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La flotte des 27 voiliers Imoca toujours en course, MACSF (Joschke - Lagravière) encore en escale technique, et depuis l’abandon hier d’Hugo Boss (Thomson -McNeal), au terme du 9 ème jour de course, s’est scindée en trois groupes distincts. 16 voiliers, parmi les plus performants, à foils mais aussi dérives droites, ont franchi ou sont en train de franchir la latitude du Cap Vert. Les premiers abordent déjà le fameux pot au noir, Zone de Convergence Intertropicale. Un groupe intermédiaire, composé de 5 bateaux, navigue de concert en approche des îles, tandis qu’un dernier groupe ferme la marche à quelques 850 milles du leader Charal.

Une configuration de course, alors que près de 2 000 milles ont déjà été parcourus par les premiers, qui n’a rien d’étonnante et qui reflète la réalité technologiques du plateau. Le leader tourne ainsi et depuis le départ à 13,50 noeuds de moyenne, tandis que Campagne de France dans le même temps, affiche un chrono de 9,40 noeuds. 13 ans d’avancée technologique sont passés par là. Campagne de France se bat aujourd’hui dans ce dernier groupe, en compagnie de voiliers de même génération. Halvard et Miranda continuent de protéger ce petit décalage en latéral Ouest qui devrait, d’ici 24 heures, leur permettre de négocier au mieux et à leur tour l’archipel du Cap Vert. Ils profitent, quand leur capricieux pilote automatique leur en laisse le loisir (voir plus bas), d’un bel alizé appelé à prendre encore plus de coffre aujourd’hui, soufflant à plus de 25 noeuds en rafales. La minute nécessaire de Monsieur Mabire : « En fait nous n'avons pas de problème de pilote automatique, mais c'est le pilote lui-même qui est un problème.

Il fonctionne très bien le plus souvent, c'est à dire qu'il ne met pas toute la centrale électronique en vrac, mais il ne barre pas mal, il barre carrément très mal.En ligne droite avec des conditions stables, il faut être honnête, ça va à peu près. A défaut d'être capable de maintenir une vitesse constante car il fait trop de S, il peut garder le bateauvaguement dans la bonne direction. Mais dès qu'il y a un changement de force de vent, de direction de vent ou d'assiette du bateau (plus ou moins de gîte) alors là, il est paumé. En attendant que l'information monte à son cerveau, si tant est qu'il en ai un, ce dont je finis par douter ou alors il lui manque des cases, il donne des grands coups de barre n'importe comment, histoire de montrer que c'est quand même lui qui tient le manche et qui commande.Le pire c'est lorsque nous sommes en phase de manoeuvre. Là, ça devient franchement dangereux, car visiblement, il aime bien une certaine vitesse bien stable et un bateau qui ne bouge pas. Mais le problème c'est que bien souvent pour manoeuvrer il nous faut abattre, c'est à dire aller vers le vent arrière. Non seulement nous ralentissons, mais en plus nous sommes beaucoup plus ballotés par la mer, qui est de surcroît spécialement désordonnée là où nous sommes (probablement du à des courants de surface importants qui ne vont pas dans le même sens que le vent). Le pilote est alors tellement incapable de maintenir le cap que cela va jusqu'à faire empanner le bateau, alors que pourtant nous prenons à minima une marge de 30° par rapport au lit du vent. Manoeuvrer sur la plage avant dans ces conditions tient par conséquent de l'acrobatie ou du rodéo. Et c'est dangereux.

Cette nuit nous avons atteint le summum depuis le départ. Nous avons eu le malheur, ou l'outrecuidance, de vouloir nous servir de la télécommande, que nous n'avions pas utilsée depuis quelques jours. Ce crétin de pilote n'a pas apprécié du tout. Première impulsion tout va bien. Deuxième impulsion le pîlote pousse la barre à fond et fait carrément virer de bord le bateau. Nous nous retrouvons alors dans une position plus qu'inconfortable, bateau penché presque à l'horizontale, avec toutes les voiles à contre, la quille et tout le matos du mauvais côté. Inutile de dire que ça à été très très compliqué pour remettre tout le bazar en route et pour arriver à repartir. Miraculeusement pas de casse majeure, le plus grand drame de l'histoire étant que le bon café que je m'apprêtais à déguster c'est déversé partout et à repeint une partie du cockpit et de la descente. Mais très gros stress quand même.Très serviablement et très gentiment, nous avons eu au Havre avant le départ la visite des ingénieurs commerciaux de la marque du pilote, que par égard nous ne citerons pas, qui nous ont dit que toutes remarques quant au qualités de fonctionnement de leur pilote n'étaient que "bruits de pontons" ou rumeurs, mais que forcément il fonctionnait parfaitement.S'il est vrai que sur certains bateaux ça fonctionne apparemment correctement, ce n'est nullement le cas sur Campagne de France. Mais peut-être qu'il nous manque des éléments ou que quelque chose nous échappe pour qu'il en soit ainsi?

De toutes façons les marchands disent toujours que les utilisateurs sont des cons et ne savent pas se servir de leur matos. Par contre, je sais qu'il y a des bateaux qui ont acheté, fort cher, le même pilote et qui ont fini par le débarquer et le remplacer, lassés de passer leur temps à chercher des réglages qui ne donnaient aucun résultat ou de faire intervenir des compétences onéreuses pour essayer d'arriver à faire fonctionner décemment le bazar. Et ça ce ne sont pas des bruits de pontons, mais des faits. J'ai des noms d'ailleurs pour ceux qui veulent.

Mais je ne vais pas me plaindre. D'une part, moi qui ai connu la vielle époque des régulateurs d'allure - sorte de girouette à l'arrière du bateau et agissant directement sur le safran ou la barre en fonctions des changements de direction de vent - je dois reconnaître qu'il y a du progrès et que c'est toujours impressionnant de voir comment certains pilotes arrivent à barrer à la perfection nos volages machines de course modernes. D'autre part, tant que nous sommes en double et pas en solitaire c'est un peu moins angoissant. C'est juste très très nuisible à la performance et à la vitesse du bateau, comme si nous avions besoin de cela, en plus de l'âge de notre vénérable Campagne de France.

Aussi, sur les IMOCA, nous avons absolument besoin impérativement du pilote car, outre le fait que nous avons beaucoup d'autres choses à faire que de barrer, les positions de barre et l'ergonomie générale du cockpit ne favorisent pas l'éventualité que nous pourrions avoir à barrer souvent et longtemps.

Mais ce n'est pas un bête pilote qui nous empêchera d'arriver à Salvador, même s'il faut reconnaître que c'est loin d'être l'idéal et que cela ne nous facilite pas la vie. En tous cas il faudra solutionner cela pour les courses en solitaire de l'année prochaine et surtout pour le Vendée Globe.

Transat Jacques Vabre
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    IMOCA - voilier du chantier Multiple

    Le voilier IMOCA est un monocoque course-croisière, construit par le chantier Multiple. Ce voilier Quille pendulaire, gréé en Sloop, mesure 18.28 m de long.

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