Une course trop grande pour entrer tout entière dans un album
Raconter la Route du Rhum, c'est commencer par accepter de laisser du monde sur le quai. Depuis 1978, la transatlantique entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre a accumulé les victoires, les naufrages, les chavirages, les abandons, les sauvetages, les innovations techniques et quelques arrivées entrées dans la mémoire collective. Alexandre Chenet et Renaud Garreta ont donc dû choisir.
C'est précisément la difficulté de La Route du Rhum, bande dessinée publiée chez Delcourt à l'approche de l'édition 2026. Impossible de transformer plus de quatre décennies de course en inventaire exhaustif sans fabriquer une encyclopédie. L'album préfère retenir des épisodes et des personnages capables de raconter, chacun à leur manière, l'évolution de cette transatlantique.
On retrouve évidemment les figures qui ont construit sa légende. Michel Malinovsky renvoie immédiatement au duel de 1978 avec Mike Birch, Florence Arthaud à une autre époque du multicoque océanique, Laurent Bourgnon, Loïck Peyron ou Thomas Coville à d'autres générations de machines et de marins.
Cette sélection produit nécessairement des absents (principalement en monocoque). Mais une bande dessinée ...
... n'est ni un livre de résultats ni une base de données. Elle doit avancer, construire des scènes et faire tenir une histoire dans un nombre limité de planches. Le choix devient alors une partie du récit.
Et il permet surtout de montrer quelque chose que les classements racontent assez mal : au fil des éditions, la Route du Rhum change de bateaux, de dimensions et de vitesse, mais conserve une constante. Un marin part seul à l'entrée de l'hiver vers la Guadeloupe avec une machine qu'il doit faire tenir jusqu'à l'arrivée.
L'idée la plus intéressante de l'album est probablement d'avoir embarqué Pierre Antoine dans l'aventure.
Le skipper connaît la Route du Rhum de l'intérieur. Il l'a disputée à quatre reprises et compte deux victoires de catégorie, en 2006 puis en 2018. Cette dernière est particulièrement révélatrice de ce que peut produire le Rhum lorsqu'il quitte le simple terrain sportif : en route vers la Guadeloupe sur Olmix, Pierre Antoine avait participé au sauvetage de Lalou Roucayrol après le chavirage de son multicoque. Une ligne dans un palmarès ne raconte évidemment pas cela.
L'histoire du Rhum est pleine de vainqueurs. Elle est également peuplée de marins qui ont bricolé, ralenti, réparé, attendu, secouru un concurrent ou simplement réussi à rejoindre la Guadeloupe. En donnant une place à cette expérience vécue, Alexandre Chenet et Renaud Garreta peuvent donc quitter la grande fresque historique. Pierre Antoine ne sert pas seulement de caution technique. Ses propres aventures rappellent que, vue depuis le cockpit, une Route du Rhum ne ressemble pas toujours à celle que l'on reconstitue quelques années plus tard à partir du classement.
Le dessin de Renaud Garreta constitue l'autre force de l'album. Et les lecteurs ayant suivi plusieurs générations de course au large risquent de passer autant de temps à regarder certaines cases qu'à lire les textes.
Les bateaux comptent énormément dans l'imaginaire de la Route du Rhum. Ils permettent presque de dater une édition sans regarder le millésime. Les formes de carène, les plans de pont, les gréements, les décorations et, surtout, les dimensions racontent à leur façon les transformations de la course au large.
Garreta soigne ces éléments. Le trait reste celui d'une bande dessinée, mais les voiliers ne deviennent pas pour autant de vagues silhouettes posées sur un océan générique. Pour un lecteur familier de la course, cette précision compte. Un multicoque historique doit rester identifiable. Une scène de gros temps doit conserver une certaine crédibilité. Un bateau lancé dans la mer ne se dessine pas comme une automobile sur une route mouillée.
Certaines images provoqueront d'ailleurs une impression de déjà-vu chez les lecteurs des magazines nautiques des dernières décennies. On retrouve des cadrages, des attitudes de bateaux et des scènes qui évoquent les photographies ayant accompagné l'histoire de la course au large. Non comme une simple succession d'images célèbres, mais comme une mémoire graphique commune à ceux qui ont suivi ces marins édition après édition.
L'album ne s'adresse pourtant pas seulement aux lecteurs capables d'identifier un bateau à la forme de son étrave.
Alexandre Chenet et Renaud Garreta prennent le temps d'expliquer les situations, les choix des skippers et les mécanismes de la navigation. Le parti pris est clair : quelqu'un qui découvre la course au large doit pouvoir comprendre pourquoi une situation devient dangereuse, pourquoi une décision est importante ou ce qui différencie certaines générations de bateaux.
Cette volonté pédagogique a son revers. Pour un lecteur déjà familier des transatlantiques, de la météo ou du fonctionnement d'un voilier de course, certains passages paraîtront plus explicatifs que nécessaire. Le récit ralentit parfois pour donner les clés permettant au néophyte de rester à bord. C'est le prix de l'accessibilité.
Les connaisseurs pourront donc trouver certaines explications superflues. Elles permettent en revanche de transmettre cette histoire au-delà du petit cercle des passionnés de course au large. Et, finalement, une bande dessinée consacrée au Rhum n'aurait guère d'intérêt si elle n'était compréhensible que par ceux qui connaissent déjà l'arrivée de chaque édition.
La date de publication n'a évidemment rien d'anodin. La Route du Rhum – 40 ans d'histoires est annoncée en librairie le 1er octobre 2026. Un mois plus tard, le dimanche 1er novembre à 13 h 02, la flotte de la 13e édition quittera Saint-Malo pour Pointe-à-Pitre. L'album arrive donc au moment où l'histoire qu'il raconte s'apprête à ajouter un nouveau chapitre.
- Editions Delcourt
- 96 pages
- 22,6 x 29,8 cm
- En librairie le 1er octobre 2026
- 19,90 €
Et il permet surtout de montrer quelque chose que les classements racontent assez mal : au fil des éditions, la Route du Rhum change de bateaux, de dimensions et de vitesse, mais conserve une constante. Un marin part seul à l'entrée de l'hiver vers la Guadeloupe avec une machine qu'il doit faire tenir jusqu'à l'arrivée.

Pierre Antoine apporte ce que les archives ne racontent pas
L'idée la plus intéressante de l'album est probablement d'avoir embarqué Pierre Antoine dans l'aventure.
Le skipper connaît la Route du Rhum de l'intérieur. Il l'a disputée à quatre reprises et compte deux victoires de catégorie, en 2006 puis en 2018. Cette dernière est particulièrement révélatrice de ce que peut produire le Rhum lorsqu'il quitte le simple terrain sportif : en route vers la Guadeloupe sur Olmix, Pierre Antoine avait participé au sauvetage de Lalou Roucayrol après le chavirage de son multicoque. Une ligne dans un palmarès ne raconte évidemment pas cela.
L'histoire du Rhum est pleine de vainqueurs. Elle est également peuplée de marins qui ont bricolé, ralenti, réparé, attendu, secouru un concurrent ou simplement réussi à rejoindre la Guadeloupe. En donnant une place à cette expérience vécue, Alexandre Chenet et Renaud Garreta peuvent donc quitter la grande fresque historique. Pierre Antoine ne sert pas seulement de caution technique. Ses propres aventures rappellent que, vue depuis le cockpit, une Route du Rhum ne ressemble pas toujours à celle que l'on reconstitue quelques années plus tard à partir du classement.

Des bateaux que certains lecteurs reconnaîtront avant même de lire les bulles
Le dessin de Renaud Garreta constitue l'autre force de l'album. Et les lecteurs ayant suivi plusieurs générations de course au large risquent de passer autant de temps à regarder certaines cases qu'à lire les textes.
Les bateaux comptent énormément dans l'imaginaire de la Route du Rhum. Ils permettent presque de dater une édition sans regarder le millésime. Les formes de carène, les plans de pont, les gréements, les décorations et, surtout, les dimensions racontent à leur façon les transformations de la course au large.
Garreta soigne ces éléments. Le trait reste celui d'une bande dessinée, mais les voiliers ne deviennent pas pour autant de vagues silhouettes posées sur un océan générique. Pour un lecteur familier de la course, cette précision compte. Un multicoque historique doit rester identifiable. Une scène de gros temps doit conserver une certaine crédibilité. Un bateau lancé dans la mer ne se dessine pas comme une automobile sur une route mouillée.
Certaines images provoqueront d'ailleurs une impression de déjà-vu chez les lecteurs des magazines nautiques des dernières décennies. On retrouve des cadrages, des attitudes de bateaux et des scènes qui évoquent les photographies ayant accompagné l'histoire de la course au large. Non comme une simple succession d'images célèbres, mais comme une mémoire graphique commune à ceux qui ont suivi ces marins édition après édition.

Expliquer le Rhum sans perdre ceux qui le connaissent déjà
L'album ne s'adresse pourtant pas seulement aux lecteurs capables d'identifier un bateau à la forme de son étrave.
Alexandre Chenet et Renaud Garreta prennent le temps d'expliquer les situations, les choix des skippers et les mécanismes de la navigation. Le parti pris est clair : quelqu'un qui découvre la course au large doit pouvoir comprendre pourquoi une situation devient dangereuse, pourquoi une décision est importante ou ce qui différencie certaines générations de bateaux.
Cette volonté pédagogique a son revers. Pour un lecteur déjà familier des transatlantiques, de la météo ou du fonctionnement d'un voilier de course, certains passages paraîtront plus explicatifs que nécessaire. Le récit ralentit parfois pour donner les clés permettant au néophyte de rester à bord. C'est le prix de l'accessibilité.
Les connaisseurs pourront donc trouver certaines explications superflues. Elles permettent en revanche de transmettre cette histoire au-delà du petit cercle des passionnés de course au large. Et, finalement, une bande dessinée consacrée au Rhum n'aurait guère d'intérêt si elle n'était compréhensible que par ceux qui connaissent déjà l'arrivée de chaque édition.

Un album à lire avant que Saint-Malo ne recommence à bouillir
La date de publication n'a évidemment rien d'anodin. La Route du Rhum – 40 ans d'histoires est annoncée en librairie le 1er octobre 2026. Un mois plus tard, le dimanche 1er novembre à 13 h 02, la flotte de la 13e édition quittera Saint-Malo pour Pointe-à-Pitre. L'album arrive donc au moment où l'histoire qu'il raconte s'apprête à ajouter un nouveau chapitre.

La Route du Rhum - Alexandre Chenet - Renaud Garreta
- Editions Delcourt
- 96 pages
- 22,6 x 29,8 cm
- En librairie le 1er octobre 2026
- 19,90 €

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