Point de vue / Pourquoi les chantiers font-ils la course aux grands semi-rigides ?

Année après année, les semi-rigides gagnent en longueur, comme en largeur. En 2019, le Cannes Yachting Festival n'acceptera d'ailleurs plus sur les pontons les RIB de moins de 10 m de long. Alors, pourquoi proposer des modèles toujours de plus en plus grands ? Éléments de réponse.

Des modèles toujours plus grands

En 2016, Sacs lançait le Rebel 47, un grand pneu de 14,10 m équipé de 3 x 350 CH ! Un an après, le chantier italien Pirelli faisait le buzz avec le lancement du Pirelli 1900, un géant de 18,5 m capable d'atteindre les 45 nœuds en vitesse de pointe avec 2x800 CH.

Et depuis, chacun y va du lancement de son méga-pneu ! Ainsi, en 2018, le chantier Lomac présentait le GT 14, un semi-rigide de 14,51 m capable d'atteindre les 57 nœuds avec 3x425 CH Yamaha XTO. Et Capelli, le Tempest 50 (15 m) et ses 4x425 CH XTO (1700 chevaux au total !).

Mais cette extension de longueur, cumulée à l'accumulation de gros hors-bord à un prix. Le GranTurismo 14.0 s'affiche à 540 000 € sans moteur. Tandis que le Tempest 50 affiche un prix de vente de 750 000 €. Des prix qui correspondent à un nouveau marché, celui du gros tender de superyacht.

Des moteurs de plus en plus puissants

Plus un bateau est grand, plus il est généralement lourd. Il faut donc plus de puissance pour les faire aller vite. Depuis quelques années, les motoristes travaillent sur le développement de "gros moteurs" hors-bord. Ainsi, le nouveau V8 de Mercury atteint 400 CV, tandis que Yamaha affiche 425 CV et Suzuki 350 CV.

Des évolutions qui permettent donc de proposer une motorisation hors-bord sur des bateaux de plus en plus grands (c'est aussi le cas dans le monde de la coque rigide avec les Merry Fisher de Jeanneau et plus récemment le Flyer 10 de Bénéteau). Car il présente de nombreux avantages, appréciés des plaisanciers, au détriment de l'inboard : maintenance, entretien, hivernage…

"Il y a une évolution de la motorisation en termes de puissance, qui nous permet de proposer des grosses embarcations capables de recevoir ces gros hors-bords. Clairement, les semi-rigides de 10 m ont le vent en poupe !" explique Guillaume Verbrugghe, Responsable du département marine de chez Yamaha.

Chasser le marché du superyacht

Habituellement, les superyachts possèdent des annexes pour rejoindre la terre ou faire un tour en mer. Mais les chantiers sont limités en taille puisque ces dernières doivent être rangées à l'intérieur du yacht.

Avec ces maxi-ribs, les constructeurs proposent des alternatives aux annexes. En lançant ces modèles de grandes tailles, les chantiers investissent le segment du chaseboat. Contrairement au tender, c'est un bateau auxiliaire, qu’on laisse au port par exemple.

On n'est donc plus limité en taille (puisqu'il n'a pas besoin d'être rangé à bord) et on peut profiter d'un équipement confortable à bord de son chaseboat. C'est d'ailleurs pour cette raison que les constructeurs proposent des cabines, des salles de bain, une cuisine et de nombreux espaces de vie : bain-de-soleil en nombre, carrés, etc.

"Les armateurs riches veulent se sentir comme à la maison avec des bateaux plus grands, plus confortables et aux nombreux détails. Aujourd'hui, même pour quelques heures de navigation, on veut du confort" explique Umberto Capelli, directeur du chantier Capelli.

"Les propriétaires de gros bateaux et de superyachts recherchent un bateau qu'ils soient capables de piloter seuls. Ils ont besoin d'autonomie et de puissance et ont leur apporte ceci" détaille Guillaume Verbrugghe.

De la liberté et du plaisir !

C'est un sentiment de liberté et la recherche de plaisir qui expliquent ce succès auprès des propriétaires de superyacht. En effet à leur bord, ils accèdent aux sensations de pilotage qu'ils ont perdues à bord de leurs grands yachts menés par des équipages professionnels. C'est donc sur un bateau de taille raisonnable que ces derniers se font plaisir !

"L'eau c'est la liberté. C'est d'ailleurs un des derniers espaces de liberté, où l'on peut ressentir de l'adrénaline. Avec ces modèles de plus en plus grands, on valorise les propriétaires. Ils peuvent conduire, amener beaucoup de monde à bord, aller vite. On leur procure l'amusement qu'ils n'ont pas sur leur yacht" ajoute Mr Capelli.

Se faire voir

Il ne faut pas se le cacher, le gros semi-rigide attire les regards ! Si l'on rajoute en plus les triples ou quadruples hors-bords accrochés au tableau arrière, alors toutes les conditions sont réunies pour se la jouer "star" du plan d'eau !

Et les chantiers italiens l'ont bien compris. Eux pour qui le style est un art de vivre !

Les designs sont d'ailleurs épurés et très inspirés du monde automobile avec des pare-brise profilés, agrémentés de roofs. Les étraves sont fines pour gagner en vitesse.

De la sécurité !

Enfin, si le semi-rigide connait une telle croissance, c'est par ses nombreux avantages par rapport à la coque rigide. Et pourtant, on trouve de moins en moins de "boudins" sur les pneus ! Mais on les conserve puisque les flotteurs permettent d'abaisser le centre de gravité du bateau et ainsi d'être très stable. Par ailleurs la carène à boudins offre d'indéniables qualités de prise en main avec souvent une plus grande tolérance de pilotage.

L'espace à bord est aussi impressionnant et donc la capacité de charge plus élevée.

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