Voir Geodis retrouver l'eau à Port Saint Louis du Rhône prend une dimension particulière lorsque l'on connaît le parcours du bateau. Le plan Finot de 1994 revient de loin. Antoine Brunet et Caroline Da Silva ne se sont pourtant pas contentés de sauver un ancien 60 pieds Open : ils veulent maintenant le faire naviguer et courir. Avec, en ligne de mire, une Route du Rhum qui change complètement l'échelle du projet.
Un 60 pieds construit pour gagner autour du monde

Avant de devenir Geodis, le monocoque est lancé en 1994 sous le nom Sceta Calberson 4. Dessiné par le cabinet Finot pour Christophe Auguin, il appartient à une génération de 60 pieds Open encore très différente des Imoca actuels. Plus étroit que certains de ses contemporains, mais déjà doté d'un tirant d'eau de 4,50 m, il est conçu pour être très performant au portant.
Son palmarès arrive vite. Christophe Auguin remporte le BOC Challenge 1994, tour du monde en solitaire avec escales, puis le Vendée Globe 1996. Il franchit la ligne d'arrivée aux Sables d'Olonne le 17 février 1997 après 105 jours et 20 heures de mer.

Le bateau ne s'arrête pas là. En 1998, Auguin établit notamment un record de traversée de l'Atlantique entre New York et le cap Lizard en 9 jours, 22 heures et 59 minutes. Le monocoque change ensuite de propriétaires et de noms. Bernard Gallay termine huitième du Vendée Globe 2000 à 2001 à son bord. Hervé Laurent dispute The Transat 2004 puis le Vendée Globe 2004 à 2005, qu'il abandonne après la perte d'un safran. Philippe Fiston l'engage encore sur la Route du Rhum 2006.
Cette longue carrière explique ...
... aussi une partie du chantier actuel. Geodis n'est pas un bateau figé dans sa configuration de 1994. Quille, gréement, structures, aménagements et ballasts ont été modifiés au fil de ses différentes campagnes.
Après sa carrière au large, l'ancien Geodis disparaît progressivement des lignes de départ. Il reste plusieurs années à Cherbourg, où son état se dégrade. En 2024, la situation administrative finit par rejoindre la situation matérielle : son propriétaire est déchu de son titre après l'accumulation de plus de 50 000 euros de droits de port impayés. La ville de Cherbourg récupère alors le bateau.
Le 60 pieds est finalement proposé aux enchères au printemps 2025. Antoine Brunet et Caroline Da Silva l'acquièrent pour moins de 16 000 euros.
Le couple possède une partie des compétences nécessaires. Antoine travaille dans les composites et possède une formation de charpentier de marine ainsi qu'une expérience en chantier naval. Caroline compte pour sa part vingt ans d'expérience dans le secteur naval.
Après une première remise en état à Cherbourg destinée à rendre le bateau navigable, Geodis quitte la Normandie le 18 août 2025. Il atteint la Med le 4 septembre après plus de 2 000 milles de convoyage. Mais cette première navigation ne constitue qu'une étape. Le 12 décembre 2025, le bateau ressort de l'eau à Port Saint Louis du Rhône. Le vrai refit peut commencer.
Sur un ancien 60 pieds, la question n'est pas seulement de savoir ce qui fonctionne encore. Il faut contrôler les organes qui encaissent les efforts et remettre en fiabilité un bateau destiné à reprendre la mer.
La quille et les safrans sont déposés. Les paliers sont remplacés. Les vérins hydrauliques sont restaurés avec une intervention sur les tiges et les joints. La coque est entièrement poncée avant la reprise des enduits et de la finition.
Le gréement connaît lui aussi une intervention lourde avec le remplacement du mât par un profil plus récent, ainsi que le rail de GV. Une partie importante de l'accastillage est renouvelée. Les drisses, écoutes et sacs à bouts passent également par la liste du chantier. Tous les ballasts, qui avaient connus des modifications diverses, ont été supprimés afin de fiabiliser la machine.
Sur le pont, les panneaux sont repris ou modifiés. Les hublots sont déposés pour refaire leur étanchéité, tandis que des ouvrants sont ajoutés sur le roof. L'électronique est revue et le tableau arrière, déjà repris lors du chantier de Cherbourg, reçoit des renforts en carbone.
Une partie de ces opérations est réalisée directement par Antoine, notamment les travaux de composite. Ce fonctionnement permet de contenir la facture, mais réclame du temps. Depuis décembre 2025, le couple consacre plusieurs jours par semaine au bateau en parallèle de son activité professionnelle.
Le réseau de marins constitué autour du bateau joue également son rôle. Bertrand de Broc, qui a navigué sur ce 60 pieds et en est devenu le parrain, apporte son expérience. Christophe Auguin, Kito de Pavant et Nicolas Rouger ont également participé au projet ou fourni des conseils et du matériel.
Geodis a été remis à l'eau le 29 août par les équipes de Port Navy Service. Famille et amis avaient fait le déplacement pour cette journée riche en émotions.
Au moment du rachat, prendre le départ de la Route du Rhum ne figurait pas au programme. L'objectif consistait d'abord à sauver le bateau, le ramener en Méditerranée et le remettre durablement en navigation.
Les encouragements reçus autour du projet et l'arrivée de premiers soutiens matériels ont changé la donne. Antoine et Caroline ont alors demandé une invitation pour la Route du Rhum 2026. Le bateau a obtenu une wild card et Antoine apparaît parmi les inscrits de l'épreuve depuis le 24 juillet.
Geodis doit courir en Vintage Mono, et affrontera un autre vainqueur du Vendée Globe, à savoir l'ex PRB, Victorieux avec Michel Desjoyeaux puis Vincent Riou. Avant de rejoindre le départ, il reste toutefois une étape autrement plus concrète qu'un dossier d'inscription : naviguer suffisamment pour qualifier le skipper et éprouver le bateau.
Le programme prévoit donc une remontée de la Méditerranée vers Cherbourg. Environ 2 500 milles sont annoncés, alors que 1 200 milles hors course sont nécessaires à la qualification. Ce convoyage servira surtout de véritable essai grandeur nature après le refit. Sur un bateau de cet âge, quelques sorties devant Port Saint Louis ne remplacent pas plusieurs jours de mer pour charger le gréement, solliciter la quille, tester les pilotes et traquer les entrées d'eau.
Pour Antoine Brunet, l'enjeu est aussi personnel. Malgré plusieurs courses en Mini en Méditerranée et de nombreux milles à bord de Geodis, la Route du Rhum 2026 sera sa première transatlantique.
La remise à l'eau ne marque donc pas l'aboutissement de la restauration. Elle ouvre plutôt la seconde phase du projet, celle de l'exploitation sportive du bateau.
Jusqu'à présent, Antoine et Caroline ont financé principalement Geodis sur leurs fonds propres, complétés par des prêts, des dons de matériel et des voiles d'occasion. Cette économie de récupération a du sens sur un bateau vintage, mais elle trouve ses limites.
Le couple recherche donc des partenaires pour consolider le budget de la Route du Rhum 2026 et préparer la suite. Car l'idée n'est pas de traverser l'Atlantique avant de remettre définitivement Geodis au ponton.
Après le Rhum, le bateau doit revenir à Port Saint Louis du Rhône. Antoine et Caroline envisagent déjà d'autres épreuves, avec notamment la Rolex Fastnet Race 2027 au départ de Cherbourg.
Trente deux ans après sa première mise à l'eau, Geodis entre ainsi dans une nouvelle période de sa carrière. Il ne s'agit plus de demander à ce plan Finot de rivaliser avec les Imoca à foils. L'enjeu consiste désormais à maintenir en état de naviguer et de courir un bateau qui a traversé plusieurs générations de course au large. Et pour y parvenir, le plus gros chantier n'est peut être plus dans la coque. Il est désormais dans la recherche du budget capable de faire durer l'histoire.
De bateau de course à voilier abandonné à Cherbourg

Après sa carrière au large, l'ancien Geodis disparaît progressivement des lignes de départ. Il reste plusieurs années à Cherbourg, où son état se dégrade. En 2024, la situation administrative finit par rejoindre la situation matérielle : son propriétaire est déchu de son titre après l'accumulation de plus de 50 000 euros de droits de port impayés. La ville de Cherbourg récupère alors le bateau.
Le 60 pieds est finalement proposé aux enchères au printemps 2025. Antoine Brunet et Caroline Da Silva l'acquièrent pour moins de 16 000 euros.
Le couple possède une partie des compétences nécessaires. Antoine travaille dans les composites et possède une formation de charpentier de marine ainsi qu'une expérience en chantier naval. Caroline compte pour sa part vingt ans d'expérience dans le secteur naval.

Après une première remise en état à Cherbourg destinée à rendre le bateau navigable, Geodis quitte la Normandie le 18 août 2025. Il atteint la Med le 4 septembre après plus de 2 000 milles de convoyage. Mais cette première navigation ne constitue qu'une étape. Le 12 décembre 2025, le bateau ressort de l'eau à Port Saint Louis du Rhône. Le vrai refit peut commencer.
Quille, safrans, gréement et coque, le chantier descend dans les entrailles du bateau
Sur un ancien 60 pieds, la question n'est pas seulement de savoir ce qui fonctionne encore. Il faut contrôler les organes qui encaissent les efforts et remettre en fiabilité un bateau destiné à reprendre la mer.

La quille et les safrans sont déposés. Les paliers sont remplacés. Les vérins hydrauliques sont restaurés avec une intervention sur les tiges et les joints. La coque est entièrement poncée avant la reprise des enduits et de la finition.
Le gréement connaît lui aussi une intervention lourde avec le remplacement du mât par un profil plus récent, ainsi que le rail de GV. Une partie importante de l'accastillage est renouvelée. Les drisses, écoutes et sacs à bouts passent également par la liste du chantier. Tous les ballasts, qui avaient connus des modifications diverses, ont été supprimés afin de fiabiliser la machine.
Sur le pont, les panneaux sont repris ou modifiés. Les hublots sont déposés pour refaire leur étanchéité, tandis que des ouvrants sont ajoutés sur le roof. L'électronique est revue et le tableau arrière, déjà repris lors du chantier de Cherbourg, reçoit des renforts en carbone.
Une partie de ces opérations est réalisée directement par Antoine, notamment les travaux de composite. Ce fonctionnement permet de contenir la facture, mais réclame du temps. Depuis décembre 2025, le couple consacre plusieurs jours par semaine au bateau en parallèle de son activité professionnelle.
Le réseau de marins constitué autour du bateau joue également son rôle. Bertrand de Broc, qui a navigué sur ce 60 pieds et en est devenu le parrain, apporte son expérience. Christophe Auguin, Kito de Pavant et Nicolas Rouger ont également participé au projet ou fourni des conseils et du matériel.
La Route du Rhum change la dimension du projet
Geodis a été remis à l'eau le 29 août par les équipes de Port Navy Service. Famille et amis avaient fait le déplacement pour cette journée riche en émotions.

Au moment du rachat, prendre le départ de la Route du Rhum ne figurait pas au programme. L'objectif consistait d'abord à sauver le bateau, le ramener en Méditerranée et le remettre durablement en navigation.

Les encouragements reçus autour du projet et l'arrivée de premiers soutiens matériels ont changé la donne. Antoine et Caroline ont alors demandé une invitation pour la Route du Rhum 2026. Le bateau a obtenu une wild card et Antoine apparaît parmi les inscrits de l'épreuve depuis le 24 juillet.

Geodis doit courir en Vintage Mono, et affrontera un autre vainqueur du Vendée Globe, à savoir l'ex PRB, Victorieux avec Michel Desjoyeaux puis Vincent Riou. Avant de rejoindre le départ, il reste toutefois une étape autrement plus concrète qu'un dossier d'inscription : naviguer suffisamment pour qualifier le skipper et éprouver le bateau.

Le programme prévoit donc une remontée de la Méditerranée vers Cherbourg. Environ 2 500 milles sont annoncés, alors que 1 200 milles hors course sont nécessaires à la qualification. Ce convoyage servira surtout de véritable essai grandeur nature après le refit. Sur un bateau de cet âge, quelques sorties devant Port Saint Louis ne remplacent pas plusieurs jours de mer pour charger le gréement, solliciter la quille, tester les pilotes et traquer les entrées d'eau.

Pour Antoine Brunet, l'enjeu est aussi personnel. Malgré plusieurs courses en Mini en Méditerranée et de nombreux milles à bord de Geodis, la Route du Rhum 2026 sera sa première transatlantique.

Trouver des partenaires pour faire naviguer Geodis après le Rhum
La remise à l'eau ne marque donc pas l'aboutissement de la restauration. Elle ouvre plutôt la seconde phase du projet, celle de l'exploitation sportive du bateau.
Jusqu'à présent, Antoine et Caroline ont financé principalement Geodis sur leurs fonds propres, complétés par des prêts, des dons de matériel et des voiles d'occasion. Cette économie de récupération a du sens sur un bateau vintage, mais elle trouve ses limites.
Le couple recherche donc des partenaires pour consolider le budget de la Route du Rhum 2026 et préparer la suite. Car l'idée n'est pas de traverser l'Atlantique avant de remettre définitivement Geodis au ponton.
Après le Rhum, le bateau doit revenir à Port Saint Louis du Rhône. Antoine et Caroline envisagent déjà d'autres épreuves, avec notamment la Rolex Fastnet Race 2027 au départ de Cherbourg.
Trente deux ans après sa première mise à l'eau, Geodis entre ainsi dans une nouvelle période de sa carrière. Il ne s'agit plus de demander à ce plan Finot de rivaliser avec les Imoca à foils. L'enjeu consiste désormais à maintenir en état de naviguer et de courir un bateau qui a traversé plusieurs générations de course au large. Et pour y parvenir, le plus gros chantier n'est peut être plus dans la coque. Il est désormais dans la recherche du budget capable de faire durer l'histoire.


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