Web série / 1er de sa classe aux 18H d’Arcachon avec un voilier à 1 500 euros !

Faire bonne figure à une régate avec un petit voilier pas cher, c'est possible ! © Emmanuel Hannart

Un Jouët 550 dans son jus préparé à l’arrache pour une régate, ça peut marcher ! A condition de ne pas faire l’impasse sur les bases de la performance…

Gloubi Boulga est donc un Jouêt 550, un petit Micro dessiné à la fin des années 1980 par Jean Berret. Dans sa famille, avec le Microsail et le Neptune 550, c’est l’un des plus vifs. Mais celui-là n’a jamais régaté. Je l’ai acheté dans un état très moyen contre 1 500 euros. Avec une remorque mais pas de moteur.

Après un chantier pour étanchéifier le puits de dérive, les hublots et la porte de descente sont changés. Gloubi a déjà meilleure mine. Une courte sortie sous voiles – pour l’heure elles ont été retaillées dans celles d’un Muscadet – permet de dresser un bilan. Tout d’abord le safran pivotant conçu par le précédent propriétaire est bien trop court. Le bateau passe sur sa barre dès 20° de gîte. Ensuite les manœuvres sont incomplètes et celles qui sont en place génèrent d’importants frottements.

C'est à peu près à ce moment-là que me vient l’envie de participer aux 18 heures d’Arcachon. Et c’est à peine trois semaines plus tard…

45ème édition pour la plus importante régate du Bassin d’Arcachon

Cette épreuve, dont c’est la 45ème édition, se courait autrefois sur 24 heures. Son parcours représente une boucle de 8 milles orientée Ouest/Est. Elle est organisée le premier ou deuxième week-end de juillet par le CVA - Cercle de Voile d'Arcachon.

Traditionnellement, la flotte a droit à un bon thermique de Nord-Ouest qui remonte Nord en fin de soirée. La nuit, place aux brises folâtres et aux gros passages à niveau, courant oblige… Il n’est donc pas rare de passer quelques heures à l’ancre ! Cette course, c’est un peu le Bol d’Or du Bassin.

Les 18 heures ont connu leurs heures de gloire il y a une vingtaine d’années avec plus de 200 voiliers au départ : aujourd’hui, nous sommes tout de même une bonne centaine. Nouveauté depuis l’an passé : les bateaux tournent désormais dans le sens des aiguilles d’une montre. Et cette année, une version courte de la course avec arrêt à minuit est proposée. Avec paëlla le lendemain midi.

Une préparation minimum…

Hors de question de jouer les petits bras ; Micro ou pas, Gloubi a bien l’intention de tourner 18 heures ! Mais à condition de préparer le bateau à minima.

Un propriétaire de Jouët 550 me prête toutes ses anciennes voiles. Je me retrouve avec trois génois et trois spis ! L’accastillage est optimisé par des barbers de spi, des nouveaux réas de pied de mât, un pataras textile et sa latte en tête de mât, quelques retours de manoeuvres et surtout des drisses plus fines – elles ne frottent pratiquement plus. Une nouvelle pelle de safran est retaillée dans du CP de 28 mm, au plus près des cotes d’origine. La cage en alu est bien fatiguée, mais là, on n’a pas le temps… La carène est poncée au papier à l’eau. Je remarque un gros pet en bas de la dérive en fonte, tant pis. Les feux à piles sont prêts, tout comme la frontale et la lampe étanche. Reste à trouver un ou deux équipiers !

Les orages s’en mêlent

Dernière semaine. Gloubi est à peu près en état de régater quand il chavire à deux reprises au corps-mort. Les orages particulièrement violents des 30 juin et 4 juillet, avec des vents supérieurs à 55 nœuds, ont eu raison de la faible stabilité de Gloubi quille relevée. Heureusement, le premier chavirage survient dans à peine un mètre d’eau : le mât tient le coup. Il est bien déréglé, la girouette en pièce – sans parler du bazar à bord. Après avoir fait glisser les kilos d’algues accrochés au haubanage vers le pont, je redresse sans aucune difficulté le bateau. Sur les banquettes, les crabes jouent avec la visserie de 6…

Le second knock down survient à sec ; là, le liston saillant prend appui sur le sable et le bateau se redresse tout seul. Mais le désordre à bord est plus impressionnant encore ; le mouillage dans sa caisse est à trois mètres de son emplacement d’origine, sous le cockpit…

Une bonne nouvelle quand même : j’ai un équipier ! Il s’agit de Tanguy, un jeune étudiant en stage chez Beyond The Sea, l’entreprise d’Yves Parlier.

La contrainte de la marée

Le jour J, la marée est plutôt favorable – elle est haute deux heures avant le départ de la course. Un copain m’a prêté un moteur. Bien utile puisqu’il n’y a pas un souffle d’air quand Gloubi flotte enfin. Cap sur Arcachon contre le courant montant, j’en ai pour 1h30. Tanguy gère la chaîne d’inscription et l’avitaillement.

Au ponton, je prépare le bateau, centre tous les poids autour du puits de dérive, installe le cagnard de course. N° 13, défense d’être superstitieux. Je tente de resserrer le carré de barre – beaucoup de jeu… Bref, je suis à la bourre, sous un soleil de plomb ! Nous sommes le dernier bateau à sortir du port mais parvenons à prendre un départ correct.

Des options radicales

Une fois le bon réglage du génois trouvé, Gloubi marche très bien au près. Nous marchons plus vite que les agiles 590 et tenons sans problèmes nos grands frères, les Jouët 680. De bonne augure.

A deux, on est un peu juste au rappel : le thermique s’est bien levé, avec des rafales à 16/17 nœuds. Premier envoi de spi : le sac passe à l’eau. Je le remplace par mon sac étanche…

La barre accuse un jeu de près de 10°, la nouvelle girouette est bloquée, le sable du mât (suite au premier chavirage) s’échappe par les réas. Pas grave, on fait marcher Gloubi. Dès 22 heures, le vent s’essouffle. Heureusement, le coefficient de marée n’est que de 47, ce qui limite le courant max à 1,5 nœud.

Pour franchir certains passages à niveau, il convient de tricoter dans des zones peu affectées par le courant pour parvenir ensuite à passer la marque en crabe. Le tout de nuit ! C’est là que la tablette avec un logiciel de navigation est bien utile. On fait quelques bons coups et deux moins brillants… et tous cas, on reste en short toute la nuit – vive l’été !

1er (officieusement) en compensé de notre classe !

Clap de fin à 9h du matin. Vu les bateaux bien plus gros autour de nous, on se doute bien qu’on a bien marché. Sur la carte, avec 6 tours, on a fait 48 milles. Lors de la remise des prix, nulle mention de Gloubi. Normal, nous n’avons pas (encore) de certificat de jauge Osiris. Donc pas de classement officiel.

N’empêche que c’est bien notre petit Jouët 550 qui pose le meilleur temps en compensé de la Classe 1 (moins de 14,5 de rating) ! Au général, on est 17ème. Pas si mal pour un bateau à 1 500 euros qui n’avait presque jamais navigué…

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Yann Venance - 17 Juillet 2018
Bravo :-)
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Jouët 550, la fiche technique

MarqueYachting-France
ArchitecteBerret-Racoupeau
Longueur hors-tout5.50 m
Largeur2.35 m
Déplacement lège560 kg
Surface de voilure au près19 m2
Voir la fiche technique du Jouët 550