Saint-Martin, comment ne pas revivre la tragédie d'IRMA ?

L'île de Saint-Martin © Bateaux.com

En septembre 2017, l'ouragan IRMA survolait les Petites Antilles et notamment l'île de Saint-Martin, qu'il détruisait à 95 %. Des dégâts d'une importance telle qu'un an après, les collectivités — à terre comme en mer — ont pris différentes mesures pour anticiper le passage d'un phénomène météorologique d'une telle ampleur.

Après le passage d'IRMA, le 6 septembre 2017, l'île de Saint-Martin était durement touchée : marinas détruites, infrastructures endommagées, maisons détériorées… Un an après, l'île s'est relevée et le tourisme renait avec la réouverture des hôtels, des restaurants et des bases de charter pour le nautisme.

Pour ne pas que recommence cette tragédie, les collectivités ont mis en place des plans d'action pour construire différemment. Des projets et des réflexions sont menés, notamment au niveau des marinas pour protéger au mieux les bateaux — rappelons que la presque intégralité de la flotte a été détruite par les vents de plus de 300 km/h et les vagues de plusieurs mètres de haut.

"Même si l'on a l'habitude des cyclones, avec IRMA, on a appris qu'on était tout petit. C'est impossible d'en tirer des leçons. Chacun d'entre eux est différent. Soit on se prépare pendant 2 à 3 jours à terre, soit on décide de prendre la mer, mais on ne sait pas ce qui nous attend. Malheureusement, il n'y a pas de solutions miracles… On sait gérer les cyclones jusqu'à force 2 et 3, voir un petit 4, mais après, c'est impossible de lutter" explique Bulent Gulay, président de METIMER, l'association des professionnels de la mer.

Les dégâts après IRMA ©Metimer

Comment construire mieux en mer pour se protéger des cyclones ?

Pourtant, des idées, il en existe pour essayer de lutter contre un phénomène météorologique d'une telle ampleur. "Il faudrait faire des quais en béton dans les marinas. Aujourd'hui, il y a des poteaux ou des bouées, mais on peut construire quelque chose de plus solide. Il faut dire que les marinas construites il y a 50 ans étaient aussi vétustes. Il y a des choses à faire."

Se pose également la question de mieux anticiper, notamment pour les bases de location de bateaux, qui ont été dans l'impossibilité de déplacer 50 bateaux d'un coup. L'idée de déplacer les bateaux dans d'autres bases après la période touristique est donc à l'étude. Et même de stopper les périodes de charters pendant la période cyclonique, de juin à octobre.

Chantier Polypat Caraïbes © Bateaux.com

À terre aussi, il y a des solutions pour mieux protéger les bateaux sortis d'eau, comme ça a été le cas au chantier Polypat Caraïbes situé sur le pont de Sandy Ground, dans la bie de Marigot. Pour se préparer à la période cyclonique, certains propriétaires ont sorti leur bateau de l'eau pour le mettre à l'abri dans le chantier.

Les bateaux ont été sanglés et démâtés et se sont néanmoins retrouvés dans l'eau avec la montée de la mer. Pourtant, peu de dégâts ont été recensés au sein du chantier, comme l'explique Fred Wojcik, gérant. "IRMA a fait beaucoup de dégât sur l'île, mais nous en avons moins souffert que les autres. Nous sommes bien préparés aux cyclones, et ce, malgré la montée des eaux importantes. Chaque année, nous sortons les bateaux des propriétaires qui souhaitent les mettre au sec et nous sommes rôdé dans la technique."

Chantier Polypat Caraïbes © Bateaux.com

De nouvelles normes de construction à terre

Vu l'étendue des dégâts, les nouvelles normes de construction sont encore en réflexion, même si la collectivité a d'ores et déjà prévu des mesures, comme nous l'explique Kate Richardson, directrice de l'office du tourisme de Saint-Martin. "Les rez-de-chaussée ne doivent plus accueillir d'habitation, mais uniquement des locaux commerciaux. Dans l'hôtellerie, un plan d'évacuation doit être mis en place avec un programme à 1 semaine, à J-2, J-1, etc. Enfin, les particuliers ont l'obligation de construire une panic room — une pièce sécurisée — dans leurs nouvelles constructions et sont fortement invités à en construire une dans les habitations anciennes."

Depuis 1 an, les architectes revoient les méthodes de construction et notamment les pentes des charpentes ou encore l'épaisseur des tôles. Ces mesures devraient rapidement être légiférées.

Reconstruction à Orient Bay ©Bateaux.com

Au niveau des plages, les infrastructures nautiques et touristiques sont également impactées par de nouvelles normes. À Orient Bay, par exemple, le Saint-Tropez local, construit dans les années 92/93 après le cyclone Luis, par un investisseur tropézien justement, tout a été détruit. La Baie-Orientale — située sur la côte est de l'île dans la partie française au nord-est de Marigot — était une étape incontournable de l'île, la plage la plus active pour les sports nautiques.

Tout y a été rasé, les restaurants ont été détruits, emportés avec la marée cyclonique. Mais un an après, les constructions recommencent, mais de manière différente. "Toutes les nouvelles constructions ne pourront plus être si près de la mer. Les fondations peuvent être en dur, mais les structures doivent pouvoir se démonter et s'envoler en cas de besoin" conclut Kate.

Orient Bay ©Bateaux.com

Même si un ouragan d'une telle intensité — 5 sur l'échelle de Saffir-Simpson — peut difficilement être anticipé et maitrisé, l'île de Saint-Martin cherche et trouve des mesures pour ne pas revivre les dégâts causés par IRMA en 2017, le plus gros ouragan jamais passé sur l'île française. Si l'évènement a été dévastateur, il a également permis un déclic plus profond pour changer les choses durablement.

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