Interview / Démâtage, gréement de fortune : témoignage de Luke Berry

Démâtage du Class40 de Luke Berry © Photo - Miranda Merron- Didier le Vourch - Campagne de France

À peine 24 heures après le départ du Défi Atlantique, alors que le Class40 Lamotte Module Création est en deuxième position du Défi Atlantique, l'équipage ne peut éviter le démâtage. Luke Berry son skipper nous livre son témoignage.

Le Défi Atlantique est une course réservée aux Class40. C'est une transat "retour" organisée après la Route du Rhum. En partant de Guadeloupe, les skippers feront escale aux Açores avant de rallier la France. Pour cette première édition, les 12 concurrents ont le droit d'embarquer entre 1 et 3 équipiers.

Quatre copains qui partagent le bonheur d'être en mer

Le skipper Luke BERRY s'est entouré d'une bande de copains coureurs et préparateurs : Ludovic Méchin, Pablo Santurde Del Arco et Yannis Troalen. Ils ne sont pas là pour faire de la figuration et avec le Class40 Lamotte Module Création ils occupent rapidement la deuxième position.

Mais le dimanche 24 mars en fin de journée, alors qu’ils étaient en course depuis 24 heures le plan Manuard a subitement démâté.

Et soudain, le mât est tombé !

Luke nous raconte les circonstances : "Il était 17 h 30 TU. Nous étions au bon plein dans les Alizés. Nous venions d’établir le code 0. Et quelques minutes plus tard, l’amure de la voile a lâché. Immédiatement, le code 0 parti en arrière entraînant avec lui le mât qui se brisait en deux, avant de finir dans l’eau. Tout s'est passé très vite."

"À ce moment-là, nous étions sur le pont : Pablo à l’avant en train de ranger les bouts, Yannis au pied de mât s’occupant des drisses, Ludovic en train de border et moi-même à la barre.
Au moment des faits, tu n’y crois pas. Puis, tu mets un quart de seconde à réaliser ce qu’il se passe, et enfin tu comprends que la course est finie."

L'équipage constitué d'anciens ministes est autant aguerri que débrouillard, alors ils s'organisent rapidement en fonction des priorités.

"Les premiers réflexes sont de sécuriser l'équipage, puis le bateau et enfin tenter de sauver ce que l’on peut : les voiles, le mât, la bôme, etc. Immédiatement, nous nous mettons donc à essayer de remonter à bord ce que nous pouvons."

Le bateau, sans vitesse, est livré à lui même, travers à la puissante houle de l'atlantique et un vent de 25nds. On peut imaginer à quel point il est difficile et dangereux de récupérer un gréement carbone aux bords tranchants.

"Puis après plus d’une heure de tentatives, ayant essayé par tous les moyens et sans succès, nous nous rendons à l’évidence : nous devons désolidariser le mât du bateau, car celui-ci, balloté par la houle, abime la coque et il faut impérativement limiter les dégâts."

Contacter la terre

Le directeur de course suit chaque bateau grâce aux balises, si l'un d'entre eux s'arrête c'est mauvais signe. Et s'il n'a pas de contacte avec le bateau, il déclenchera une procédure de secours.

"Une fois le bateau sécurisé, je fais l’état des lieux de la situation et j’ai appelé la direction de course. J'ai annoncé l’avarie, et confirmé que tout le monde aillait bien à bord. J'ai indiqué que nous n'avions pas besoin d'assistance et que notre intention était de construire un gréement de fortune avec la bôme et la trinquette pour rallier une île des Antilles."

Puis, sous gréement de fortune, les 4 marins prennent leur mal en patience. Avançant seulement à 5nds, ils ont le temps de digérer ce qui vient de se passer.

Pour Luke Berry s’en suivent de nombreux coups de fil : les services de secours, l'équipe à terre, les partenaires, les assurances sans oublier les proches qui suivent la course. Maintenant il faut rebondire.

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