À la rencontre d’un gréeur professionnel, Erwan Rouxel

Le métier de gréeur, assez peu connu du grand public. En effet, être gréeur sur un bateau de course, c’est créer le lien indissociable entre le marin et sa monture… C’est aussi une pratique qui réclame une patience infinie, un art certain de savoir prendre le temps d’observer tout ce qui se passe sur un pont de bateau, en même temps qu’on a les yeux levés vers le mat, les haubans, barres de flèche.

Nous avons rencontré Erwan Rouxel, qui depuis 15 ans pratique ce métier auprès de coureurs prestigieux. Rien ne disposait pourtant celui-ci à suivre un tel parcours, car ce parisien avait jusqu’à 20 ans seulement navigué en famille lors de croisières en Bretagne (son papa possédait un voilier à La Trinité) ainsi qu’en Hobie Cat (chez Mazura Marine sur la Seine.) juste par plaisir.

Car ce qui anime Erwan n’est certainement pas la régate et la course au temps, mais bien au contraire sa qualité première est sa grande patience, animée par un métier qui demande beaucoup de méticulosité. Admiratif, de ceux qui parcourent en régate les océans, il avoue ne pas avoir cet esprit de compétition chevillé au corps. Mais la voile, il aime ça.

Erwan Rouxel

C’est pourquoi, une fois adulte, parti en voyage en Nouvelle-Zélande, le déclic a lieu : intégré un peu par hasard dans l’équipe "Fosters" à Auckland (société Shipchandler qui fabrique des mats), il rejoint vite l’équipe de Harken et commence à préparer des TP52 comme accastilleur. Grâce à ce poste, il va donc monter sur les ponts des célèbres TP 52, de certains IMOCA, et de maxi ; on a déjà connu formation moins prestigieuse…

Parallèlement, il rencontre Jean-Pierre Dick, qui y fait construire son IMOCA "Virbac-Paprec". C’est par cette rencontre que l’aventure a vraiment commencé. Le coureur lui propose de convoyer son nouvel IMOCA entre Auckland et Perth, premières frayeurs en mer, premiers pas en tant qu’équipier et surtout  accastilleur.

Erwan Rouxel
Le pied de mât de Vibac Paprec

Puis, fort de cette expérience, il embarque sur un cata de 92 pieds (un plan VPLP) pour un demi-tour du monde, pendant 4 ans, jusqu’à la Ciotat. Marin à bord, il sera en charge du pont et du gréement.

À ce stade, le matelotage n’a déjà plus de secret pour lui. Ces années auront été le vrai déclencheur de son expérience, sur les préparations et réglages de gréement. Il avoue même avoir peu à peu vaincu sa peur d’être balloté à 40 mètres de haut sur une chaise de calfat.

Erwan Rouxel

Aujourd’hui, alors que les bateaux de course se spécialisent encore davantage, que demande-t-on à un gréeur ?

Afin de pouvoir intégrer une équipe comme celle de Jean-Pierre Dick, il faut connaître sans faillir le matelotage, qui regroupe les différentes techniques du travail des cordages du bord. Il faut, bien entendu maîtriser parfaitement les différents textiles, en connaître la solidité, les points de rupture.

Savoir faire des épissures et surliures n’est donc pas tout ce que doit savoir le gréeur. Il faut aussi réfléchir et être innovant, pour remplir la tâche  qui consiste, cette fois, à installer, régler et réparer le gréement courant et dormant, avec le souci permanent d’un travail parfait, pour éviter tout souci une fois le bateau en course.

Erwan Rouxel

Désormais, les grandes écuries de voile (Sprindrift, Sodébo, Banque Populaire...) ont leur propre responsable gréement. Et celui-ci s’entoure de la compétence de gréeur d'accastilleur et de mateloteur dans les phases de travaux, sortie de l’eau, chantier et mise à l’eau. Erwan fait partie de ceux-ci. Il n’est pas attitré à une équipe, mais intervient "à la demande", ce qui lui vaut d’avoir eu des contacts avec de prestigieux skippers.

Si pour le Vendée Globe 2008, il collaborait avec la société Blew-Stoub et avait essentiellement œuvré sur Ecover de Mike Golding, il a également  participé à la préparation de Safran, alors aux mains de Marc Guillemot, et de Virbac pour Jean-Pierre Dick. Puis c'est  Dominique Wavre pour l’édition 2012 et à nouveau Jean-Pierre Dick pour l’édition 2016…
Actuellement, Erwan travaille aux côtés d’Isabelle Joschke et de son IMOCA aux couleurs de MACSF pour le prochain Vendée Globe de 2020, mais aussi avec Giancario Pedote toujours pour la même course.Il est aussi en soutien à l’écurie Sprindrift, qui possède son propre responsable gréement, mais qui a fort à faire avec Sprindrift 2, le D35 à foils et les autres supports. En mai, ce sera au tour de Gitana de le solliciter en soutien du gréeur attitré.

Erwan Rouxel
Le piano de Virbac Paprec

L’avènement des foils et des mats aile inspirent directement les gréeurs, qui doivent bien entendu tenir compte de ces spécificités, et s’adapter aux nouveaux plans de voilure, aux vitesses qui ne cessent d'augmenter, impliquant de nouvelles résistances des matériaux. Gréeur, un métier en permanente mutation !

C’est pourquoi, fort de cette longue expérience, Erwan prétend aujourd'hui à faire de la conception et du conseil. Gageons qu’avec cette expérience, son "carnet de bal" sera vite rempli !

Plus d'articles sur les chaînes :

Réagir à cet article :
Ajouter un commentaire...