Interview / Un oeil sur Élise Bakhoum, responsable gréement de Groupama Team France

Élise Bakhoum © Eloi Stichelbaut

Si les skippers des voiliers de course sont sous les feux de la rampe, les petites mains sont tout aussi importantes pour la réussite d'un projet. Manutention, fabrication, conception, réparation, communication, logistique, entretien, sont autant de postes qui doivent impérativement être poussés à l'excellence pour que l'équipage puisse briller sur l'eau. Dans les contes pour enfants, il y a les bonnes fées, dans le monde de la voile, il y a l'équipe technique, les petites mains magiques. Élise Bakhoum, responsable gréement de Groupama Team France en fait partie. Interview.

Élise nous reçoit sur la base de Groupama Team France, lors de l'étape à Toulon des World Series AC. Une étape en prélude de la Coupe de l'America. Dans un monde encore majoritairement masculin, chasse gardée par les anglo-saxons, sérieux, ultra élitiste, son sourire et la joie de vivre qu'elle transmet sont tout simplement incroyables.

Élise Bakhoum

Comment devient-on responsable gréement pont et aile sur la Coupe ?

"J'ai découvert la voile sur le tard, lors d'un Salon Nautique de Paris quand j'avais 16 ans. Ce monde inconnu m'a tout de suite attiré et m'a semblé une évidence. J'ai donc commencé à naviguer, puis j'ai rapidement intégré l'école de la Marine Marchande et passé mon diplôme de Patron de Plaisance. Cependant, bien qu'étant sur la mer, ce projet de vie ne m'apportait pas encore ce que je cherchais. J'ai découvert rapidement le matelotage, et commencé à travailler en apprenant sur le tas avec les meilleurs. De fil en aiguille, j'ai travaillé sur des bateaux de plus en plus rapides, tels que les ORMA et autres IMOCA, et j'ai travaillé avec Franck Cammas dès 2007 sur Groupama 3. Lorsque Franck a monté le Team France, c'est presque naturellement que je l'ai suivi dans l'aventure."

Élise Bakhoum

N'est-ce pas frustrant de ne pas naviguer quand on travaille sur ces machines ?

"J'ai aussi navigué. J'ai fait 4 ans de Mini 6,50, en compétition, et cette expérience m'a permis d'acquérir deux choses : une vision globale et complète d'un voilier en usage intensif - de l'électricité aux communications en passant par les profils d'appendices - mais aussi et surtout la certitude que mon vrai plaisir réside dans la préparation et l'amélioration des gréements. Et fort de cette découverte, j'ai pu développer mon art jusqu'à l'excellence. Une position qui m'a permis de trouver ma place au sein de l'équipe française."

Mais quel est votre rôle dans cette équipe ?

"Il faut savoir être extrêmement polyvalent. Certes mon rôle c'est le gréement. Mais les règles de la Coupe imposent un maximum de 5 préparateurs et de 6 navigants, soit 11 personnes autorisées à toucher le bateau. Vu le volume de travail, c'est l'entraide permanente, il m'est même arrivé d'aller nettoyer les carènes sous l'eau. L’équipe est une vraie famille, on passe notre vie ensemble, ce n'est pas toujours facile, mais c'est un style de vie formidablement enrichissant."

Élise Bakhoum

Quelles sont les 3 dates importantes dans votre vie ?

1 - Quand j'ai découvert la voile au Salon Nautique de Paris

2 - Mon premier départ du Vendée Globe, en 2005, quand j'ai vu s'en aller à l'horizon Virbac-Paprec de JP Dick que j'avais préparé.

3 - Quand j'ai décidé d'intégrer le Team France pour la Coupe, de faire ce pari total de me consacrer à 100% à cette nouvelle aventure et d'espérer que cela me plaise. C’était mon plus gros pari…

Comment voyez-vous votre avenir ?

"Évidemment qu'on se pose tous la question. D'un point de vue vie privée d'abord, puisque la vie professionnelle que l'on a tous choisi ici nous accapare totalement, et que l'envie de fonder une famille et de passer du temps avec celle-ci est présente de plus en plus, il y a des choix à faire. Mais professionnellement parlant, je ne sais pas si je pourrais "revenir en arrière", retravailler sur des supports moins exclusifs. C'est comme en voiture, quand on travaille en F1, on découvre un monde où faire son travail n'est plus suffisant. Ici, on repousse en permanence les limites techniques, on innove, on fait partie du progrès. Alors si vous me demandez ce qu'il y a après la Coupe, je pense que je vous dirai... une autre Coupe !"

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Jean Pierre Segui - 21 Septembre 2016
SUPER LE PARCOURE D'ELISE ET QUELLE JOIE DE VOIRE CES JEUNES DONT L'ENERGIE FAIT VIVRE LE PRSENT. BRAVO
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