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La Route du Rhum a 40 piges. Ça tombe bien, c'est l'âge de Fabrice Amedeo. Et en piges, il s'y connait :-)

Mon premier souvenir du Rhum remonte à 1986, j'étais au Cap Fréhel avec mes parents pour voir passer Royale, Côte d'Or… Il y avait un vent médium, et il ne faisait pas très beau. Thierry Ledoux, un ami de mon père, faisait la course en cata. J'avais 8 ans et je faisais un peu de voile en famille.

En 2010, quand j'ai pris le départ, j'étais à peine conscient de ce que je faisais. Je me disais que c'était mon Everest personnel, un truc que je ferai une fois dans ma vie, et qu'il fallait que j'en profite à fond. C'était une année de coups de chiens sur la route nord et j'ai enchainé les dépressions, de ces moments dont on est finalement content quand on les a surmontés, mais qu'on est juste sûr que l'on ne recommencera jamais.

Tout a basculé au moment de l'arrivée. C'était le lever de soleil. Un moment magnifique. Et immédiatement je me suis dit : je vais repartir, ma vie c'est ça.
En 2014 le contexte était complétement différent : j'avais fait 3 saisons en Class40, dont 2 avec Armel Tripon, et trois traversées de l'Atlantique - la Québec-Saint-Malo, la Transat Jacques Vabre et la Solidaire du Chocolat. Je continuais mon travail de journaliste, mais j'avais posé 2 jours de RTT par semaine que je consacrais à naviguer, quelles que soient les conditions, et finalement je suis arrivé au départ bien amariné. J'ai fait une belle course dont je suis fier, que j'ai terminée 9
ème sur 44.

Mon meilleur souvenir commence comme un cauchemar : En 2014, après une première nuit très difficile, je suis par le travers de Ouessant. Il y a 500 litres d'eau dans le bateau car j'ai un ballast qui a explosé et mon désalinisateur vient de rendre l'âme. Pas mal de Class40 mettent le clignotant pour rentrer au port. Je fais l'inventaire de mes stocks. Sur la base de 18 jours de mer, je dispose de 1,6 l d'eau par jour. J'appelle le Dr Jean-Yves Chauve, qui me dit que le minimum est 1,5 l d'eau par jour, sous réserve de faire 100% de la cuisine (Lyophal) à l'eau de mer. Voilà une excellente raison de boucler mon parcours en 18 jours ! Je viens de quitter mon habit de journaliste bien mis et de basculer du côté obscur de la force : le compétiteur hargneux se réveille en moi, et ce Rhum-sans-dilution va me le prouver en premier lieu à moi-même. Je monte en tête de mât décoincer une drisse, je récupère un spi passé sous le bateau au terme de plusieurs heures d'une lutte épique, je navigue comme je respire : à fond. La voilà ma course de référence.

A l'arrivée, mon partenaire, Olivier Sardan, le patron de Newrest m'appelle pour me féliciter. Evidemment, le sujet arrive sur le tapis : qu'est-ce que tu fais maintenant ? Je garde plein d'humilité. Il y aura toujours des marins, pour lesquels j'ai de plus en plus d'admiration en progressant dans ce monde dur et merveilleux, dont l'expérience et le parcours les mettront devant moi.Mais je vais faire un tour du monde.

Aujourd'hui j'ai 40 ans, et peu m'importe si c'est plutôt deux fois 20 ou la moitié de 80. J'ai déjà réalisé plein de rêves, mais j'ai surtout contracté une maladie dont on ne guérit pas : j'aime profondément mon métier de journaliste, c'est lui qui me permet de partager ce que je vis. Mais ma vie ne se fera pas sans la compétition.

Route du Rhum
Fabrice Amédéo
IMOCA
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