Comment se préparer pour une traversée de l’Atlantique en croisière à la voile ?

L’équipage de Silkap part au mois d’octobre 2019 pour une transat via le Cap Vert. Avant de larguer les amarres, ce couple non aguerri a voulu en savoir plus sur ce qu’il les attendait en mer. Il a donc consulté un spécialiste qui leur a donné quelques conseils.

La fin d’année approche et avec elle le moment de la traversée de l’Atlantique. Une longue navigation de deux à quatre semaines attend les équipages et leurs voiliers. Tout le monde s’y prépare. Pour certains, ça sera la première transat, ce qui est notre cas.

Nous, Dajana et Ivo, faisons le tour du monde en couple à bord de Silkap (un Océanis 440). Grosse différence par rapport aux autres navigateurs au long cours : nous ne connaissions strictement rien à la voile il y a encore quelque temps ! Et aujourd’hui avant de se lancer dans cette transat, nous nous demandons à quoi ressemblera la grande traversée et que pourrait-il nous arriver ?

L’appréhension de l’inconnu nous guette. Se retrouver à deux au milieu de l’océan, très loin de tout secours, sans accès pendant quelques semaines à un supermarché, à l’Internet, un shipchandler et un professionnel du naval. Nous aimerions savoir ce qui nous attend vraiment.

Rencontre avec un spécialiste en sécurité de la traversée

Pour nous conseiller, nous avons rencontré Oliver Solanas Heinrichs, un navigateur spécialisé dans la sécurité de la traversée de l’Atlantique. Oliver est le fondateur de 8islas.com et le co-auteur du guide de navigation The Cruising Guide to the Canary Islands. Il est également l’organisateur du rallye transatlantique Viking Explorers qui en est à sa troisième édition en 2019.

Si Oliver a débuté en voile grâce à son père, sa vraie expérience de navigateur a commencé sept ans auparavant aux îles Canaries. À ce moment, son voilier est devenu sa maison et la navigation son occupation à temps plein. La transat, il l’a faite à plusieurs reprises, dans les deux sens, sur des types de bateaux très différents.

À l’expérience personnelle d’Oliver lors de ses transats, s’ajoutent les leçons apprises auprès d’autres rallyes transatlantiques. Tout d’abord en travaillant en tant que responsable sécurité pour l’ARC (Atlantic Rally for Cruisers) et ensuite en organisant lui-même le rallye Viking Explorers.

Pour faire moins d’erreurs pendant notre transat, nous avons demandé à Oliver de nous expliquer les problèmes fréquents que les navigateurs rencontrent lors d’une traversée. Si nous nous attendions en premier lieu à une liste de problèmes dus au matériel, il commence par nous décrire des points auxquels nous n’aurions pas pensé.

Silkap préparer sa transat

Gestion de déchets

L’océan n’est pas une poubelle et les déchets à bord s’accumulent vite. ”Vous pouvez jeter à la mer tout ce qui est organique et qui provient directement de la nature”, nous rappelle Oliver. ”Tous les autres déchets seront stockés jusqu’à l’arrivée.” Comme une partie de la nourriture viendra des conserves, il ne faut pas oublier de les rincer à l’eau de mer avant de les mettre à la poubelle.

L’embarquement de l’équipage en transat est aussi synonyme de l’embarquement de passagers clandestins : des insectes. Et ils sont nombreux. Les œufs de cafards par exemple peuvent se trouver sur les emballages. Le carton est à bannir du bateau. Les briques de lait et de jus, les conserves, les fruits sont à laver avant de les embarquer. Dans tous les cas, un produit anti-insectes en forme de gel dans une seringue devrait être à bord pour prévenir tout développement de ces insectes.

Silkap préparer sa transat

Attitude de l’équipage

Se retrouver à plusieurs sur un bateau pendant plusieurs semaines est un scénario différent d’une navigation côtière de quelques heures. Se dire : ”Tiens, j’en ai assez, je rentre !” n’est pas une option. Tout le monde doit se supporter dans un espace confiné. Chacun a ses humeurs et ses craintes, des tensions peuvent se créer. Une traversée peut aussi mener à la séparation d’un couple ou briser une amitié de longue date.

”La transat, ce n’est pas que de la navigation. C’est aussi de la psychologie. Tout dépend de l’attitude des gens”, nous avoue Oliver. Sa meilleure traversée fut d’ailleurs avec un équipier débutant en voile. Il a également fait une transat avec 8 skippers expérimentés à bord. ”Dans ce cas, il n’y a qu’un seul capitaine du navire”, nous explique-t-il, ”c’est lui seul qui prend les décisions.”

Silkap préparer sa transat

Gestion de l’électricité

Les voiliers ont souvent tout le confort d’une maison : frigo, congélateur, micro-ondes, machine à laver, chauffe-eau. À cela s’ajoute le dessalinisateur, le pilote automatique et toute l’électronique pour la navigation. Ces deux derniers tournent en permanence lors d’une traversée. Oliver nous rappelle que tout le bateau fonctionne à l’électricité et qu’il faut connaître sa production et sa consommation. Bien sûr qu’on pourra mettre le moteur pour en générer, mais il faudra ensuite gérer la capacité du gazole.

Le voilier d’Oliver est équipé selon le concept KISS. C’est l’abréviation de ”Keep it simple and stupid” (garder tout simple et stupide). Il n’a à bord que le strict minimum. D’ailleurs, notre bateau suit presque le même concept, notre budget est limité. L’aventure d’un tour du monde, n’est-ce pas aussi savoir vivre sans tout le confort d’une maison ?

Silkap préparer sa transat

+ d’équipement = + de problèmes

Tout sur le bateau fonctionne en chaîne selon Oliver. Pour avoir plus de confort à bord, on installe plus d’équipement. Le confort est lié à la sécurité et à la gestion d’électricité. Nous ne devrions pas nous reposer entièrement sur le matériel, car il peut tomber en panne à tout moment. Plus il y a d’équipement à bord, plus il y a d’entretien, de problèmes et de réparations à faire. Il faudra stocker également plus de pièces détachées. Dans tous les cas, il est important de prévoir au plan B quand un matériel fait défaut.

Silkap préparer sa transat

Casse de matériel

Lors de la traversée de l’Atlantique, le voilier est mis sous pression en permanence. ”C’est sympa de voir les performances de son bateau. Mais si on veut aller vite, il y aura de la casse”, nous explique Oliver. Ça concerne aussi bien le gréement, les drisses ou les voiles que la pilote ou la plomberie. Voici son conseil : ”ne pas pousser son bateau et faire un tour régulièrement, aussi bien sur le pont qu’à l’intérieur, pour vérifier si tout est en ordre.”

La transat, c’est aussi le fameux grain sur la route. Le vent peut forcir soudainement de 15 ou 20 nœuds pendant 10 à 30 minutes. La nuit et sans radar, on ne voit pas ces gros nuages noirs. Les tangons cassent souvent à cause du grain. Le conseil d’Oliver est très simple : anticiper et la nuit, réduire les voiles.

Un bateau pour la traversée se prépare. Ça vaut également pour l’équipage. Connaître son bateau, savoir réparer le matériel, avoir un plan B, savoir que faire en cas d’urgence, tout cela en fait partie.

Traverser pour le plaisir

N’oublions pas que notre tour du monde en voilier est de la plaisance et non pas de la régate. Les risques d’une traversée sont nombreux. Aller moins vite réduit considérablement les problèmes. Que représente 1 ou 2 journées de plus sur une navigation de 15 à 20 jours ? Nous retiendrons aussi la phrase suivante d’Oliver : ”Mieux vaut être un trouillard et arriver en sécurité qu’être courageux et finir au cimetière.”

    Retrouver le blog de Silkap un tour du monde en couple
    Des informations sur les Canaries (site d’Oliver Solanas Heinrichs)
    Le site du rallye transatlantique Viking Explorers
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Erica Humbert-Droz - 3 semaines
En 1991, j'ai participé en tant que seconde à ma première traversée de l'Atlantique avec plusieurs voiliers. Certains voiliers, dont celui sur lequel j'étais, étaient destinés à des locataires de voiliers en Martinique . Le responsable de la flottille m'avait demandé ce réaliser une vidéo. Ici, un résumé qui pourrait intéresser Dajana et Ivo. Et mon parcours…
Ma transatlantique sur voilier 1991 - YouTube

Ma transatlantique sur voilier 1991 - YouTube

Ma transatlantique... les plus - et les moins! Il s'agit d'une transat en flottille. La plupart des voiliers étaient des voiliers de locations à convoyer aux...

https://youtu.be/0DSLJ5qgNmo
S/V Silkap (Daja & Ivo) - 2 semaines
Merci Erica. Notre Océanis 440 est de 1991 et il est fort probable que c'était au départ un bateau de charter aux Antilles. Il n'a pas de cabine propriétaire et les cabines avant sont des cabines avec des lits superposés. Nous espérons ne pas avoir autant de soucis à bord. Nous n'avons pas eu de grande catastrophe pour le Cap Vert. Par contre, nous n'avons jamais utilisé de tangon et là, au portant, il a fallu apprendre. Personne n'y a pensé.
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