut paraitre loin, mais à l'échelle d'une flotte industrielle ce n'est pas si délirant. Déjà, ils affichent l'ambition de sortir de la pêche en eau profonde et d'aller vers une pêche durable, où les poissons peuvent se reproduire, les fonds marins ne sont pas détruits… Ils referment l'histoire de cette aventure malheureuse et néfaste de la pêche en eau profonde.

Quelle est la suite, convaincre d'autres flottes de pêche ?

La pêche en eau profonde en France concerne essentiellement Intermarché. On trouve un autre navire qui réalise 1/3 de son activité en pêche profonde, le Cap Saint George, qui appartient à la compagnie Euronor, basé à Boulogne-Sur-Mer. Il pêche le lieu noir - dont les stocks ne sont pas menacés - et nous leur avons également demandé de cesser cette technique de pêche. De toute façon, s'il continue sur cette lancée, Euronor va se voir fermer les portes de la grande distribution.

Le gros du travail en Europe se porte désormais sur l'Espagne qui pêche en eau profonde internationale juste à côté des frontières. Le gros problème c'est que la marraine du plus gros lobby de pêche industrielle Blue Fish (consortium d'industriels dans lequel il y a aussi des Espagnols), Isabelle Thomas, est aussi députée socialiste française et rapporteur du règlement. Or, elle défend la position de l'Espagne (et du gouvernement espagnol pourtant de droite) et affiche une forme de déloyauté envers les députés français et les mouvements d'Intermarché pour se désengager de la pêche profonde.

Cette députée française négocie un règlement (dont une partie préconise la sortie des eaux internationales du règlement) qui ne s'appliquera qu'aux pêcheurs français et non pas aux Espagnols (puisqu'ils pêchent dans les eaux internationales) qui possèdent la plus grosse flotte de pêche. Pourtant, la flotte espagnole (qui est aussi la plus subventionnée) est très destructrice, avec une logique d'armada et de captation sauvage des ressources au niveau de la planète. Elle se met donc en défaut avec la réglementation européenne qui établit qu'un règlement doit concerner tous les pêcheurs européens. Elle confirme l'Espagne dans son statut de leader et si les eaux internationales sortent du règlement un avantage concurrentiel sera donné à l'Espagne, ce qui va à l'encontre du droit européen. On n'a pas le droit de favoriser une flotte par rapport à une autre et c'est ce qu'il est en train de se faire.

In fine, on arrive quand même à faire bouger les choses, en restant transparent, intègre. On est là pour dire les choses telles qu’elles sont à aller dans le bon sens. Ma vie est consacrée à la réforme sur la pêche en eau profonde !

Il faudra attendre le Trilogue (26 avril 2016) pour trouver un accord européen sur le règlement qui est un ensemble de mesures pour protéger les écosystèmes vulnérables. Nous continuons notre lobbying actif malgré notre petite équipe et devons faire face à 28 états membres !

Pour en revenir à la Scapêche, comment allez-vous suivre la démarche ?

Ce n'est pas nous directement qui assurons le suivi puisque nous ne sommes que prescripteurs. Nous avons demandé à la Scapeche d'arrêter la pêche en eau profonde, qui eux-mêmes ont fait appel cabinet de développement durable Synergence (désormais Deloitte Développement Durable) qui les aides dans leur mise en œuvre opérationnelle.

Nous ne voulons pas devenir un cabinet et n'avons pas de vocation lucrative puisque notre travail repose sur de l'associatif. Nous avons quand même accès aux données économiques du groupement des Mousquetaires et assurons un suivi avec le cabinet Deloite, qui a mis en place une feuille de route de développement durable. Ils nous consultent régulièrement pour essayer de trouver des solutions opérationnelles et meilleures, pour la flotte devienne exemplaire.

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Anne Bosard - 02 Mai 2016
BRAVOOO!!!!!!!!<3
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