La traversée des anglo-normandes en mode Figariste

© Pierre Bouras / Everial

Pour la prise en main de son Figaro3, Stan Thuret le nouveau skipper d'Everial m'a proposé de faire le convoyage de Dieppe à Lorient avec lui. Cette belle navigation technique se transforme vite en régate au contact avec les autres Figaros. Après avoir passé le raz de Barfleur, nous devons négocier les courants contraires des iles anglo-normandes avant de pouvoir rejoindre la mer d'Iroise.

Depuis notre départ de Dieppe, nous avons eu le temps de prendre nos marques sur le bateau, voilà bientôt 24 heures que nous naviguons sur son nouveau bateau, le FIgaro3 Everial. Cette mise en jambe s'est vite transformée en régate, car la quinzaine d'équipages allant au même endroit cherchent à tirer le meilleur parti de ce bateau de course.

Pour Stan Thuret et moi, le raz Blanchard est vite négocié, au près/bon plein sous le soleil estival. Nous le traversons à l'heure de l'étale et nous en sortons légèrement contre le flot. Le courant et le vent étant dans le même sens, nous passons le raz sur une mer très calme. C'est dans ces conditions qu'il est conseillé de franchir le raz Blanchard.

Deux options pour traverser la Manche

Cependant, maintenant que le courant cesse de nous être favorable et il faut être malin pour traverser cette partie de la Manche au plus vite. S'offrent à nous deux options. La première consiste à tailler une route directe en serrant le vent vers les côtes du Finistère Nord. Une rotation du vent de l'Ouest au Nord permettra de mettre les voiles de portant.

L'autre choix consiste à exploiter la puissance des foils en nous écartant de la route directe afin de naviguer au vent de travers, à haute vitesse sous gennaker. Puis lorsque la bascule interviendra, revenir sur la route, toujours sous gennaker. On appelle ça faire la cuillère, c’est un peu risqué, mais en cas de réussite c'est magique.

Après concertation, nous choisissons la première option. Une route directe vers la Bretagne Nord, face au courant, en traversant les îles Anglo-normandes que sont Guernesey, Herm et Sercq (Sark).

Se protéger du courant grâce aux îles

Afin d'éviter de subir trop de courant, Stan et moi décidons de naviguer dans l'axe des îles qui nous font face. Cette technique est très efficace si l'on prend le temps d'étudier les cartes de fonds marins et de courants. Nous gagnons beaucoup de distance sur nos camarades de convoyage.

En pénétrant entre les îles, nous sommes saisis par la beauté des hautes falaises verdoyantes de Sark. Pour nous abriter du courant, nous longeons la côte au plus près de ce que nos 2,40 m de tirant d'eau nous permettent.

Avec Everial, nous passons au pied de l'île Brecqhou. Une île privée appartenant aux frères Barclay qui y ont construit un château d'inspiration gothique. Cette île est très surveillée et son accès public n’est pas autorisé. Cependant tout autour on pourra y trouver de superbes mouillages.

Nous avons navigué protégés du courant jusqu'à la renverse

Dès que nous avons traversé les îles, nous déroulons le gennaker afin de profiter du début de la rotation du vent de l'ouest vers le nord. Grâce à cette voile, nous approchons des 10nds et maintenons une bonne vitesse de progression malgré le courant encore un peu défavorable.

L'option du passage entre les îles était la bonne, car nos camarades sur Banque Populaire, ayant choisi de partir plus à l'est, ont subi un courant bien plus fort et ont perdu presque 20 milles dans l'opération. En effet, la petite avance que nous avons créée nous a permis d'attraper la renverse et son courant favorable circulant le long du nord Finistère, plus rapidement et plus longtemps jusqu'à l'arrivée au chenal du Four.

Le vent tourne en fin de nuit, au petit matin on envoie le spi

Nous arrivons à l'île de Batz au petit matin après une deuxième nuit en mer sous gennaker, à presque 10 nœuds de moyenne.

Vers 5 h 30, à l'aube, Stan fait le premier envoi de spi depuis le départ. Bilan physique du skipper : le Figaro 3 frotte de partout rendant les manœuvres pénibles en solitaire !

Nous naviguons toute la matinée sous grand spi rose, au planning à 10 nds et avec un courant favorable jusqu'à l'approche du chenal du Four. Et c'est vers 12 h que nous arrivons au fameux chenal.

Malheureusement, "la porte" est en train de se fermer devant nous. Nous devons vite choisir entre forcer la porte ou faire le tour de la paroisse par Ouessant ou le Fromveur.

En tout cas cette décision sera lourde de conséquences et nous ne pourrons juger du résultat qu'après le passage du raz de sein où tous les Figaros gagnant le sud doivent passer.

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