Histoire de voilier, le Manzanita de Claude refait à neuf

Claude aime les beaux objets, et plutôt que d”investir dans du neuf, il prend plaisir à redonner vie à son voilier : un Mazanita de 1979 qu'il a soigné jusqu'au moindre détail. Découverte de cette rénovation méticuleuse.

Claude a 72 ans. En activité il était prof de physique et d'informatique dans l'enseignement professionnel. À côté de ses collègues, il a beaucoup appris dans les différents métiers, notamment du bâtiment. Côté mer, ce jeune homme navigue depuis l'âge de 18 ans. Au début, ce charentais pratique au club de Fouras où il côtoie Jean Berret qui mettait au point son premier Quarter "Bemol". C'était avant qu'il ne devienne l'architecte naval renommé. Pratiquant la régate, Claude a participé de nombreuses fois à la semaine de La Rochelle comme équipier, mais comme il s'amuse à le dire : "Maintenant, on m'embarque plutôt pour la cuisine ! Il n'y a plus besoin de navigateur à cause de l'électronique…"

Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
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Ma "Porsche" à moi

Ce régatier amateur avait décidé de ne plus posséder de voilier, d'arrêter de naviguer en croisière. Jusqu'au jour où sa route croise celle de ce Manzanita. "C'est pendant le convoyage du voilier d'un ami que j'ai vu ce voilier à vendre en Espagne, dans un port de la côte Catalane. C'est un Quarter Toner dessiné par Ron Holland. J'ai toujours aimé ces formes IOR très travaillée et pourtant si esthétique. Faire revivre ce genre de bateau me donnait envie. Je pense qu'il est préférable de restaurer ce genre de bateau plutôt que de le mettre à la casse. Espérons qu'il existe un jour un marché pour ces vieilles coques, comme pour les vieilles voitures. Même si l'évolution de l'architecture et du confort peut faire craindre un désintérêt pour les vieilles carènes… Pour moi, ce Manzanita est un peu ma Porsche 356 !"

Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
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3 ans de chantier

De son port d'attache en Espagne, à peine la vente signée, le voilier est rapatrié par la route à La Rochelle. "Cet été là, je l'ai remis à l'eau et je m'en suis servi un mois sans apporter la moindre modification. J'ai navigué dans les Pertuis autour de l'ile de Ré. Le Manzanita était dans son jus. Cela m'a permis de valider l'état général, de la coque, des voiles, de l'accastillage et du moteur". A la fin de l'été, le voilier est sorti de l'eau à Port des Barques en face de l'ile d'Oléron pour une grosse rénovation. Celle-ci va durer 3 ans…

Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
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Un 1/4 Tonner Ron Holland

Datant de 1976, ce Quarter Tonner construit en série en polyester par un chantier espagnol, est issu de la coque d'un prototype Quarter qui a couru en 1975. Environ 50 exemplaires ont été produits à cette époque et la série est assez populaire en Espagne. Ce modèle a été nommé Manzanita (la petite pomme), car le premier modèle avait une pomme dessinée sur son tableau arrière. La forme caractéristique arrondie de ce dernier donnait une impression de pomme en 3D.

Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
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Coque et pont qui brillent

Sur Sobrevent ("Au vent" en Catalan), la coque et le pont ont un triste aspect. On voit la fibre de verre par endroit. Claude décide de la poncer entièrement avant de faire appel à un professionnel pour lui appliquer un nouveau gelcoat. Celui-ci est projeté au pistolet puis poncé, puis poli pour retrouver l'aspect miroir de la sortie d'un moule.

Pour le pont, c'est Claude qui s'y colle. Il commence par démonter tout l'accastillage. Il dénombre plus de 100 boulons entre les rails, les winches ou les divers bloqueurs. Il décide de rependre le pont en 2 coloris avec le travail supplémentaire que demande le masquage entre les couches. Les parties foncées grises reçoivent de l'antidérapant alors que les parties claires sont lisses. Pour cela il utilise de peinture International bicomposant auquel il ajoute de la poudre de verre pour l'antidérapant.

Côté accastillage, il remplace tout le métal par du Dyneema. Ainsi les bastaques ou le pataras passent en textile. De même que les drisses qui étaient encore mixte : acier et textile. En revanche, pour tenir ce mât 7/8e, Claude n'a pas changé le gréement en rod : "On verra bien", dit-il…

Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent

Le monocylindre remis à neuf

Côté moteur, le monocylindre Solé Diesel qui tournait tant bien que mal, finit par être débarqué. Claude va découvrir un tourteau totalement rouillé suite à une fuite du presse-étoupe et surtout un cylindre crevé. Il va changer le piston et la bielle. Heureusement, on trouve encore des pièces détachées pour ce type de moteur et il peut le refaire lui-même, tranquillement installé dans son garage. À la fin, le moteur entièrement dérouillé et repeint semble comme neuf.

Manzanita Sobrevent
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Une ligne indémodable

Pour la déco, Claude décide de peindre une fougère sur le bordé (la même que celle des All Black de la Nouvelle-Zélande), clin d'oeil au pays d'origine de Ron Holland. Il conserve le nom d'origine du bateau.

En aout 2019, il peut enfin remettre le bateau à l'eau. Avec la joie de tirer à nouveau des bords en attendant la livraison du petit plaisir qu'il vient de s'offrir : une grand-voile de la voilerie Incidence. Même s'il reste quelques détails à peaufiner à l'intérieur, son nouveau jouet a vraiment de la gueule. "Ce n'est pas rare de se faire saluer en arrivant à Saint-Martin-de-Ré en me disant que j'ai un beau voilier", ajoute-t-il un peu fier.

Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
Manzanita Sobrevent
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Combien ça coute ?

Et quand demande à Claude combien celui lui à couté, il ne préfère pas savoir. "J'ai acheté le bateau en l'état 5000 €. Mais je n'ai pas compté combien m'ont couté les travaux. Sans doute autour de 15 000 €. De toute façon largement plus que la valeur de revente de ce modèle aujourd'hui. Mais ce n'est pas important. Je suis heureux de naviguer sur un voilier que je trouve beau, et cela n'a pas de prix."

Manzanita Sobrevent
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Réagir à cet article :
HERVE GUILLOTON - 3 mois
FELICITATION POUR CE CHANTIER
HERVE GUILLOTON - 3 mois
NAVIGUANT A OLERON J ESPERE VOUS CROISER SUR L4 EAU MON REVE DANS LES ANNEE 1977 TOUJOURS AUSSSI BEAU
philippe TIXERONT - 3 mois
Magnifique travail , le résultat est splendide
jean manuel cananzi - 3 mois
super ! bravo c'est un gros travail .
jean manuel cananzi - 3 mois
bravo, super c'est un gros boulot ... la passion peut soulever des montagnes.
Jean-Bertrand Mothes-Massé - 3 mois
Bravo pour ce travail, qui est aussi un bel engagement. Pour ma part, j'ai couru la Figaro en Rush régate (et gagné au classement des bateaux de série, qui était très disputé à l'époque car on était en pleine guerre entre Jeanneau et Bénéteau). Et j'étais très Ron Holland, qui avait été formé chez German Frers. Et par la suite, il a formé Tony Castro, qui est devenu un ami, et qui avait dessiné était lui-même Justine, vainqueur de la One Ton Cup, qui a donné lieu à la série des Sunshine, avec lequel j'ai fait la RdRhum...Que de milles derrière nous, s'il pouvait y en avoir autant devant !
Claude Pierre - 3 mois
Bonjour Mr Mothes-Massé, nous devons avoir des amis communs car j'ai déja entendu citer votre nom. A l'époque du Manza, je courrais sur un Dufour 1300 puis sur un Club 86. Iil en avait 3 à La Rochelle : Femina avec Florence Arthaud, le proto de Philippe Briand et le notre. Nous faisions des places honorables en courant toutes les régates alors que les "vedettes" à cause de leurs obligations diverses loupaient des points... Il y avait un Manza dans l'ile de Ré, "Téléphone Bill" et on a plus souvent vu son magnifique tableau que son étrave. Suite à des résultats à Arcachon en Trident 80, j'ai aussi couru la semaine de Cowes 1979 sur la présérie du Jouet 920 pour l'architecte Tortarolo et le chantier. Heureusement suite à une rencontre brutale entre la bôme et ma tête nous avons fait 1/2 tour au départ du Fastnet... Ouf ! On a quand même gagné Plymouth-La Rochelle en rentrant. Pour conclure, il est plus facile de restaurer le bateau que le skipper !
Jean-Bertrand Mothes-Massé - 3 mois
Bonne époque. Et surtout il y avait beaucoup de bateaux en course. A la Semaine de La Rochelle, à laquelle j'ai participé pour la première fois en 1965, en 590 !!! Sponsorisée par... Martini ! Avec Pen Duick II et Eric qui s'était pris une bonne "murge", il y avait 250 bateaux. Tous les bateaux étaient au Vieux Port : ambiance ! (il n'y avait pas de nouveau...). La Semaine de LR était le RV incontournable dans une saison. Avec la fameuse Coupe du Golfe de Gascogne (280 milles), vraie course au large. Et puis.... Bref, je ne suis pas nostalgique d'avoir vécu tout ça, car ça continue, de manière différente, entres autres activités maritimes, très impliqué dans la SNSM, patron CTT local au Cap Ferret, mais aussi au niveau national. Au plaisir d'échanger sur FB par exemple.
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Manzanita, la fiche technique

MarqueOcean Yachts
ArchitecteRon Holland
Longueur hors-tout7.65 m
Largeur2.86 m
Tirant d'eau1.60 m
Déplacement lège1 350 kg
Surface de voilure au près35 m2
Voir la fiche technique complète du Manzanita