Interview / Transat Jacques Vabre 2017, rencontre avec Armel Tripon et Vincent Barnaud, skippers de Réauté Chocolat

A la veille du départ de la Transat Jaques Vabre 2017, nous sommes allés rencontré les skipper du multi 50 Réauté Chocolat. Ils nous présentent leurs objectifs sur cette course ainsi que la suite du programme du bateau.

Pourquoi avoir voulu vous lancer dans la classe Multi 50 ?

ARMEL : Je me suis lancé en 2015. Avant je courais en Class 40’. Le Class 40’ c’est un bateau super sympa, mais je le vois plus comme une passerelle vers d’autres supports. Ça a été une passerelle vers l’IMOCA et aussi une passerelle vers le Multi 50. C’est en préparant la transat anglaise que j’ai été contacté par Réauté chocolat. La rencontre s’est faite comme ça suite à un article dans le journal.

 

J’avais navigué sur le grand prix Canarie avec Erwan Leroux qui m’avait invité en 2015 et m’a fait découvrir le Multi 50. Ça m’a donné envie. J’ai donc mis en œuvre un programme pour trouver des sponsors. On est assez vite tombé d’accord avec Réauté Chocolat sur le support, même si je les ai fortement influencés. Quand on a fait le tour des séries, on était juste avant le Vendée Globe donc il n’y avait plus de bateau. Ce n’était pas une année pour se lancer en IMOCA. En Figaro, ils ne voulaient pas et moi non plus, en Class 40’ ils ne voulaient pas, donc il restait le Multi 50 ou l’Ultim, mais l’Ultim c’était hors budget.

 Armel Tripon

Qu’est-ce qui vous a réuni avec Vincent sur ce bateau pour cette course ?

VINCENT : Je suis navigant, mais mon gagne-pain c’est d’être préparateur de bateau. J’avais travaillé pendant deux ans sur ce bateau avec l’ancien propriétaire qui était Yves le Blevec. Comme je connaissais le bateau, Armel m’a proposé d'embarquer. J’étais disponible à ce moment-là donc c’était le bon timing et la bonne rencontre. Pour moi, c’est une super opportunité, car c’est assez rare qu’un skipper embarque son préparateur ou son boat capitaine. Habituellement les skippers recherchent une autre star, même si la personne ne connait pas bien le bateau. C’est le calcul qu’à fait Armel : je connais le bateau à 100% et je suis disponible.

ARMEL : Quand j’ai monté le projet, j’ai fait un tour d’horizon des personnes susceptibles de m’accompagner. 9 personnes sur 10 me disaient "Vincent Barnaud". Depuis la mise à l’eau on fait toutes les nav’ ensemble.

Vincent Barnaud 

Vous avez choisi d’ajouter des foils sur ce bateau, comment est née cette idée ?

ARMEL : D’entrée de jeu, comme on savait que la classe s’ouvrait à ça, on a argumenté au partenaire que si on ne mettait pas de foil, on ferait la course derrière. C’est 250k€ de plus donc la question était de savoir si on les installait dès la première année ou si on attendait de voir. Les partenaires étaient aussi dans une logique de résultats sportifs, l’idée c’est d’être le plus compétitif possible. Ils adhèrent bien à cette démarche donc ça s’est fait assez naturellement.

Quel gain de performance apporte le foil ?

ARMEL : On n’a jamais navigué sans foil. Par contre on a navigué pendant un mois et demi avec un seul foil. Comme on voulait avoir un système d’équité au sein de la classe, tout le monde a eu le foil bâbord puis a reçu le foil tribord en même temps. On a donc pu faire des bords sans foils et des bords avec foils. Ce n’est plus du tout le même comportement de bateau.

J’avais navigué avec ce type de foil sur l’ancien IDEC ou l’ancien Sodebo, mais l’effet n’était pas prépondérant. Alors que là les foils ont vraiment allégé et jouent un vrai rôle de portance.

On peut transposer beaucoup des connaissances qu’on avait sur d’autres supports, mais le multicoque, ça reste un exercice à part donc j’avais pas mal de choses à apprendre. J’avais fait du F18, mais avais peu de vécu au large en multicoque. J’ai tout réappris. C’est un bon challenge.

 

Quel est l’objectif de votre course sur la Transat Jaques Vabre ?

ARMEL : Déjà c’est de finir la course. Avec Vincent on a à cœur de faire une belle course, mais en restant mesuré et en finissant avec un bateau en bon état. On ne va pas prendre des risques démesurés et prendre des options difficiles qui pourraient mettre en jeu la structure du bateau. On sait qu’on n’est pas le couple équipage/bateau avec le plus d’expérience. Il y a d’autres favoris, mais on connait nos armes, on s’est bien entrainé et on connait parfaitement notre bateau, ses points forts … On y va confiant, même si sur une course au large il peut tout se passer donc les pronostics sont impossibles à faire.

VINCENT : L’objectif après c’est la Route du Rhum. Même si la Jacques Vabre est une belle course, elle contribue à préparer pour le Rhum.

Le fait d’ajouter des foils sur le bateau implique de grosses modifications structurelles et architecturales ?

VINCENT : Oui énorme. Ce sont des modifications très importantes. Les flotteurs et les coques des Multi 50, pour une question de cout, sont construits en fibre de verre et non en fibre de carbone. Du coup comme les foils sont mis sur les flotteurs, il a fallu renforcer, car toute la charge du bateau est maintenant localisée en 1 point, sur le foil. Cette zone a été renforcée tout en carbone. Il y a eu 4 mois de boulot. On a rajouté des cloisons pour maintenir les puits de foils et les bras ont été renforcés, car ils vont subir une torsion qui est différente.

Comme il n’y a pas de trappe d’accès, il a fallu ouvrir le flotteur devant et derrière, aller à l’intérieur et tout refermer. On a renforcé les bras avec un monolithique d’UD de carbone pur jusqu’à l’intérieur du flotteur. Il a fallu faire des scarps avec les UD. C’est le chantier JPS à la Trinité sur Mer qui a construit le bateau qui a effectué les modifications.

 

Comment se règle le foil ?

VINCENT : On a tous le même foil et le même système de réglage. Le puits de foil et les cales de foil sont monotypes. On peut jouer sur le rake en avançant ou reculant la cale haute. La cale basse est fixe. Ça influe sur l’incidence et donc la portance.

Le bout de montée et de descente du foil revient au cockpit. Le bout marron qui est derrière c’est le rake. Il revient à la nacelle sous le vent. On n’est pas tout le temps en train de régler le rake du coup comme on avait déjà l’écarteur de voile d’avant qui était sous le vent on a aussi installé le réglage du rake pour libérer de la place au piano.

On règle l’incidence au décollage, car il vaut mieux ne pas le faire sous charge. On peut le faire, mais c’est mieux de le faire avant. Si on veut enlever du rake ou mettre de l’incidence c’est assez facile, car il suffit de tirer en force avec le winch, mais après pour en enlever on est obligé de s’arrêter, car le seul moyen de faire avancer la cale haute c’est de tirer sur le bout de monté du foil. Du coup il ne travaille qu’à moitié bien. Même s’il y a une composante de force vers l’avant il est surtout fait pour tirer vers le haut. On est obligé de décharger le bateau pour pouvoir régler.

Le bateau ne vole pas, mais il est énormément sustenté.

Le foil peut supporter 19 tonnes et le bateau fait 4.2 tonnes, 4.5 tonnes au départ de la transat. Donc en dynamique, ils ont décidé de faire un foil très costaud capable de supporter 4 fois le poids du bateau en statique. Mais comme il faut que le foil casse avant la structure, ça a imposé de faire une structure très costaud.

 

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