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Interview : Julien Hereu "Est ce que je vais réussir à m'imposer un rythme de transat ?"

Julien Hereu s'élance dans la Mini-Transat sur un proto dessiné par Manuard. Le numéro FRA 551 - Poe-ma Insurances n'est plus tout jeune (2005) mais le skipper le connais bien et à confiance en lui.

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C’est ta première participation ?

Ce n’est pas ma première, mais c’est la première fois que je pars. Je devais faire la Mini-Transat de 2015, mais sur la course de la saison, je me suis fait cartonner par un bateau spectateur sur la ligne de départ. Ça a été 1 an de bataille d’assurance derrière pour récupérer les sous, réparer le bateau … donc je n’ai pas pu prendre le départ de la Mini-Transat. J’étais propriétaire de mon bateau, il était hors de question que j’arrête le projet sans avoir fait la transat. Donc j’ai re-signé pour 2017, retrouvé des partenaires, ça a été un peu compliqué, et aujourd’hui je suis au départ.

Julien Hereu

Qu’est ce qui t’a motivé à commencer à faire du Mini ?

Je fais de la voile depuis tout petit. Depuis que je suis gamin je lis des articles sur la Mini et je rêvais de faire la Mini-Transat. Mes parents m’ont toujours dit : "d’abord tu finis tes études, tu bosses un peu et tu verras après". Si on m’écoutait, après le bac j’allais partir en Mini. Du coup j’ai fait mes études, Tech de co [Techniques de Commercialisation] spécialisé dans le bateau à l’INB en Bretagne. Puis j’ai commencé chez Delta Voiles dans le Sud, mais ils ne voulaient pas m’embaucher directement parce que je n’avais que 19 ans. Ils m’ont conseillé de faire une licence, ce que j'ai fait en alternance puis j’ai bossé deux ans en CDI chez eux. Mais pendant ces deux années,  cette histoire de Mini trottait trop dans ma tête. Je vendais des voiles sur les Mini, j’allais naviguer avec eux, donc à moment je me suis dit : "C’est à mon tour d’y aller".

C’est un rêve d’enfant que j’ai finalement concrétisé : j’ai acheté un bateau, quitté mon travail et maintenant je suis à temps plein sur mon projet.

Julien Hereu

Depuis que tu t’es lancé,tes objectifs ont-ils évolué ?

La motivation reste la même, j’ai envie de traverser l’Atlantique en solitaire, mais les objectifs sont un peu différents. En 2015, j’avais à peine eu 1 an et demi pour me préparer, je partais pour l’aventure et pour boucler. Aujourd’hui j’y vais pour boucler, mais j’aimerai bien faire une petite perf’. J’aimerai pouvoir continuer d’évoluer dans ce milieu là après, faire de la course au large ou en équipage. Ce sont les opportunités qui font que tu te lances dans un projet. J’ai eu l’occasion de naviguer sur des bateaux volants cet hiver, ça me tenterais de pouvoir continuer là-dessus.

Julien Hereu

As-tu pu optimiser ton bateau ?

C’est Bernard Gallay qui a construit le bateau en 2005. Il a participé au Vendée Globe [1992 et 2000 NDLR], mais lui a fait les choses à l’envers. Il a d’abord fait le Vendée Globe avant de faire la Mini. Le bateau a ensuite eu 2 autres propriétaires. Je l’ai retrouvé sur une annonce et j’ai eu un petit coup de cœur pour le bateau. Bien sûr il y a aussi une histoire d’argent, je l’ai plutôt bien acheté. J’ai beaucoup bossé dessus avec des copains. On a tout retapé. Avant il était rose ! Je l’ai entièrement fiabilisé, je peux partir serein, je lui fais confiance. J’ai fait 15 000 milles dessus, on a fait un gros chantier cet hiver. Pour moi, il ira au bout.

Je n’avais pas trop de budget. J’ai dû m’endetter un peu pour partir. Donc je n’ai pas pu refaire de voiles neuves. On a été ce matin dans le bureau d’un pote qui travaille chez Brainbridge pour patcher le génois. Il est rincé de chez rincé. Ces voiles ont été faite en 2009 et ont déjà une transat au compteur.

J’ai fiabilisé l’électronique qui était obsolète. Je l’ai monté sur des platines orientables accessibles depuis l’extérieur comme de l’intérieur pour faire ma nav’ ou pour avoir les écrans en face quand je dors. Mon partenaire Marlow m’a fournis des cordages, des cadènes textiles, donc tout ça c’est neuf.

Julien Hereu

Et dans le skipper ? Tu as confiance ?

Pour moi c’est une première. La première étape ne me fait pas trop peur. Je convoie des bateaux pour pouvoir manger à la fin du mois, donc le trajet vers les Canaries : je connais. Même si je n’y suis jamais allé car je me suis arrêté plutôt à Gibraltar et au Maroc, le début du parcours reste le même. Le gros morceau sera la deuxième étape à partir du 1er Novembre. Faudra qu’on se reparle quand je serai aux Canaries parce que pour l’instant j’ai du mal à me projeter.

Je pense qu’il va falloir trouver un rythme à bord. Je suis un régatier, est ce que je vais réussir à m’imposer un rythme de transat ? A être un peu plus lent pour tenir sur la durée ? Je suis du genre à y aller à fond comme autour de 3 bouées.

Que te reste-t-il à faire avant le départ demain ?

Un dernier contrôle. J’ai des potes qui démontent certaines pièces pour s’assurer que tout ira bien. Mais depuis une semaine on est à fond, on bosse tous les jours de 8h à 2h du mat’ parfois.

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