Essai de l'ACCWing, une aile souple pour des pointes à 20 noeuds sans forcer

© ACCWing

Nous avons testé l'aile souple d'ACCWing sur son catamaran de 10 mètres. Nous vous expliquons le fonctionnement de ce gréement original, et somme toute simple, qui nous a permis de belles performances lors de notre sortie en baie de la Forêt.

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Nous avions évoqué en octobre 2020 les débuts du projet ACCWing. Après une période de mise au point, les équipes du projet nous ont proposé de venir découvrir et tester sur leur petit catamaran de 10 mètres leur aile souple affalable.

Une voile qui se hisse simplement

Rendez-vous était donc donné sur les quais de Port-la-Forêt en cette fin juillet 2023, les conditions s'annonçant parfaites avec du vent plutôt soutenu. L'angle du vent le permettant, il est décidé de quitter le ponton à la voile, ou plutôt à l'aile... Sur le catamaran qui sert de support à la première ACCWing, l'envoi de l'aile s'avère très simple. Comme n'importe quelle voile, une simple drisse en tête du mât en carbone permet de hisser les 54 m2, sans avoir à se préoccuper d'une quelconque ralingue ou de lazy jacks.

Hissage de l'aile
Hissage de l'aile

L'aile est constituée d'une double peau de tissus à voile en membrane assez classique, avec une bôme basse et 3 nervures rigides intermédiaires en carbone. Même choquée, on voit que l'aile acquiert rapidement une petite portance, et on ne tarde pas à larguer les amarres.

L'aile se range et s'affale facilement.
L'aile se range et s'affale facilement.

Un profil d'aile réglable

Comme l'indique son nom, ACCWing pour Automated Camber Control Wing, l'intérêt du brevet déposé sur l'invention est notamment de pouvoir régler la cambrure du profil. Une fois sortis du chenal, à une vitesse déjà assez soutenue par rapport aux bateaux alentour, nous pouvons nous pencher sur les possibilités de réglage de l'aile. Le fonctionnement est assez classique à première vue, avec une écoute de chaque bord, démultipliée avec des palans. Si le catamaran d'essai a été conçu pour un gréement traditionnel, les futurs bateaux conçus autour de l'ACCWing auront des rails circulaires pour tenir les bords de fuite et d'attaque.

Un pied de mât simple, avec un espar autoportant.
Un pied de mât simple, avec un espar autoportant.

Pour notre départ, le profil était conservé symétrique, et fonctionnait déjà bien. Pour gagner en performance, nous testons de cambrer le profil. Pour cela, le système fait appel à des flexibles, appelés muscles, à l'instar de ceux d'un corps humain. Fonctionnant par paires et fixés de manière croisée entre une face du mât et le bord de fuite de la peau opposé, ils se rétractent en y insufflant de l'air comprimé. Le diamètre augmentant, leur longueur se réduit et les deux bords se rapprochant, l'aile prend naturellement de la cambrure.

Les muscles du profil inférieur
Les muscles du profil inférieur

Une télécommande dédiée à chaque nervure permet d'ouvrir la vanne d'une simple bonbonne de plongée. Ainsi, on règle séparément le profil à chacune des quatre hauteurs.

Les 4 télécommandes
Les 4 télécommandes

Lors de l'essai, nous constatons facilement l'intérêt du dispositif et la puissance additionnelle. A contrario, cela peut être un moyen de ralentir facilement en effaçant la cambrure par une simple pression de la télécommande.

Performance et tolérance à la barre

Le fonctionnement étant désormais bien compris, il ne nous reste qu'à profiter de la météo du jour pour tester les performances du bateau. Le catamaran de 10 mètres est assez léger, et la météo du jour avec plus de 15 nœuds de vent établi, des rafales à plus de 20 nœuds et un plan d'eau plat, sont propices à la vitesse.

Au près, la capacité de remontée de l'aile est assez impressionnante. On atteint des vitesses au près d'une douzaine de nœuds à presque 10 ° du vent apparent, et le bateau continue de remonter à des angles même inférieurs. Au travers et à des angles plus abattus, le compteur monte et nous atteindrons une vitesse de pointe de 20,2 nœuds. De retour au port après une navigation d'un peu plus d'une heure et demie, sans optimisation permanente, la moyenne du bateau dépasse les 10 nœuds.

Une voile facile à tenir
Une voile facile à tenir

Mais au-delà de la vitesse pure, c'est aussi la tolérance du profil qui est marquante. Le vent était soutenu, et pour autant, si le bateau accélère vite, nous ne nous sommes jamais sentis sur le fil du rasoir. Une fois bien déterminée l'assiette optimale, le bateau était sain à la barre, et le profil de l'aile étant compensé par rapport au mât, les efforts dans l'écoute sont limités. Cerise sur le gâteau, l'aile ne faseyant pas, le bateau est silencieux, même dans les risées.

Nul doute que cette innovation pourra trouver sa place sur des bateaux de plaisance, mais aussi des navires de commerce, en mode automatique. On a hâte de voir ce que l'ACCWing pourrait donner sur un habitable de plaisance.

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Jean-jacques Challiol
Jean-jacques Challiol
Est ce que les lobbiies des accastilleurs ne freinent pas ces recherches ? Question intéressante quand on sait que les recherches pour supprimer les voiles "à ficelles" et les idées ne manques pas depuis déjà longtemps....et que Anne ne voit toujours rien venir.....
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