Interview / Miranda Merron : "En France, les femmes dans la voile ont énormément de chance"

Miranda Merron © Jean-Marie Liot

La navigatrice Miranda Merron a bien voulu répondre à nos questions sur la place de la femme dans la voile. Avec sa culture Anglo-Francaise, elle nous donne son point de vue sur un milieu sportif professionnel où encore trop peu de femmes ont la chance de porter de gros projets.

Quelle est la place de la femme dans la voile en France ?

En France, les femmes dans la voile ont énormément de chance. Sportivement, elles ont carrément leur place. Il n'y a pas de barrières dans la voile, mais c’est plutôt à cause d'une vision qu'a la société qu’il est difficile pour une femme de faire carrière dans la course au large. Pourtant, il y a des sponsors qui disent vouloir sponsoriser les femmes, mais le regard de la société pèse lourd.

Aux yeux de la société, et vis-à-vis des sponsors, il pèse une responsabilité supplémentaire à être une femme, de risquer sa vie d'autant plus si cette femme est aussi une mère. Les femmes qui font carrière ont parfois des enfants et un compagnon qui ne veut pas prendre le relai pendant qu'elle est en course. 

En résumé, ce sont des barrières de société qui empêchent les femmes de faire carrière dans la voile en France, mais absolument pas un blocage du milieu en lui-même. Cependant, ce n'est pas le cas dans d'autres pays où il y a encore beaucoup de travail à faire sur l'accessibilité à la voile aux femmes, comme on l'a déjà en France.

Est-ce plus difficile de trouver un sponsor pour une femme ?

Ça ne devrait pas l'être ! Au niveau de la recherche de sponsors, c'est en train de changer. En France, certains grands sponsors ont la volonté de communiquer autrement en recrutant des femmes. On voit d'ailleurs de plus en plus de femmes s'aligner sur le départ de grandes courses, comme le prochain Vendée Globe.


©Bateaux.com

La voile est-elle un milieu machiste ?

En Class40, il n'y a pas absolument pas de machisme. Dans la voile française plus globalement, je ne pense pas non plus. Ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays, où les femmes ne sont généralement même pas invitées à naviguer.

Sur les petites régates régionales d'une semaine, on peut trouver pas mal de femmes, jusqu'à 35 % environ. Mais sur les gros projets, comme en TP52 par exemple, il y en a très peu. Sur la dernière Volvo Ocean Race c'était une obligation, mais auraient-ils pris des femmes à bord si ça n'avait pas été obligatoire ?

Je vous donne un exemple : Libby Greenhalgh, une navigatrice britannique qui a fait la Volvo Ocean Race en 2014-2015 avec Team SCA puis en 2017-2018 avec Team Sun Hung Kai/Scallywag est une très bonne skipper. Malgré ses deux participations à cette course de renommée mondiale, elle attend aujourd'hui qu'on la contacte pour d’autres projets.

Alors que les hommes sont appelés rapidement pour faire la Coupe de l'America, la Volvo Ocean Race… Les navigatrices britanniques, pourtant médaillées d'or aux Jeux Olympiques, sont délaissées. En France, les femmes ont plus leur place.


©Bateaux.com

Pourquoi est-ce plus difficile en Angleterre ?

En France, le sponsoring voile est formidable. On y trouve cette culture de petites et moyennes entreprises qui viennent financer des projets. En Angleterre, c'est tout de suite de très grosses entreprises, comme Hugo Boss (Alex Thomson) ou Aviva (Dee Caffari), avec des très gros budgets. La voile n'est pas vue de la même manière qu'en France, où elle est très populaire.

Une femme a les mêmes capacités qu'un homme dans la voile ?

La voile, c'est un des seuls sports avec l'équitation où il n'y a pas de classement différencié : homme et femme. Tout le monde est mis sur un même pied d'égalité. Après, c'est sûr, il faut choisir sa monture. Un Class40 est à taille humaine et c'est une bonne taille pour les femmes. C'est un bateau assez physique, mais il suffit de compenser avec un peu plus de sport.

Quels sont tes projets pour la suite ?

J'essaye de m'aligner sur le Vendée Globe 2020. Un long parcours qui va commencer tout de suite après le Défi Atlantique 2019. C'est dommage qu'on ne puisse pas faire de Vendée Globe sur un Class40.

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