Interview Romain Attanasio : "Modifier les ballasts est plus intéressant que de mettre des foils"

© Chloé Barre

Avec sa joie de vivre et sa bonne humeur, Romain Attanasio nous reçoit sur son IMOCA Pure Famille Mary. Un bateau plus récent que celui qu’il avait sur le dernier Vendée Globe pour un projet plus orienté vers la performance.

Pure Famille Mary est un nouveau bateau pour toi, pourquoi avoir choisi celui-ci ?

Sur le dernier Vendée Globe, j’avais le plus vieux bateau de la flotte. Mon projet était de faire le tour du monde. Quand j’ai cassé mes safrans en Afrique du Sud c’était vraiment le désespoir. J’abandonnais le Vendée Globe. Pour moi, il faut impérativement le finir, surtout le premier ! C’était vraiment un projet "aventure" très modeste que j'ai réussi à mener au bout.

Maintenant, je veux jouer la performance. Je suis un Figariste. Je suis là pour régater, pas pour faire de la croisière. Je voulais vraiment engin truc plus performant. Hélas je n’ai pas les moyens d’avoir un foilers de dernière génération. Le compromis c’était ce bateau qui est certes un bateau de 2008, il n’a pas de foils, mais des dérives, mais qui n’a rien à  voir avec celui que j’avais avant. Il y a moins de différence entre celui-là et un bateau neuf qu’entre celui-là et celui que j’avais avant.  

Romain Attanasio

Le bateau est passé au chantier, quelles sont les modifications apportées ?

On a beaucoup allégé le bateau. C’est un bateau qui a était construit pour Loïc Peyron et qui a était repris en 2012 par Jean Le Cam. Ce sont des super navigateurs, qui ont des super idées, mais ce sont des "vieux". Ils ont faits des super systèmes très malins, mais qui étaient lourds. La table à carte actuelle tourne, mais derrière il y avait un énorme meuble en carbone – on voit encore la marque du rail - où ils mettaient les sacs, le matossage et ils tournaient le bordel qu’ils appelaient le satellite, via un réseau de bout qu’ils actionnaient via la colonne de moulin à café. C’est génial pour matosser, c’est super facile, mais ça pesait un âne mort.

Il y avait aussi une énorme casquette qui couvrait tout le cockpit qui était très lourde. Elle me manque vachement pour la protection, mais c’était vraiment trop de poids.             

Il y avait 120 kilos de batterie, on est passé à 40 kilos en changeant de technologie.

On a retiré le ballast à l’avant.

Au final, on a gagné 500 kilos, mais j’ai rendu le bateau moins confortable.

Romain Attanasio

Peux-tu nous présenter ton bateau ?

La plupart du temps se passe ici, à la table à carte que je mets au vent. On a épuré le bateau. Quand on a enlevé le meuble, j’ai voulu mettre un siège. L’autre option c’était de tout virer, poser l’ordi sur un meuble et m’installer sur un pouf. Sur le Rhum c’est facile, mais je ne me vois pas passer 3 mois sur le Vendée cassé en deux. Là je suis bien devant l’ordi, on y passe quand même beaucoup d’heures.

Sur cette génération de bateau, il y avait peu de cloisons. L’espace est énorme. Il fait 6 mètres de large. On ne se rend pas compte, mais quand tu te casses la gueule, c’est le deuxième étage du balcon. Il faut vraiment se tenir.

Quand on viré le satellite il n’y avait plus les bannettes obligatoires par la jauge. Donc on a ajouté des bannettes au dernier moment. Je ne pensais pas m’en servir, mais finalement je les ai utilisés pendant le convoyage et c’est pas mal.

A l’extérieur, on a un grand cockpit. J’ai simplifié le plan de pont. Je passe mon temps à enlever des trucs. Comme je dis à l'équipe s : "Arrêtez, tout ce que vous enlevez c’est des trucs qu’on a achetés". Comme quand tu fais une rénovation. Tu achètes une maison chère et tu casses tout, tu emmènes tout à la déchetterie tous les jours, mais finalement tout ça tu l’as acheté.

Romain Attanasio

As-tu d’autres optimisations de prévues d’ici au Vendée Globe ?

Les ballasts ! La jauge a changé il y a deux ans et nous autorise des ballasts latéraux. Si tu as une quille en inox fraisée dans la masse, tu peux passer en ballasts latéraux. On vire les deux tonnes qu’on a au centre et on passe à une tonne de chaque côté. Pour le même RM [couple de redressement], tu charges 1 tonne au lieu de 2. C’est un énorme boulot que je trouve plus intéressant que de mettre des foils. Certains ont mis des foils sur de vieux bateaux avec des quilles carbones et ils ont gardé leurs ballasts. Je ne comprends pas ce choix.

Romain Attanasio

Quel est l’objectif sur cette Route du Rhum 2018 ?

A la Drheam Cup je fais 7sur 15. C’est milieu de tableau, mais je ne pouvais pas réellement faire mieux. J’étais content. J’ai même doublé Fabrice Amadeo avec son foiler. Je vais essayer de faire ça. C’est ambitieux, il y a des bons comme Yannick ou Isabelle avec des bateaux de la même génération que le mien.

Je ne vais pas gagner la course, mais je veux me placer correctement et attaquer. J’ai fait tous les entrainements à Port Laforet avec les autres et j’étais dans le match. À part au-dessus de 12 nœuds de vent, où ils décollent et ils partent.

J’ai récupéré le bateau en janvier 2018, on a fait un gros chantier. Pendant le chantier j’ai fait la transat AG2R en Figaro pour me remettre dans une démarche sportive. Quand je suis rentré, on était au mois de mai. On a eu une trentaine de jours de RP avec les partenaires. Se sont suivis les stages à Port Laforet. On arrive au départ de la Route du Rhum, on n’a pas vu beaucoup le jour, mais on est prêt.

Romain Attanasio

Quelle va être la difficulté pour atteindre cet objectif en termes de météo, de stratégie ou personnellement ?

Ne pas faire de bêtise, passer le gros temps après le départ sans faire d’erreur.

Sur un IMOCA la moindre bêtise devient vite galère. Tu hookes mal une voile, elle se décroche et elle passe à l’eau. En Figaro ou en Mini tu passes 20 minutes à récupérer ton spi qui a chaluté, là non seulement tu ne le récupères pas, mais tu peux aussi y laisser le mât. Ça m’est arrivé, heureusement la voile était encore roulée, elle est tombée sur le pont.

Peux-tu nous raconter une histoire marquante que tu as vécue autour de la Route du Rhum ?

Je n’ai encore jamais fait la Route du Rhum. C’est ce qui m’a donné envie de faire de la voile. Quand j’étais gamin dans l’Oise, il n’y avait pas de bateau. J’ai un grand-oncle qui habitait Port Navalo dans le Morbihan et chez qui je passais mes vacances. Je faisais de la voile avec lui. J’aimais bien le bateau. Quand Florence Arthaud a gagné en 1990, je trouvais ça dingue. Surtout que le deuxième de cette édition c’était Philippe Poupon. Ce n’était pas un blaireau. Elle n’a pas gagné comme ça, par miracle.

Quelques semaines plus tard, ce grand-oncle m’emmenait au salon nautique. On ne parlait que de bateau.

En 2006, j’étais navigateur sur Géant, le bateau de Michel Dejoyeaux qui m’a demandé en fin d’année de faire son routage avec Jean Yves Bernot. Donc je suis allé avec Jean Yves qui gérait plusieurs bateaux et moi je m’occupais spécialement de Mich’ Dej’. J’ai suivi toute cette Route du Rhum heure par heure, minutes par minutes à envoyer les infos à Michel… J’ai vraiment vécu cette course par procuration. Je me rappelle du passage de la bouée de Basse Terre. Je me rappelle le moment où il coupe la ligne et je ferme mon ordi. J’avais passé dix jours à ne faire que ça, à ne vivre que pour lui. D’un coup tu fermes l’ordi et c’est fini !

Comment décrirais-tu la Route du Rhum en 2 mots ?

C’est dur en 2 mots… C’est une course "marrante" parce que quand tu la prépares tu te dis que c’est une course comme les autres. C’est une transat de plus, on en a fait plein, on sait faire. C’est un peu notre jardin l’océan Atlantique. C’est quand tu arrives ici, que tu passes les écluses après le convoyage que tu réalises qu’il y a un truc qui n’est pas comme d’habitude.

C’est une transat "hors-norme". Finalement ce n’est rien de très extraordinaire, mais c’est la Route du Rhum. Ca fait toute la différence.

Que partages-tu techniquement avec Samantha Davies ? Y a-t-il des choses, des idées qui viennent de son bateau ?

On a des bateaux très différents. On discute pour des petites choses, de notre façon de faire, de matosser… Mais on n’a pas tellement de système vraiment similaire.

Mais on a de la chance. Il y en a qui n’ont pas de bateau, d’autres qui s’en partage un pour deux, nous on en a un chacun ! On emmerdera nos petits enfants à raconter 100 fois la même rengaine.

Ruben n’en a pas marre d’entendre parler de bateau ?

Il est au taquet. Au contraire, il aime bien. Il faisait la gueule ce matin parce qu’il est reparti. Avant il n’aimait pas nous quitter, maintenant il n’aime pas quitter le village. Il aime bien l’ambiance et les bateaux. Il fait des trimarans en lego avec des plans porteurs !

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