Record Cowes-Dinard : Louis Burton passe sous les 4 h 05 en Ultim
Un peu plus de quatre heures pour relier Cowes à Dinard. Louis Burton et son équipage ont poussé Armand Thiery à près de 34 noeuds de moyenne sur le parcours de référence. Au-delà du record annoncé, cette tentative éclaire la prise en main accélérée du trimaran avant son passage au solitaire.
Un Cowes-Dinard bouclé en un peu plus de quatre heures
Louis Burton et son équipage ont signé le 8 septembre 2026 un temps de 4 h 04 min 25 s entre Cowes et Dinard à bord de l'UltimArmand Thiery. Le chrono améliore de 26 min 20 s la référence établie en 2021 par Giovanni Soldini et son équipage sur Maserati70. Il reste toutefois soumis à la ratification du World Sailing Speed Record Council.
D'après les données communiquées par l'équipe de Louis Burton, Armand Thiery est parti de Cowes à 16 h 30 min 44 s, heure française, avant de franchir la ligne devant Dinard à 20 h 35 min 09 s. La moyenne calculée sur la distance de référence atteint 33,86 nœuds. L'équipe annonce également 34,6 nœuds sur la route effectivement parcourue et une vitesse maximale de 46,4 nœuds.
Le chiffre spectaculaire est évidemment la pointe. Mais sportivement, la moyenne est beaucoup plus instructive. Tenir presque 34 nœuds pendant quatre heures dans une Manche où il faut composer avec le Solent, les îles Anglo-Normandes, les effets de courant et une mer parfois courte demande autre chose qu'un simple bord de vitesse.
Une fenêtre météo courte et une navigation au reaching
La configuration météorologique retenue par l'équipe explique en partie le rythme élevé. Selon Louis Burton, la majeure partie de la traversée s'est effectuée avec 20 à 25 nœuds de Nord-Ouest, au reaching et au travers. Ces allures sont favorables aux grands multicoques à foils : le vent apparent augmente avec la vitesse du bateau et permet de conserver une forte pression dans les voiles tout en exploitant les appendices porteurs. Mais la vitesse ne règle pas ...
... tous les problèmes. À plus de 30 nœuds, l'état de la mer devient déterminant, tant pour la trajectoire que pour les charges encaissées par la plateforme.
La fenêtre était également étroite. L'équipe, en attente depuis le 7 septembre, estimait disposer de cinq à six heures avant l'affaiblissement des conditions. Le trimaran avait auparavant rejoint le Solent depuis les côtes françaises, puis s'était présenté lancé sur la ligne de départ. Le début du parcours impose rapidement de sortir du Solent, un secteur où le trafic, les côtes proches et les courants réduisent la liberté tactique. Vient ensuite la Manche proprement dite, où le bateau peut davantage exprimer son potentiel.
Cowes-Dinard pourrait presque ressembler à un grand bord travers à la lecture d'une carte météo. La réalité géographique est moins accommodante. Louis Burton indique notamment avoir rencontré du courant contraire au raz Blanchard, avec une mer agitée par l'opposition entre vent et courant. Ce secteur situé entre le cap de la Hague et Aurigny est connu pour ses courants puissants. À haute vitesse, la question ne consiste donc pas seulement à rechercher le chemin géométriquement le plus court. Il faut arbitrer entre courant, état de mer, angle au vent et capacité à maintenir une vitesse élevée sans imposer des efforts excessifs au bateau.
La route autour de Jersey a également évolué pendant la tentative. L'équipage envisageait initialement un passage à l'ouest de l'île avant de retenir son côté est. Selon Burton, il a fallu suffisamment contourner Jersey pour limiter l'effet de dévent, puis remettre le cap vers Dinard. Ce type de décision rappelle qu'un record de vitesse n'est pas une course sur piste. Le routage donne une solution théorique, mais le navigateur et le barreur doivent constamment confronter celle-ci à la mer réellement rencontrée. Et sur un Ultim lancé à plus de 40 nœuds, quelques milles effectués dans une zone mal alimentée peuvent rapidement coûter plusieurs minutes.
La comparaison avec Maserati70 doit être maniée avec précaution. Le Multi70 de Giovanni Soldini avait établi en avril 2021 un chrono de 4 h 30 min 45 s, toujours répertorié par le WSSRC au moment de la tentative de Louis Burton. Maserati70 mesure environ 21,30 m, contre 30 m pour Armand Thiery. La différence d'échelle est considérable. Le bateau de Burton dispose notamment d'une longueur de coque et d'une plateforme beaucoup plus importantes. Il appartient à une génération de maxi-trimarans conçus pour maintenir de très fortes moyennes océaniques.
Il faut également rappeler que Armand Thiery n'est pas un bateau neuf. Le trimaran est l'ancien Macif de François Gabart, dessiné par VPLP et lancé en 2015. Il est ensuite devenu Actual Ultim 3 avant d'être repris par le projet de Louis Burton en 2026. Le bateau avait par ailleurs reçu de nouveaux appendices lors d'un important chantier en 2018 afin d'améliorer ses capacités de vol. La performance de septembre 2026 ne raconte donc pas l'arrivée d'un Ultim de nouvelle génération. Elle montre plutôt le potentiel encore disponible sur une plateforme éprouvée, désormais reprise par une nouvelle équipe.
C'est probablement là que se situe l'intérêt principal de cette traversée. Armand Thiery n'a retrouvé l'eau sous ses nouvelles couleurs que le 7 juillet 2026, après un chantier à Lorient. Louis Burton dispose donc d'un bateau connu et largement éprouvé en course au large, mais nouveau pour lui et pour une partie de son équipe. Or l'apprentissage d'un Ultim ne se résume pas à comprendre ses polaires de vitesse. Il faut déterminer les réglages, les limites de mer, les configurations d'appendices, les réductions de voilure et les modes de pilotage permettant de préserver une plateforme soumise à des charges considérables. Il faut également construire des automatismes à bord.
La traversée Cowes-Dinard offre précisément un terrain intéressant pour ce travail. Elle concentre en quelques heures des phases de vitesse pure, du pilotage, des transitions côtières, des effets de courant et des choix de route. Louis Burton souligne d'ailleurs que, dans les conditions rencontrées, la barre a été tenue en permanence. Cette remarque prend une importance particulière à l'approche d'une course en solitaire : ce qui est possible avec plusieurs barreurs disponibles doit ensuite être transposé dans une configuration où le skipper doit aussi dormir, naviguer, manœuvrer et gérer son bateau.
C'est toute la différence entre la performance du 8 septembre et l'objectif du 1er novembre. Pour Cowes-Dinard, Louis Burton disposait de sept équipiers : Servane Escoffier-Burton, Clément Commagnac, Arthur Hubert, Evan Panard, Ahmad Ahmadi, Gwénolé Gahinet et Antoine Blouet. Jérémy Eloy était également embarqué pour les images. Sur la Route du Rhum, Burton sera seul.
Le départ de la treizième édition est officiellement prévu le 1er novembre 2026 à 13 h 02 depuis Saint-Malo, pour une transat vers Pointe-à-Pitre. Le changement de configuration sera donc radical. Un record de quatre heures ne démontre pas la capacité à tenir plusieurs jours à haute vitesse dans l'Atlantique. En revanche, il permet de travailler le comportement du bateau dans une plage de vent soutenue, de confronter les réglages aux données enregistrées et d'identifier les situations où la plateforme devient plus difficile à exploiter.
À moins de deux mois du départ, chaque navigation compte d'autant plus que Burton change de monde après sa longue expérience en IMOCA. Un Ultim de 30 m impose d'autres vitesses, d'autres charges et d'autres anticipations.
Le prochain chronomètre sera beaucoup plus long : celui de la Route du Rhum.
La fenêtre était également étroite. L'équipe, en attente depuis le 7 septembre, estimait disposer de cinq à six heures avant l'affaiblissement des conditions. Le trimaran avait auparavant rejoint le Solent depuis les côtes françaises, puis s'était présenté lancé sur la ligne de départ. Le début du parcours impose rapidement de sortir du Solent, un secteur où le trafic, les côtes proches et les courants réduisent la liberté tactique. Vient ensuite la Manche proprement dite, où le bateau peut davantage exprimer son potentiel.
Le raz Blanchard et Jersey compliquent une route qui paraît simple sur la carte
Cowes-Dinard pourrait presque ressembler à un grand bord travers à la lecture d'une carte météo. La réalité géographique est moins accommodante. Louis Burton indique notamment avoir rencontré du courant contraire au raz Blanchard, avec une mer agitée par l'opposition entre vent et courant. Ce secteur situé entre le cap de la Hague et Aurigny est connu pour ses courants puissants. À haute vitesse, la question ne consiste donc pas seulement à rechercher le chemin géométriquement le plus court. Il faut arbitrer entre courant, état de mer, angle au vent et capacité à maintenir une vitesse élevée sans imposer des efforts excessifs au bateau.
La route autour de Jersey a également évolué pendant la tentative. L'équipage envisageait initialement un passage à l'ouest de l'île avant de retenir son côté est. Selon Burton, il a fallu suffisamment contourner Jersey pour limiter l'effet de dévent, puis remettre le cap vers Dinard. Ce type de décision rappelle qu'un record de vitesse n'est pas une course sur piste. Le routage donne une solution théorique, mais le navigateur et le barreur doivent constamment confronter celle-ci à la mer réellement rencontrée. Et sur un Ultim lancé à plus de 40 nœuds, quelques milles effectués dans une zone mal alimentée peuvent rapidement coûter plusieurs minutes.
Vingt-six minutes gagnées, mais deux bateaux très différents
La comparaison avec Maserati70 doit être maniée avec précaution. Le Multi70 de Giovanni Soldini avait établi en avril 2021 un chrono de 4 h 30 min 45 s, toujours répertorié par le WSSRC au moment de la tentative de Louis Burton. Maserati70 mesure environ 21,30 m, contre 30 m pour Armand Thiery. La différence d'échelle est considérable. Le bateau de Burton dispose notamment d'une longueur de coque et d'une plateforme beaucoup plus importantes. Il appartient à une génération de maxi-trimarans conçus pour maintenir de très fortes moyennes océaniques.
Il faut également rappeler que Armand Thiery n'est pas un bateau neuf. Le trimaran est l'ancien Macif de François Gabart, dessiné par VPLP et lancé en 2015. Il est ensuite devenu Actual Ultim 3 avant d'être repris par le projet de Louis Burton en 2026. Le bateau avait par ailleurs reçu de nouveaux appendices lors d'un important chantier en 2018 afin d'améliorer ses capacités de vol. La performance de septembre 2026 ne raconte donc pas l'arrivée d'un Ultim de nouvelle génération. Elle montre plutôt le potentiel encore disponible sur une plateforme éprouvée, désormais reprise par une nouvelle équipe.
Pour Louis Burton, le vrai sujet reste la prise en main
C'est probablement là que se situe l'intérêt principal de cette traversée. Armand Thiery n'a retrouvé l'eau sous ses nouvelles couleurs que le 7 juillet 2026, après un chantier à Lorient. Louis Burton dispose donc d'un bateau connu et largement éprouvé en course au large, mais nouveau pour lui et pour une partie de son équipe. Or l'apprentissage d'un Ultim ne se résume pas à comprendre ses polaires de vitesse. Il faut déterminer les réglages, les limites de mer, les configurations d'appendices, les réductions de voilure et les modes de pilotage permettant de préserver une plateforme soumise à des charges considérables. Il faut également construire des automatismes à bord.
La traversée Cowes-Dinard offre précisément un terrain intéressant pour ce travail. Elle concentre en quelques heures des phases de vitesse pure, du pilotage, des transitions côtières, des effets de courant et des choix de route. Louis Burton souligne d'ailleurs que, dans les conditions rencontrées, la barre a été tenue en permanence. Cette remarque prend une importance particulière à l'approche d'une course en solitaire : ce qui est possible avec plusieurs barreurs disponibles doit ensuite être transposé dans une configuration où le skipper doit aussi dormir, naviguer, manœuvrer et gérer son bateau.
Du record en équipage au solitaire de la Route du Rhum
C'est toute la différence entre la performance du 8 septembre et l'objectif du 1er novembre. Pour Cowes-Dinard, Louis Burton disposait de sept équipiers : Servane Escoffier-Burton, Clément Commagnac, Arthur Hubert, Evan Panard, Ahmad Ahmadi, Gwénolé Gahinet et Antoine Blouet. Jérémy Eloy était également embarqué pour les images. Sur la Route du Rhum, Burton sera seul.
Le départ de la treizième édition est officiellement prévu le 1er novembre 2026 à 13 h 02 depuis Saint-Malo, pour une transat vers Pointe-à-Pitre. Le changement de configuration sera donc radical. Un record de quatre heures ne démontre pas la capacité à tenir plusieurs jours à haute vitesse dans l'Atlantique. En revanche, il permet de travailler le comportement du bateau dans une plage de vent soutenue, de confronter les réglages aux données enregistrées et d'identifier les situations où la plateforme devient plus difficile à exploiter.
À moins de deux mois du départ, chaque navigation compte d'autant plus que Burton change de monde après sa longue expérience en IMOCA. Un Ultim de 30 m impose d'autres vitesses, d'autres charges et d'autres anticipations.
Le prochain chronomètre sera beaucoup plus long : celui de la Route du Rhum.
08 Sep En mer, comme à la salle, chaque entraînement a son importance. Renforcement musculaire, endurance, gainage... La préparation physique fait partie... - Lire la suite