24 h de pénalité pour Alex Thomson, justifiée ou exagérée ?

Alex Thomson sur Hugo Boss © Yvan Zedda #RDR2018

Le 16 novembre 2018, Alex Thomson passait la ligne d'arrivée de la Route du Rhum en première position. Mais quelques heures auparavant, il démarrait son moteur pour se dégager des falaises sur lesquelles il s'était échoué. Il écopait alors d'une pénalité de 24 heures lui faisant perdre sa première place. Alors pourquoi cette pénalité alors qu'il n'est pas le seul à avoir utilisé son moteur ? Explications.

Chez les IMOCA, comme chez les Ultimes, le dénouement de cette 40e édition de la Route du Rhum a offert un scénario improbable. Alex Thomson en tête de la flotte depuis le début de la course et à qui la victoire semblait promise a finalement été rétrogradé à la troisième place. Cette décision fut prise par le jury international suite au démarrage de son moteur pour s'extraire des falaises où il s'était échoué. En effet à quelques milles de l'arrivée, épuisée de fatigue, il s'est endormi pour se réveiller coincé dans rochers le long des falaises guadeloupéennes.

Comme on a pu le voir dès le début de la course, il n'est pas le seul à avoir fait usage de son moteur. En effet, pour éviter la très grosse dépression où pour pallier des problèmes techniques de nombreux concurrents, toutes classes confondues, ont démarré leur moteur pour rejoindre un port ou un abri et aucun d'entre eux ne fut pénalisé.

Alors, pourquoi pénaliser Alex Thomson ? Pourquoi lui retirer cette victoire si durement acquise durant cette course magnifique de maîtrise et d'engagement ? Y a-t-il une injustice ? 2 poids 2 mesures ? Prenons un peu de recul et tâchons de discerner sans émotion partisane les raisons de cette décision du jury international.

Règles de course

Lors d'une course à la voile, le recours au moteur pour se propulser est évidemment interdit. Cependant, son usage est autorisé s'il s'agit de produire de l'électricité afin de couvrir les besoins énergétiques du bateau.

Alors pour éviter des tricheries les transmissions, à savoir un arbre d'hélice ou un sail-drive sont équipés d'un plomb qui permettra lors d'un contrôle de vérifier qu'ils n'ont pas été utilisés.

Le cas particulier des escales techniques

Cependant, les instructions de course prévoient certains cas où l'utilisation du moteur est autorisée par exemple l'assistance à un bateau en danger ou bien le cas d'une escale technique. Une procédure déclarative est prévue à cet effet par les instructions de course.

C'est-à-dire qu'elle est annoncée à la direction de course en amont par le skipper s'apprêtant à faire une escale technique. Et un code lui est attribué pour prouver qu'il n'a pas déplombé son moteur prématurément. Si dans les 150 milles après le départ, le nombre d'escales est illimité et non pénalisé, une escale technique est autorisée par la suite est pénalisée de 4 heures.

Le cas Thomson

Pour le cas d'Alex Thomson, il ne s'agissait absolument pas d'une escale technique, mais bien d'une mesure de sauvegarde pour lui et son bateau. En bon marin, il s'est sorti seul de cette situation en utilisant son moteur après avoir affalé les voiles.

En démarrant son moteur, il a ôté les plombs de sa propulsion. Alex Thomson savait à quoi il s'engageait, connaissant parfaitement les instructions de course et les conséquences de sa décision. Restait seulement à savoir quelle serait la pénalité appliquée par le jury international.

Ce dernier a ainsi pénalisé de 24 heures, Alex Thomson jugeant qu'à aucun instant il n'a cherché à tricher en utilisant son moteur, cependant son usage à quelques milles de l'arrivée ne pouvait rester sans conséquence.

Ainsi, le jury a appliqué la pénalité minimum, car ils ont jugé qu'une disqualification serait tout à fait exagérée compte tenu des circonstances.

En conclusion

Si Alex Thomson est bien le premier IMOCA à franchir la ligne d'arrivée, sa pénalité le rétrograde à la 3e place du classement offrant ainsi à Paul Meilhat une très belle victoire tout à fait méritée d'autant qu'il était un des rares IMOCA sans foils.

Alors bravo à Paul, Alex, et tous les concurrents qui donnent le meilleur d'eux-mêmes en participant à un jeu dont ils connaissent tous les règles.

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IMOCA, la fiche technique

MarqueMultiple
Longueur de coque18.28
Largeur5.85 m
Tirant d'eau4.50 m
Catégorie CEA
Déplacement lège8 000 kg
Surface de voilure au près350 m2
Nombre de moteurs maximum1
Voir la fiche technique du IMOCA
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Patrick BIDAL - 2 semaines
À l’heure où il est possible de suivre le parcourt d’un concurrent de la route du rhum par gps, on devrait être capable d’évaluer le temps d’utilisation du moteur et surtout de voir si le trajet effectué avantage ou non ...
Yann Mikael - 1 semaine
Cette pénalité est ici carrément disproportionnée pour ne pas dire plus ! Car même si Alex l’a accepté avec un TRES grand Fair-play, comment admettre d'un côté qu’ un tiers de la flotte puisse déplomber et utiliser leur moteurs (après en avoir averti le CC, on est d'accord ) pour se mettre à l’abris dans un port le lendemain du départ, et le cas d’Alex, réveillé brutalement dans les cailloux et qui avait certainement plus urgent à faire à ce moment là que d’appeler et d’attendre un code d’autorisation de déplombage de son moteur ! Alex s’était déjà pénalisé tout seul par cet échouage dont il a réussi à se sortir en grand marin. Alors oui rajouter une pénalité de 24 h en plus –quand on voit les écarts réduit entre ces bateaux là- était parfaitement démesuré ! Et si les créateurs Psycho Rigide de cette règle voulaient pénaliser à tout prix, 2 ou 3 h aurait été déjà très suffisante. Mais sûrement pas 24 ! Ces juges, qui ont peut-être un rôle de l’ombre ingrat, devrait revoir ces règles sans tarder, et prévoir des modulations pour ces cas d’espèce... Sous peine de se discréditer eux mêmes.
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