Interview / Basile Buisson : De Virtual Regatta à la Transat Jacques Vabre sur un "vrai" bateau

Kieran Le Borgne et Basile Buisson

Basile Buisson prendra le départ de la Transat Jacques Vabre 2023 aux côtés de Kieran Le Borgne en Class 40. Sélectionné sur Virtual Regatta, le co-skipper du voilier Google Chrome nous explique sa plongée dans le monde de la course au large, ses surprises et ses attentes.

A l'issue de la Transat Jacques Vabre 2021, le jeu Virtual Regatta annonçait le lancement du programme baptisé du Virtuel au Réel pour permettre à l'un de ses joueurs de participer en vrai, à bord d'un Class 40 à l'édition 2023. Parmi eux, Basile Buisson a su saisir l'opportunité et nous résume le parcours qui l'amène sur les pontons du Havre pour le départ de la Transat, mais aussi ses découvertes et ses attentes.

Quel a été le processus de sélection du co-skipper Virtual Regatta ?

J'ai reçu le mail envoyé à tous les participants, et je me suis dit que si j'avais une seule chance dans ma vie de faire cette course, c'était celle-là. J'ai donc répondu. Nous étions mille. Après une deuxième course de sélection sur Virtual Regatta, nous étions 250. Il a fallu ensuite faire un dossier et une présentation vidéo. Sur les 70 dossiers reçus, 20 ont été soumis à un vote du public et du jury, à l'issue duquel, nous nous sommes retrouvés à 10 au Havre pour une sélection en réel.

Il y a alors eu des sélections physiques, sur la connaissance de la voile en J80 et en Class 40, puis nous avons été 3 finalistes à partir pour 24 heures avec Kieran, le skipper, pour une navigation aller-retour entre le Havre et l'île de Wight.

Au total, cela a duré 1 an et demi, avec des périodes à fond et d'autres plus calmes.

Kieran Le Borgne et Basile Buisson
Kieran Le Borgne et Basile Buisson

Comment as-tu commencé à jouer à Virtual Regatta, et quel est ton niveau de pratique ?

Ma première course sur Virtual Regatta a été le Vendée Globe 2016, puis quelques-unes avant le Vendée Globe 2020. Là j'ai commencé à jouer très régulièrement, avec 2 à 4 courses par mois. Avec les temps de mise à jour, de routage en utilisant les différents modèles météo, cela prend beaucoup de temps. Virtual Regatta est basé sur le modèle GFS, mais en complétant avec d'autres modèles, en allant chercher les sources locales en Australie par exemple, on peut prendre un coup d'avance. Je joue en équipe avec Extaz'Sea. On est une cinquantaine de personnes, et aujourd'hui la 2ème au classement mondial. Ce que j'aime est que l'on échange ensemble sur le sujet.

Et en voile "réelle", quel est ton parcours ?

J'ai commencé l'Optimist à 7 ans, puis continué en SL 15.5, en Open 5.7. J'ai fait un peu d'IRC et de voile classique, et aujourd'hui, je fais du J70, mais toujours entre 3 bouées. Jamais de large, et presque pas de croisière.

A quoi a ressemblé la préparation et comment peut-on la concilier avec sa vie professionnelle ?

La sélection a eu lieu fin mai. Je suis marin dans la Marine Marchande. J'ai donc dû repartir naviguer le lendemain pour 4 semaines, mais ensuite, mon employeur m'a libéré jusqu'à la fin de la course. On a alterné de grosses sessions d'entraînements et la préparation technique du bateau. C'est un plan Verdier, le numéro 88 qui a gagné la Route du Rhum avec Thomas Ruyant. Nous avons fait le Fastnet en qualification. Cela a été un bon test, dans du vent fort. On a eu pas mal de casse, mais on a été au bout. Cela a permis de se jauger et de se connaître.

En août on a continué le physique et la recherche de partenaires, avec l'arrivée de Google Chrome.

Qu'est-ce qui t'a surpris dans cette préparation ?

C'est un beau jouet, puissant, mais on a presque les sensations d'un dériveur. Mais les puissances en jeu ne sont pas les mêmes qu'en J70 et on ne rattrape pas les erreurs à la main. J'avais et j'ai encore tout à apprendre en gestion du sommeil et bricolage. Pour l'appréhension du mal de mer, on a fait le test sur la Fastnet, et ça passe ! Je peux rester à la table à cartes quand tout vole autour. Le plus compliqué est le sommeil et le froid quand il faut être attentif à tout autour la nuit.

Qu'apporte l'expérience Virtual Regatta au duo ?

L'analyse météo et routage. A part sur Virtual Regatta, c'est impossible de faire 20 transats dans l'année pour se tester. Ensuite, sur Virtual, le bateau est toujours à 100 % de la polaire, pas dans la réalité. Mais Kieran connaît bien le bateau pour trouver les bons réglages.

Quels sont les objectifs sportif et personnel sur cette Transat Jacques Vabre ?

Sportivement, c'était déjà d'être au départ, et d'arriver de l'autre côté sans casser ou se faire mal. Nous sommes le 2ème plus vieux bateau, donc on ne va pas viser le haut du classement, mais le but est de jouer avec les plus proches de nous.

Du point de vue personnel, le programme s'appelle du Virtuel au Réel, mais je l'appellerai plutôt du Virtuel à l'Irréel. Faire une Transat en course, c'est un rêve depuis toujours. Je vais prendre de l'expérience que l'on peut retransposer sur d'autres bateaux. Ce n'est pour le moment qu'une opération one-shot. Si ça se prolonge tant mieux. Après la course, je vais aussi découvrir les Antilles en famille. Le projet est né sur Virtual Regatta et c'est vraiment sympa d'embarquer la communauté avec nous et d'échanger avec elle.

Plus d'articles sur le thème
Réagir à cet article
Ajouter un commentaire...