Un marin dans les glaces : immersion littéraire dans les expéditions de Sébastien Roubinet
Zoé Lamazou retrace la trajectoire singulière de Sébastien Roubinet, navigateur discret et bricoleur de génie. Entre banquise et cabanes, ce récit brosse le portrait d'un homme à contre-courant. L'approche littéraire donne un relief inédit à ses navigations extrêmes.
Naviguer dans les hautes latitudes sans moteur, sur un engin hybride entre voilier et traîneau, relève de la prouesse. À travers la (très belle) plume de Zoé Lamazou, Sébastien Roubinet devient le fil rouge d'un récit où l'expérimentation nautique côtoie l'intime, sans céder au sensationnel.
Une trajectoire hors normes, loin des projecteurs
Le livre s'attarde sur une jeunesse éloignée des conventions, passée dans les Cévennes, puis sur un apprentissage empirique de la mer. Le départ de l'école à treize ans marque le début d'une autonomie farouche. La biographie ne suit pas précisément une chronologie linéaire, préférant explorer certains épisodes marquants : une transat sur un catamaran bricolé, une traversée de l'Arctique à la voile sans assistance motorisée, ou encore un hivernage familial au Groenland. Certains moments-clés sont omis, laissant parfois le lecteur curieux d'en savoir plus. D'autant que l'ouvrage se conclu par une Chronologie, sorte de liste à la Prévert qui semble aussi longue qu'un jour sans fin, montrant la prouesse du parcours de ce navigateur taiseux.
Le choix de la banquise : entre défi technique et ascèse volontaire
Le cœur du livre reste l'exploration polaire. Roubinet invente des embarcations adaptées à la navigation sur l'eau comme sur la glace, un domaine technique totalement unique et marginal. Ces catamarans légers à foils, capables de glisser sur la banquise comme de tirer des bords dans des chenaux libres, sont construits avec justesse. Le récit met en lumière la complexité de la navigation polaire : résistance des matériaux, autonomie énergétique, rapport au froid, logistique sans ravitaillement.
Contrairement à d'autres figures de l'aventure contemporaine, on pense forcément à Mike Horn, Sébastien Roubinet ne cherche pas la mise en scène. C'est ce silence, justement, que Zoé Lamazou parvient à traduire. La complicité entre l'autrice et son sujet se devine, construite au fil d'entretiens patients. Cette posture du "taiseux" devient un élément narratif à part entière, qui tranche avec les récits d'ego souvent rencontrés dans la littérature d'aventure.
La plume de Zoé Lamazou s'attache aux sensations : le bruit des semelles sur la glace vive, la moiteur des duvets humides, la lumière rasante des aurores boréales. Ce choix littéraire fait de ce livre autre chose qu'un simple journal de bord. Il s'adresse aux marins, mais aussi aux lecteurs attirés par la poésie du Grand Nord et par les gestes d'artisans de la mer.
On referme le livre avec l'envie d'en savoir davantage. Le personnage de Sébastien Roubinet donne envie de tout lire, tout connaître : ses essais, ses échecs, ses carnets de bord. Certaines expéditions sont évoquées en quelques pages, quand elles auraient pu remplir un volume entier. Mais ce choix narratif recentre l'ouvrage sur l'essentiel : la quête d'un homme pour réconcilier navigation, autonomie et exploration.
Editions Paulsen
Parution le 9 octobre 2025
15 x 2 cm
208 pages
21,00 €
Un silence qui en dit long
Contrairement à d'autres figures de l'aventure contemporaine, on pense forcément à Mike Horn, Sébastien Roubinet ne cherche pas la mise en scène. C'est ce silence, justement, que Zoé Lamazou parvient à traduire. La complicité entre l'autrice et son sujet se devine, construite au fil d'entretiens patients. Cette posture du "taiseux" devient un élément narratif à part entière, qui tranche avec les récits d'ego souvent rencontrés dans la littérature d'aventure.
Une écriture sensorielle au service de la mer
La plume de Zoé Lamazou s'attache aux sensations : le bruit des semelles sur la glace vive, la moiteur des duvets humides, la lumière rasante des aurores boréales. Ce choix littéraire fait de ce livre autre chose qu'un simple journal de bord. Il s'adresse aux marins, mais aussi aux lecteurs attirés par la poésie du Grand Nord et par les gestes d'artisans de la mer.
Un récit partiel mais habité
On referme le livre avec l'envie d'en savoir davantage. Le personnage de Sébastien Roubinet donne envie de tout lire, tout connaître : ses essais, ses échecs, ses carnets de bord. Certaines expéditions sont évoquées en quelques pages, quand elles auraient pu remplir un volume entier. Mais ce choix narratif recentre l'ouvrage sur l'essentiel : la quête d'un homme pour réconcilier navigation, autonomie et exploration.
Le marin qui n'avait jamais perdu le Nord - Zoé Lamazou