Aventures et mésaventures en Antarctique, un matériel de sécurité défectueux

Episode 4/8 © Dominique Eustache

Lors d'une expédition en Antarctique, Dominique embarqué sur une goélette de 50 pieds nous livre son journal de bord. Un récit qui fait la part belle à la découverte et à l'aventure. Même si un hasard fait apparaître que la sécurité de l'équipage n'est pas ce qu'il croyait jusqu'à présent…

Dans cet épisode 4, Dominique continue son récit de la découverte de l'Antarctique. Après quelques mouillages au nord de la péninsule, voilà le voilier qui descend plus vers le sud rencontrant désormais de gros blocs de glace qui parfois bloquent la route.

Exploration de l'Antarctique
Carte de mouillage pratiqués en Antarctique

Après la réparation du guindeau de nouveau opérationnel, nous mettons le cap sur Portal Point, un très bel ancrage à quelques milles d'Enterprise.

Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
En route pour Portal Point
Découverte de l'Antarctique
Le "Hérisson" au large de Portal Point

La particularité de cet ancrage est qu'il est fermé d'une moraine qui arrête les gros icebergs à la dérive, offrant ainsi une aire sure pour le mouillage. Seule une passe étroite et peu profonde dans la moraine permet à une petite embarcation comme notre voilier de se glisser dans la zone protégée. Pour l'emprunter, il faut, comme dans les atolls du Pacifique Sud, hisser un équipier dans la mâture pour distinguer la passe dans les eaux claires.

Le bateau sur ses quatre amarres
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique

Après quelques jours à Portal Point, nous prenons le chemin de la base chilienne Videla, à une trentaine de milles par le passage Cuverville. Nous rencontrons en chemin beaucoup de glaces dérivantes et une vigie permanente est indispensable pour guider le barreur. Beaucoup de baleines croisent paisiblement dans ce passage.

Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Le Golden Fleece de Jérôme Poncet croisé sur la route de Videla

Des icebergs qui entrainent le mouillage

Le mouillage à Videla se fait de nouveau sur 4 longues amarres frappées sur des rochers à terre à l'aide de câbles d'acier. Le gros problème est que les courants de marée, associés aux vents rapidement changeants, font dériver de gros morceaux de glace – dépassant de beaucoup les 20 tonnes de notre voilier – qui viennent se prendre dans les amarres et menacent de tout emporter du seul fait de leur inertie.

Nous passons ainsi une bonne partie de la nuit à faire passer les blocs de glace sous les amarres, une fois dans un sens, une fois dans l'autre.

Même à 6 à bord, la nuit est courte, car lorsque l'équipier de quart sonne l'alarme, il faut vite s'habiller, se chausser, endosser son gilet de sauvetage et embarquer dans l'annexe pour faire passer les glaces, ou larguer les amarres et les refrapper une fois la glace passée.

Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Le mouillage de Videla
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique
Visite de la base de Videla

La menace écartée pour quelque temps, nous allons saluer à terre la petite équipe chilienne très accueillante qui assure la présence sur la base de décembre à fin février. Leurs installations confortables sont entourées de milliers de manchots qui élisent domicile sur cet îlot rocheux pendant les 3 mois d'été pour y pondre leurs œufs, les couver et finalement migrer avec leur progéniture sous des latitudes plus clémentes avant les grands frimas de l'hiver. Le niveau sonore d'une "roquerie" - et sa pestilence - est étonnant, mais on finit par s'y habituer tant ces animaux sont sympathiques. Il y a même à Videla l'un des rares manchots "leucystique" connu. Et puis il y a aussi de gros éléphants de mer qui parfois s'installent confortablement dans le gros Zodiac de la base remisé à terre. Pas question de les en chasser : ils sont bien trop gros, et leur mâchoire trop impressionnante !

Découverte de l'Antarctique
Un éléphant de mer dans l'annexe
Découverte de l'Antarctique
Un très rare manchot leucystique

Des gilets de sauvetage qui ne servent à rien !

Alors que nous foulons le sol de Videla, un petit objet non identifié se détache de la brassière de sauvetage de Carole. "Voyons Carole", s'écrit le capitaine, "tu perds ta cartouche de gonflage !". Sur notre propre bateau, nous sommes fidèles aux gilets de sauvetage "à l'ancienne" en mousse - sans cartouche à remplacer régulièrement ou sujet à un mauvais fonctionnement imprévisible. En enfilant les gilets autogonflants du bord pour cette croisière en Antarctique, nous n'avons pas eu l'idée de les passer en revue. C'est une erreur ! Car en les observant de plus près, nous constatons que presque tous les gilets de sauvetage utilisés jusqu'à maintenant présentent le même problème : la cartouche de CO2 qui permet de gonfler le gilet quand elle est percutée, ne tient pas sur le percuteur. Ce n'est tout simplement pas le bon modèle de cartouche.

Découverte de l'Antarctique
Découverte de l'Antarctique

Cela fait donc maintenant plus de 15 jours que nous portons scrupuleusement nos gilets de sauvetage, tant pendant les manœuvres en haute mer, que lors des manœuvres de mouillage où il faut rapidement frapper des amarres à terre (et pendant lesquelles on a vite fait de se retrouver à l'eau), ou simplement lorsque nous nous déplaçons en annexe. Et nous constatons par hasard que nos gilets de sauvetage sont parfaitement inutiles ! Dans des eaux proches de 0 degré, ces gilets sont indispensables, car la syncope, en cas de chute à la mer, est très rapide et seul le maintien hors de l'eau de la victime permettra sa récupération par le reste de l'équipage. De retour à bord, le capitaine passe le reste de la journée à réunir tous les gilets en stock pour en rendre 6 fonctionnels. Les autres sont mis au rebut.

À suivre…

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Katell les tutos de la croisiere - 2 semaines
J'ai connu des skippers et des voiliers à l'image de ce qui est décrit ici. Des marins généreux, expérimentés appréciés et reconnus, comme les commentaires précédents le décrivent. Il n'empêche que trop souvent dans le milieu associatif on s'est habitué à faire avec peu de moyens: système D, main d’œuvre gratuite et plus ou moins qualifiée. Cela permet à des centaines ou milliers de matelots d'apprendre à naviguer à un coût modéré dans une ambiance conviviale. Côté sécurité, on s'habitue à réparer en mer, avec les moyens du bord, et faire durer le matériel jusqu'à la rupture. Cet état d'esprit devient une partie intégrante de l'aventure, soutenue par des valeurs anti-consuméristes. Au final on en arrive à prendre des risques parfaitement évitables, et on passe autant de temps à bricoler qu'à naviguer. Je pense que les responsables associatifs devraient être plus exigeants sur ce point; sinon la législation va se durcir encore et nous perdrons le droit de partager notre passion en dehors des circuits commerciaux.
ERICH DELNATTE - 1 semaine
La sécurité à bord d'un bateau, que ce soit un voilier privé ou professionnel ou un navire à moteur est quelque chose d'impératif. D'ailleurs les TAAF ne s'y trompent pas et sont très exigeantes à ce sujet quand on dépose un dossier pour l'obtention de l'autorisation de naviguer en Antarctique. Tous les skippers qui sillonnent ces eaux sont donc informés et conscients de l'importance de la sécurité à bord et de l'utilité du matériel de sécurité et de son bon entretien. la Cardinale est en tout point conforme à la réglementation et va même plus loin en ajoutant à la liste de l’équipement obligatoire une balise IPRD supplémentaire ainsi que des balises personnelles, des combinaisons TPS et autres trackeur. La lecture de cet épisode sur notre balade dans les eaux du grand continent blanc, la visite de la base de Videla et nos contacts nocturnes avec les growlers est un régal et rappelle d'excellents souvenirs. J'aimerai cependant apporter une petite correction au dernier chapitre et à la perte supposée "d'un petit objet non identifié (qui) se détache de la brassière de sauvetage de Carole"SIC. Les choses ne se sont pas réellement déroulées de la sorte même si j'aime bien l'image et le "Voyons Carole" lancé par le Capitaine ! Encore une fois nos amis journalistes devraient vérifier les faits avant de publier. Voilà donc ma version: je me suis aperçu en manipulant les gilets pour les ranger que quelque chose se déplaçait à l’intérieur de la housse de l'un d'eux. A l'ouverture de celle ci je constate que le système entier de gonflage automatique s'est désolidarisé de l'enveloppe de la bouée, (système HAMMAR à déclenchement hydrostatique). Intrigué je le replace et en le manipulant un peu fermement je me rends compte qu'il se décroche à nouveau. J'en informe le skipper, on vérifie alors scrupuleusement les douze gilets présents à bord (dont les systèmes de gonflage avaient tous été changés avant le départ) pour s'apercevoir que cinq présentent les même symptômes. Ils restent donc sept gilets opérationnel pour six équipiers c'est donc parfait. Que s'est-il donc passé? Les kits de rechange des systèmes de gonflage avaient tous été changés par précaution avant le départ, cinq d'entre eux n’étaient pas conformes au niveau des fixations (petits ergots) sur la bouée! Pourquoi ? Comment ? je ne sais pas ! Et ceci était d'autant plus sournois que l'on arrivait bien à les mettre en place mais que seule une manipulation un peu brutale faisait sauter. Les pièces défectueuses ont été gardées pour réclamation auprès du fournisseur et avoir une explication. A ce jour je n'ai pas le réponse. Cet incident aurait pu avoir de faucheuses conséquences, même si sous ces latitudes les gilets servent plutôt de harnais pour ne pas passer par dessus bord que de système de flottaison . @Katell, je suis pleinement d'accord avec vous sur le fait que commercial ou associatif, nous devons tous être extrêmement vigilant et exigeant sur la sécurité, c'est la liberté de tous qui est en jeu. Mais rassurez vous Katell, les économies de bout de chandelle ne sont pas la philosophie de La Cardinale et je vous invite si d'aventure vous croisez cette belle goélette à vous présenter à bord pour constater par vous même. Pour conclure, et là je m'adresse au journaliste, il est intéressant de relater ce type d'incident si on va jusqu'au bout de l'analyse et qu'on en tire des conclusions qui puissent être utiles à tout le monde. Si c'est pour rester dans le sensationnel, pour rester dans le style article à charge je ne vois pas trop l'utilité.
Jean-christophe Dessirier - 1 semaine
J’ai été captivé par le premier article du récit de cette aventure et j’attendais avec impatience la suite du «voyage» et c’est seulement en terminant la troisième partie que j’ai découvert qu’il y avait des commentaires.Je ne suis probablement pas un grand marin contrairement à ce que je crois comprendre au travers d’une bonne partie des personnes qui commentent ce texte, mais en tant qu’ancien skipper professionnel je me permets tout de même d’écrire un mot.J’ai tout d’abord été surpris par les premiers commentaires négatifs sur ce récit, puis je n’ai pas compris l’acharnement contre son auteur, mais plus je lisais ces commentaires plus il me semblait évident que monsieur B avait fait appel à ses amis (comment autrement auriez-vous pu connaître la fin du récit avant qu’il ne soit publié ?).Certains commentaires ne me semblent pas vraiment objectifs : Si le bateau semble parfait pour ce programme de navigation (avec un pilot auto à la hauteur), vous qui naviguez ne prêtez pas plus d’attention que cela à votre parc que batteries ? Votre groupe électrogène est-il autonome ou a-t-il besoin continuellement d’un opérateur ? N’avez-vous pas non plus de filtre à gasoil en réserve ? Les fonds de vos cales moteur sont-ils couverts d’huile ? Un guindeau 100 % opérationnel ne vous semble pas une sécurité importante, sous ces latitudes plus encore qu’ailleurs ? … Soyons sérieux et essayons de rester objectif.Il est tout à votre honneur de vouloir défendre votre ami mais je ne pense pas que votre manque d’objectivité l’aide beaucoup, pas plus que pour défendre quelqu’un il vous faille attaquer quelqu’un d’autre (la «crise» du covid19 ne nous aura donc rien appris, pas plus l’acceptation de la différence que l’indulgence, et notre monde ne changera donc pas de si tôt).Pour moi ce récit ne retire rien au beau parcours nautique du propriétaire du bateau que vous mettez en avant, ni même les belles navigations que vous avez partagez avec lui, il me permet simplement d'avoir en tête un certain nombre de points sur lesquels je dois rester vigilant lors de mes propres navigations et c’est là, je trouve, tout l’intérêt d’un partage d’expérience.Merci à l’auteur de l’article pour ce partage, merci au site de nous permettre de lire tant d’aventures, d’informations et d’expériences, merci à tout ceux qui ont commenté d’avoir apporté des informations complémentairesBon vent et bonne mer à tout le monde.
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Trireme 50 B, la fiche technique

MarquePuglièse
Longueur de coque15.30
Largeur4.62 m
Déplacement lège18 000 kg
Surface de voilure au près364 m2
Voir la fiche technique complète du Trireme 50 B