Cinq jours pour passer réellement en mode solitaire
Partie de Brest lundi 31 août, Alexia Barrier est revenue vendredi 4 septembre après avoir bouclé le parcours nécessaire à sa qualification pour la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Environ 1 200 milles parcourus, une remontée jusqu'au large de l'Irlande et des vents atteignant 35 nœuds : la navigatrice n'a pas seulement ajouté une validation à son dossier d'inscription.

Cette navigation représentait surtout sa première véritable confrontation en solitaire avec IDEC SPORT-CIC.
La nuance est importante. Depuis la remise à l'eau du maxi-trimaran, Alexia Barrier avait multiplié les sorties techniques et les navigations en "faux solo", avec notamment Loïck Peyron ainsi que Jean-Baptiste et Arthur Le Vaillant. Cette fois, plus personne à bord pour prendre un relais, aider à une manœuvre ou intervenir en cas de problème.

Après avoir mené le même bateau autour du monde avec l'équipage de The Famous Project, lors du Trophée Jules Verne 2025-2026, la navigatrice doit désormais apprendre à gérer seule cette plateforme de 32 mètres.
"J'ai adoré cette navigation ! C'était aussi géant que le bateau lui-même ", racontait-elle à son retour à Brest.
L'enthousiasme ne masque pourtant pas la difficulté de l'exercice.
Sur un ULTIM, la fatigue devient rapidement un paramètre de performance
La qualification a notamment permis à Alexia Barrier de mesurer le coût physique du solitaire sur un maxi-trimaran. Sur ce type de bateau, les vitesses élevées raccourcissent le temps disponible pour anticiper, préparer puis exécuter une manœuvre. Et tout ce qui est partagé entre plusieurs équipiers lors d'une navigation en équipage repose désormais sur une seule personne.
"J'ai réalisé à quel point on s'épuise, surtout lorsqu'on passe le plus clair de son temps sur le pont", reconnaît la navigatrice.
Le constat prend une dimension particulière après le Trophée Jules Verne. Pendant ce tour du monde, IDEC SPORT était conduit par un équipage entièrement féminin. Sur ...
... la Route du Rhum, Alexia Barrier devra assurer seule la marche du trimaran, les choix de trajectoire, les manœuvres, la surveillance du bateau et sa propre récupération.
La dernière nuit de sa qualification lui a donné un aperçu concret de cet enchaînement. À l'approche de Brest, elle explique ne pas avoir dormi afin de maintenir une veille permanente dans une zone où le trafic maritime est dense.
La gestion du sommeil sera donc l'un des enjeux de la transatlantique. Sur un multicoque capable d'accélérations importantes, la fatigue ne se limite pas à une question de confort. Elle peut affecter la lucidité, la qualité des décisions et l'anticipation des manœuvres.
Et le bateau ne laisse pas toujours beaucoup de temps pour se reprendre.
"Dès qu'il y a un peu de vent, ces machines accélèrent énormément. J'avais presque oublié à quel point cela pouvait être violent, alors que j'ai déjà fait un tour du monde ", souligne Alexia Barrier.
Les conditions rencontrées ont également donné de la consistance à ce premier galop d'essai. Selon l'équipe, Alexia Barrier a notamment dû négocier un passage de front au près et multiplier les manœuvres.
Christian Dumard, qui assurait son routage et occupera également ce rôle pendant la Route du Rhum, décrit une navigatrice restée " calme, lucide et réfléchie, malgré la fatigue ".
Le parcours avait aussi une fonction réglementaire. D'après l'équipe d'Alexia Barrier, la qualification imposait d'enchaîner 1 200 milles et de naviguer au moins douze heures dans un vent supérieur à 20 nœuds. La navigatrice indique avoir rencontré des pointes à 35 nœuds.
Mais l'intérêt de ces cinq jours dépasse le respect de ces critères.
Naviguer au près dans du vent sur un grand multicoque impose des contraintes très différentes d'une longue glissade au portant. Les efforts sur la plateforme augmentent, les mouvements deviennent plus inconfortables et les manœuvres réclament davantage d'énergie. Pour une navigatrice encore en phase d'apprentissage du solitaire sur cette machine, cette variété de conditions fournit une première base de travail particulièrement concrète.
Alexia Barrier résume sa découverte d'IDEC SPORT-CIC en solitaire d'une manière assez parlante : "Le bateau est costaud, il demande de l'intensité, de l'engagement, mais il est gentil, il ne te fait pas de coups fourrés. "
Autrement dit, la confiance commence à s'installer. Elle reste désormais à consolider.
Sur un ULTIM, exploiter le potentiel du bateau n'implique pas nécessairement de naviguer en permanence à sa vitesse maximale. En solitaire, la question centrale devient celle du niveau d'engagement que le skipper peut accepter sans compromettre sa sécurité, son sommeil ou l'intégrité du bateau.
C'est précisément ce que doit encore apprendre Alexia Barrier.
IDEC SPORT-CIC est une machine qu'elle connaît déjà pour avoir navigué autour du monde à son bord. Mais connaître un bateau en équipage et savoir le mener seul sont deux exercices différents. La répartition des tâches disparaît. Une manœuvre commencée doit être terminée par la même personne, tandis que le bateau continue de progresser à grande vitesse.
La qualification a donc servi à établir un premier niveau de confiance : jusqu'où pousser le trimaran, à quel moment réduire, comment organiser les déplacements sur le pont et surtout quand parvenir à quitter momentanément la conduite du bateau pour récupérer.
Ce travail sera déterminant pendant les semaines qui précèdent le départ.
"Après ce solo, j'ai hâte de faire le bilan avec l'équipe. C'est extrêmement stimulant. Il nous reste peu de temps pour nous préparer, mais j'ai déjà identifié les points à travailler et je me projette complètement ", explique la navigatrice.
Le solitaire en ULTIM n'efface pas le rôle de l'équipe à terre. Pendant les cinq jours de qualification, The Famous Project a suivi la progression du bateau et recueilli différentes données.
Selon l'équipe, le dispositif mis en place avec Sopra Steria porte notamment sur les conditions météorologiques, les performances du trimaran, la progression sur le parcours ainsi que certains indicateurs liés à la nutrition et à la récupération de la navigatrice.
L'objectif est de mieux comprendre ce qui se passe à bord lorsque la fatigue s'accumule et de confronter les sensations de la skipper aux données enregistrées.
Le routage constitue une autre pièce du dispositif. Christian Dumard, déjà routeur d'Alexia Barrier lors du dernier tour du monde, l'accompagnera également pendant la Route du Rhum. Le routeur analyse à terre les fichiers météorologiques et les différentes trajectoires possibles afin de conseiller le skipper. La décision finale et la conduite du bateau restent évidemment à bord.
Cette relation sera d'autant plus importante qu'une Route du Rhum ne se résume pas à faire avancer rapidement un ULTIM. Il faut choisir une trajectoire adaptée à la météo, préserver la machine et conserver suffisamment de lucidité pour prendre les bonnes décisions pendant toute la traversée.
Le départ du 1er novembre aura aussi une portée historiq0ue. Alexia Barrier doit devenir la première femme engagée en catégorie ULTIM dans l'histoire de la Route du Rhum.
Un symbole qu'elle assume sans vouloir en faire son unique objectif.
"Je n'y vais pas seulement pour le symbole. Je suis une compétitrice. Je connais mon niveau, celui de mon bateau. Je compte bien exploiter tout son potentiel pour aller chercher la meilleure place possible ", affirme-t-elle.
La comparaison avec les autres ULTIM devra néanmoins tenir compte des générations de bateaux. IDEC SPORT-CIC est l'ancien Groupama 3, lancé en 2006 avant d'être profondément modifié au cours de sa carrière. Il possède un palmarès considérable, mais appartient à une conception différente de celle des trimarans volants les plus récents de la classe.
L'enjeu sportif pour Alexia Barrier sera donc autant de tirer le meilleur de sa propre machine que de se situer face à une flotte technologiquement hétérogène.
Son expérience du bateau constitue à cet égard un atout. Son tour du monde avec The Famous Project lui a donné une connaissance approfondie du trimaran, de ses réactions et de ses contraintes. Mais la qualification vient justement rappeler que cette expérience doit maintenant être traduite dans un autre langage : celui du solitaire.
La qualification obtenue ferme une porte administrative et en ouvre une beaucoup plus exigeante.
Alexia Barrier et son équipe disposent désormais du retour d'expérience de cinq jours réellement passés seule en mer. Les prochaines semaines doivent permettre d'analyser cette navigation, de poursuivre les entraînements et de travailler les points identifiés à bord. Des essais avec une nouvelle grand-voile figurent notamment au programme annoncé par l'équipe.
Le calendrier va rapidement s'accélérer. La présence des concurrents est prévue à Saint-Malo à partir du 18 octobre, avant le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe le 1er novembre.
Pour Alexia Barrier, le défi n'est donc plus de démontrer qu'elle peut parcourir 1 200 milles seule sur IDEC SPORT-CIC. Elle vient de le faire.
Il s'agit désormais d'être capable de reproduire l'exercice sur une transatlantique entière, en gérant la fatigue, la météo, les manœuvres et le potentiel d'un maxi-trimaran qui ne pardonne guère les retards d'anticipation. La qualification a validé le droit de prendre le départ. Elle a surtout donné à la navigatrice une première mesure de ce qui l'attend réellement entre Saint-Malo et la Guadeloupe.

La dernière nuit de sa qualification lui a donné un aperçu concret de cet enchaînement. À l'approche de Brest, elle explique ne pas avoir dormi afin de maintenir une veille permanente dans une zone où le trafic maritime est dense.
La gestion du sommeil sera donc l'un des enjeux de la transatlantique. Sur un multicoque capable d'accélérations importantes, la fatigue ne se limite pas à une question de confort. Elle peut affecter la lucidité, la qualité des décisions et l'anticipation des manœuvres.
Et le bateau ne laisse pas toujours beaucoup de temps pour se reprendre.
"Dès qu'il y a un peu de vent, ces machines accélèrent énormément. J'avais presque oublié à quel point cela pouvait être violent, alors que j'ai déjà fait un tour du monde ", souligne Alexia Barrier.
Du près et des manœuvres pour une qualification qui n'avait rien d'une promenade
Les conditions rencontrées ont également donné de la consistance à ce premier galop d'essai. Selon l'équipe, Alexia Barrier a notamment dû négocier un passage de front au près et multiplier les manœuvres.
Christian Dumard, qui assurait son routage et occupera également ce rôle pendant la Route du Rhum, décrit une navigatrice restée " calme, lucide et réfléchie, malgré la fatigue ".
Le parcours avait aussi une fonction réglementaire. D'après l'équipe d'Alexia Barrier, la qualification imposait d'enchaîner 1 200 milles et de naviguer au moins douze heures dans un vent supérieur à 20 nœuds. La navigatrice indique avoir rencontré des pointes à 35 nœuds.

Mais l'intérêt de ces cinq jours dépasse le respect de ces critères.
Naviguer au près dans du vent sur un grand multicoque impose des contraintes très différentes d'une longue glissade au portant. Les efforts sur la plateforme augmentent, les mouvements deviennent plus inconfortables et les manœuvres réclament davantage d'énergie. Pour une navigatrice encore en phase d'apprentissage du solitaire sur cette machine, cette variété de conditions fournit une première base de travail particulièrement concrète.
Alexia Barrier résume sa découverte d'IDEC SPORT-CIC en solitaire d'une manière assez parlante : "Le bateau est costaud, il demande de l'intensité, de l'engagement, mais il est gentil, il ne te fait pas de coups fourrés. "
Autrement dit, la confiance commence à s'installer. Elle reste désormais à consolider.
Apprendre à ralentir avant d'apprendre à aller vite
Sur un ULTIM, exploiter le potentiel du bateau n'implique pas nécessairement de naviguer en permanence à sa vitesse maximale. En solitaire, la question centrale devient celle du niveau d'engagement que le skipper peut accepter sans compromettre sa sécurité, son sommeil ou l'intégrité du bateau.
C'est précisément ce que doit encore apprendre Alexia Barrier.

IDEC SPORT-CIC est une machine qu'elle connaît déjà pour avoir navigué autour du monde à son bord. Mais connaître un bateau en équipage et savoir le mener seul sont deux exercices différents. La répartition des tâches disparaît. Une manœuvre commencée doit être terminée par la même personne, tandis que le bateau continue de progresser à grande vitesse.
La qualification a donc servi à établir un premier niveau de confiance : jusqu'où pousser le trimaran, à quel moment réduire, comment organiser les déplacements sur le pont et surtout quand parvenir à quitter momentanément la conduite du bateau pour récupérer.
Ce travail sera déterminant pendant les semaines qui précèdent le départ.
"Après ce solo, j'ai hâte de faire le bilan avec l'équipe. C'est extrêmement stimulant. Il nous reste peu de temps pour nous préparer, mais j'ai déjà identifié les points à travailler et je me projette complètement ", explique la navigatrice.
À terre, l'équipe continue de naviguer avec elle
Le solitaire en ULTIM n'efface pas le rôle de l'équipe à terre. Pendant les cinq jours de qualification, The Famous Project a suivi la progression du bateau et recueilli différentes données.
Selon l'équipe, le dispositif mis en place avec Sopra Steria porte notamment sur les conditions météorologiques, les performances du trimaran, la progression sur le parcours ainsi que certains indicateurs liés à la nutrition et à la récupération de la navigatrice.
L'objectif est de mieux comprendre ce qui se passe à bord lorsque la fatigue s'accumule et de confronter les sensations de la skipper aux données enregistrées.
Le routage constitue une autre pièce du dispositif. Christian Dumard, déjà routeur d'Alexia Barrier lors du dernier tour du monde, l'accompagnera également pendant la Route du Rhum. Le routeur analyse à terre les fichiers météorologiques et les différentes trajectoires possibles afin de conseiller le skipper. La décision finale et la conduite du bateau restent évidemment à bord.
Cette relation sera d'autant plus importante qu'une Route du Rhum ne se résume pas à faire avancer rapidement un ULTIM. Il faut choisir une trajectoire adaptée à la météo, préserver la machine et conserver suffisamment de lucidité pour prendre les bonnes décisions pendant toute la traversée.
Une première femme en ULTIM, mais un objectif d'abord sportif
Le départ du 1er novembre aura aussi une portée historiq0ue. Alexia Barrier doit devenir la première femme engagée en catégorie ULTIM dans l'histoire de la Route du Rhum.
Un symbole qu'elle assume sans vouloir en faire son unique objectif.
"Je n'y vais pas seulement pour le symbole. Je suis une compétitrice. Je connais mon niveau, celui de mon bateau. Je compte bien exploiter tout son potentiel pour aller chercher la meilleure place possible ", affirme-t-elle.

La comparaison avec les autres ULTIM devra néanmoins tenir compte des générations de bateaux. IDEC SPORT-CIC est l'ancien Groupama 3, lancé en 2006 avant d'être profondément modifié au cours de sa carrière. Il possède un palmarès considérable, mais appartient à une conception différente de celle des trimarans volants les plus récents de la classe.
L'enjeu sportif pour Alexia Barrier sera donc autant de tirer le meilleur de sa propre machine que de se situer face à une flotte technologiquement hétérogène.
Son expérience du bateau constitue à cet égard un atout. Son tour du monde avec The Famous Project lui a donné une connaissance approfondie du trimaran, de ses réactions et de ses contraintes. Mais la qualification vient justement rappeler que cette expérience doit maintenant être traduite dans un autre langage : celui du solitaire.
Moins de deux mois pour transformer l'essai
La qualification obtenue ferme une porte administrative et en ouvre une beaucoup plus exigeante.
Alexia Barrier et son équipe disposent désormais du retour d'expérience de cinq jours réellement passés seule en mer. Les prochaines semaines doivent permettre d'analyser cette navigation, de poursuivre les entraînements et de travailler les points identifiés à bord. Des essais avec une nouvelle grand-voile figurent notamment au programme annoncé par l'équipe.
Le calendrier va rapidement s'accélérer. La présence des concurrents est prévue à Saint-Malo à partir du 18 octobre, avant le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe le 1er novembre.
Pour Alexia Barrier, le défi n'est donc plus de démontrer qu'elle peut parcourir 1 200 milles seule sur IDEC SPORT-CIC. Elle vient de le faire.
Il s'agit désormais d'être capable de reproduire l'exercice sur une transatlantique entière, en gérant la fatigue, la météo, les manœuvres et le potentiel d'un maxi-trimaran qui ne pardonne guère les retards d'anticipation. La qualification a validé le droit de prendre le départ. Elle a surtout donné à la navigatrice une première mesure de ce qui l'attend réellement entre Saint-Malo et la Guadeloupe.

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