La SNSM de Carro, 150 ans de sauvetage en mer au large d'un des plus grand port de France

La station SNSM de Carro près de Marseille nous a ouvert ses portes. Visite guidée et découverte d'une des plus anciennes stations de sauvetage de Méditerranée.

Une des plus anciennes stations de Méditerranée

La station SNSM de Carro a été créée en 1868 et cumule près de 3300 interventions depuis son entrée en service. Dès 1901, les bénévoles de la station s'illustrent dans un des plus importants naufrages que la région a pu connaître.

Le canot de sauvetage en 1901
Le canot de sauvetage en 1901

Dans la nuit du 6 au 7 janvier 1901, le paquebot « La Russie » qui effectuait la liaison régulière entre Oran et Marseille avec à son bord 46 passagers et 56 membres d'équipage s'est échoué à quelques centaines de mètres de la plage de Faraman. Sous les assauts d'une mauvaise houle, le navire de 90 m commence à se briser en plusieurs morceaux. Ne pouvant être sauvés par la terre, c'est à la rame que les sauveteurs des stations de Carro et de Saintes-Marie de la Mer sont venus sauver l'équipage du paquebot d'une mort certaine.

Le "Marquis Maurice d'Urre", en service à Carro de 1930 à 1978
Le "Marquis Maurice d'Urre", en service à Carro de 1930 à 1978

Une position stratégique à l'entrée de la rade de Marseille

La station de Carro est située le long de la Côte Bleue, à mi-chemin entre Marseille et la rade de Fos. Cette position centrale confère à la station des missions très variées, demandant une certaine polyvalence entre le milieu de la Marine Marchande et la plaisance.

La station est animée par une équipe de 37 bénévoles, dont 5 femmes.

La SNS073, un Canot Tous Temps

La station de Carro est équipée du canot tous temps Patrons Antonin & Raoul Domenge, en hommage à d'anciens patrons devenus présidents de la station.

Ce navire de 17,60 m est motorisé par deux blocs IVECO développant chacun 360 chevaux. Insubmersible, il a été lancé en 1992 et devrait être remplacé en 2025. Bien que parfaitement entretenu par son équipe de bénévoles, son remplacement est nécessaire pour répondre au mieux au nombre grandissant d'interventions que la station doit assurer chaque année.

Des missions très variées

La station de Carro s'est illustrée dans de nombreuses opérations, parfois très périlleuses. Rien que sur l'année 2020, le CTT073 et son équipage de bénévoles ont réalisé près d'une quarantaine interventions.

Dans la nuit du 4 au 5 août 2020, un immense incendie se déclare sur la Côte Bleue, entre Marseille et Martigues. Un violent mistral attise un feu qui va dévaster plusieurs centaines d'hectares. Des centaines de personnes, cernées par les flammes, se retrouvent piégées en bord de mer, et ne peuvent regagner leur domicile en raison des flammes. Mobilisé, le CTT073 va évacuer près de 89 personnes en trois rotations.

En juillet , le CTT a procédé à l'évacuation d'un marin malade sur un tanker de 220 mètres en provenance d'Asie. Dans un contexte sanitaire délicat, l'équipage a pu prendre en charge le marin et le ramener à l'hôpital de Martigues pour être soigné.

Le 13 avril, les bénévoles de Carro sont mobilisés pour retrouver un marin letton tombé à l'eau à environ 3 milles nautiques du cap Couronne. Il naviguait à bord d'un chimiquier depuis le port d'Agioi Theodoroi en Grèce jusqu'à Fos-sur-Mer. Les recherches ont duré six heures et malgré d'importants moyens déployés, l'homme de 55 ans n'a malheureusement pas été retrouvé.

Tout au long du confinement sanitaire, les bénévoles ont effectué des rotations pour livrer leurs courses aux personnes âgées ou à mobilité réduite.

Le 11 février, le CROSS sollicite la station de Carro pour porter assistance à un catamaran de plaisance de 22m qui menace de sombrer. La coque bâbord du Lord Dickie est victime d'une très importante voie d'eau. La situation est critique à l'arrivée du CTT, et malgré une mer mauvaise et un navire en fâcheuse posture, les bénévoles réussiront à ramener le catamaran à bon port, après une opération qui aura duré plusieurs heures.

Un engagement hors du commun

Qu'est ce qui motive ces jeunes et moins jeunes pour aller se faire brasser pendant des heures pour porter assistance à un navire en difficulté ? Certains abandonnent leurs famille en pleine nuit pour accomplir un acte citoyen, marin, mais bénévole.

Car il n'est pas inutile de rappeler qu'en France, le sauvetage en mer est assuré par des bénévoles. La SNSM ne vit que de dons, et ne facture pas le sauvetage d'une vie. En revanche, la récupération du matériel ou le remorquage d'un navire sera facturé au propriétaire. Quand on questionne les membres de la station sur leurs motivations, les vraies réponses sont éludées par quelques blagues. Chacun y va de son histoire et de ses raisons, presque pudiques.

Tous les bénévoles ont un atome crochu avec l'iode et un profond sens des valeurs. La SNSM regroupe un formidable vivier humain, révélateur de talents, qui ont pour leitmotiv de rester humbles, quelles que soient les conditions rencontrées.

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