La recherche de notre voilier idéal

Léopoldine et Ghislain sont toujours à la recherche de leur bateau pour partir en grand voyage avec leurs 4 enfants. Après avoir défini le voilier idéal, les voilà qui commencent à éplucher les annonces en détail. Avec de nouvelles surprises plus ou moins bonnes et des rencontres parfois infructueuses. Mais leur nouvelle maison est au bout de ce chemin…

Un "B" comme Banque…

Nous entreprenons en mars 2018 la visite des bateaux et prenons conscience de l’étendue du sujet. Bien que nous ciblions des annonces en Méditerranée, ceux qui nous intéressent sont largement disséminés : Un Dufour 455 à Toulon, un Bavaria 44 à Barcelone, un GibSea 442 en Sicile, un Bavaria 44 à Port Saint-Louis un Dufour 45 Classic à Sète, un Bénéteau 50 à Agde, un autre à Perpignan, un Dufour 44 à Hyères… Tout ça va nous prendre un peu de temps et d’énergie. Et ça entame notre budget global, dans lequel nous n’avions pas intégré les dépenses de prospection. C’est l’apprentissage de l’usage intensif de la carte bleue. Bateau, ça commence par un "B", comme banque ; l’un ne va pas sans l’autre.

A la recherche de Tacum

Courtiers : pas tous égaux

Nous apprenons aussi à discuter avec les courtiers. La plupart de ceux avec lesquels nous avons discuté étaient très professionnels et serviables. L’un d’entre eux, par exemple, nous a patiemment écoutés pour bien comprendre notre projet, alors qu’il n’avait aucun bateau à vendre correspondant à nos besoins. Il nous a donné des conseils dans nos démarches, expliqué le fonctionnement du marché de l’occasion, les bonnes périodes d’achat, les détails auxquels il fallait faire attention. Ses conseils nous ont été précieux par la suite. Celui par lequel (plus tard dans l’année) nous allons acheter notre bateau a également été exemplaire dans sa réactivité et sa clarté.

Attentions aux mauvaises surprises

En revanche, comme tout troupeau a son mouton noir, la profession a ses brebis galeuses et nous en avons fait l’expérience : en feuilletant régulièrement les petites annonces, nous finissons par nous familiariser avec certaines d’entre elles. Un Bénéteau 50 nous fait de l’œil depuis le début, mais le prix indiqué sur l’annonce est un peu élevé pour nous. Au bout de trois mois, nous nous disons que le vendeur consentirait peut-être à une petite ristourne sur le prix initial. Nous appelons le broker et celui-ci n’a pas de mots assez tendres pour décrire l’état du bateau, son équipement pléthorique (dont un hydrogénérateur neuf, qui n’a jamais servi), le soin de ses propriétaires qui doivent malheureusement s’en séparer pour cause de maladie. Pour couronner le tout, il pense pouvoir obtenir ristourne importante sur le prix affiché. Le rêve ! Je lui propose de passer voir cette perle rare. Pas de chance, le bateau est en carénage, il vaudrait mieux revenir dans un mois quand il sera à l’eau. J’insiste, mais non, il y a des problèmes d’assurances et le bateau est de toute façon bâché. Dans un mois, je vous dis ! Je passe quand même sur l’aire de carénage en question et je vois l’objet du désir. Celui-ci tient plus de la gueule cassée de la Grande Guerre que du cheval de course : la quille à moitié fracassée, la coque délaminée, un pauvre maquillage de résine sur les points les plus amochés. Le prix d’achat ne couvrirait même pas le montant des travaux. J’ai bien fait d’aller voir. Quant à mon opinion sur le broker en question, je vous la laisse deviner…

A la recherche de Tacum

L'œil de l'expert

Nous continuons nos visites. C’est en général moi qui me déplace (ou Lionel en éclaireur, lorsque c’est près de chez lui), car Léopoldine manque d’expertise dans ce domaine. Régulièrement, le weekend, je prends un billet de TGV pour rejoindre les bords de Mare Nostrum.

Alors en train, en ferry ou en avion, je m’éloigne de la ville de Sens et j’arpente les ports de la Méditerranée en compagnie de Lionel, dont la connaissance technique est considérable. Il détecte les problèmes presque immédiatement. Un jour, nous visitons un Dufour 45 Classic et il remarque que les varangues n’ont pas exactement leur profil habituel. Il me dit discrètement que le bateau a talonné même s'il a probablement été très bien réparé. Nous demandons au vendeur s’il a connaissance d’un accident et celui-ci, avec aplomb, nous répond négativement. Lorsque nous lui faisons remarquer que la stratification au niveau de la quille n’est pas celle d’origine, il explique un peu gêné que oui, il a légèrement talonné et qu’il a réalisé une réparation préventive. Évidemment nous perdons toute confiance dans ce vendeur et nous passons notre chemin. Cet événement a achevé de me convaincre de la nécessité d’un expert.

A la recherche de Tacum

Mon bateau ? C'est le plus beau du monde !

Ce qui est formidable quand on appelle un vendeur, c’est que son bateau est systématiquement dans un état parfait, c’est toujours le bateau idéal pour mon programme. "Des travaux ? Ce n’est pas nécessaire, faites-moi confiance, je suis dans le métier depuis trente ans" ou bien "Je mets mon bateau en vente, mais si je ne le vends pas au prix voulu, je le garderai. J’y suis tellement attaché !". Pourquoi alors le mettre en vente ? Le syllogisme de cet argument, pourtant entendu dix fois, nous a toujours amusé.

Ce n’est que lorsqu’on visite le voilier qu’on prend conscience de son état réel. On se rend vite compte que les bateaux, quels qu’ils soient, nécessitent toujours des travaux. Tous ne sont pas équipés pour la navigation hauturière et lorsqu’ils le sont, il faut remettre à niveau les panneaux solaires, l’éolienne, le portique ou les batteries… Le jeu de voiles doit être révisé ou changé, tout comme le moteur… Sans compter tout ce qu’on ne voit pas.

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La force des photos

Il est difficile de parcourir l’Europe entière, alors j’essaie de trouver des émissaires compétents pour me relayer sur place. Et je demande des photos, beaucoup de photos, beaucoup de détails. Je pose par écrit des questions, beaucoup de questions, beaucoup de détails. Photos détaillées, questions fermées. Ne pas trop laisser le vendeur faire étalage de ses talents de commercial. Cela permet de filtrer les bateaux qui justifient un déplacement.

Enfin la perle rare ?

On cherche, on visite, mais on ne trouve pas. Jusqu’à ce que nous tombions sur deux annonces, pour deux bateaux de marque Gib'Sea : un 472, basé en Corse et un 442, basé en Sicile. Nous éliminons rapidement le second, car les soixante-dix photos envoyées nous montrent un bateau en état moyen, alors que les photos d’ensemble de l’annonce étaient beaucoup plus prometteuses. En revanche, le 472 nous intéresse beaucoup !

Les échanges téléphoniques et électroniques, que nous avons avec le courtier nous en disent plus sur le bateau. Construit en 1994, il n’a jamais été accidenté. Il appartient depuis douze ans à un groupe de skippers professionnels associés et propriétaires de trois bateaux, qui vendent des sorties d’une semaine en Corse et Sardaigne, à la cabine (les clients louent une cabine pour la semaine, sans savoir qui seront les autres passagers), ou à la semaine (les clients, en groupe, louent le bateau entier). La prestation comprend le skipper, si bien que le bateau est toujours manœuvré par un skipper connaissant parfaitement son embarcation et qui l’entretient régulièrement (une panne représenterait un manque à gagner important pour la structure). Nous ne savons pas grand-chose des propriétaires précédents. La grand-voile et le génois sont montés sur enrouleurs, un spi symétrique neuf n’a jamais été utilisé. Il dispose d’un portique sur lequel sont montés deux panneaux solaires de 90W, d’un parc batteries de 420Ah. L’électronique n’est pas de toute dernière génération. Le moteur d’origine, un Perkins de 80cv, a été remplacé par un Yanmar de 100cv qui compte 3900 heures. L’annexe, vieillotte, est propulsée par un moteur électrique Torqeedo relativement récent. Le gréement dormant a sept ans et la dernière révision de la survie est valable jusqu’en 2021.

Les propriétaires comptent utiliser le bateau jusqu’à la fin de la période estivale. Il ne sera donc disponible qu’à partir du mois de septembre 2018. Le prix de vente affiché est conforme à la cote et les propriétaires, convaincus de sa juste valeur, ne souhaitent pas s’en séparer pour un montant inférieur au prix affiché.

A la recherche de Tacum

Tacum entre dans notre vie

Une fois n’est pas coutume, c’est Léopoldine qui ira le voir à Ajaccio au mois de mai 2018 avec Lionel. Nous sommes en vacances chez mes parents à Hyères la semaine précédente, mais des contraintes professionnelles m’imposent de rentrer à Sens avec les enfants. Elle prend donc un ferry à Toulon avec Lionel et tous deux se présentent sur le quai du port Charles Ornano, au niveau du Gib'Sea baptisé Tacum IV. Là ils retrouvent Pierre (le courtier) et le propriétaire actuel du bateau. A bord, ils scrutent les moindres détails, soulèvent les planchers, inspectent la coque et le pont, écoutent le ronronnement du gros diesel, déroulent les voiles qui claquent dans la brise qui se lève, vérifient l’acte de francisation. Entre deux photos pour le reportage que je leur ai demandé, Lionel adresse des clins d’œil confiants et positifs à Léopoldine, pendant que le courtier et le vendeur parlent météo dans le cockpit.

Sain avec des points de détails à revoir

Certes, le bateau mérite un grand coup de propre, l’électronique date de l’époque de la marine à voile, le vit-de-mulet est à changer, le circuit électrique semble avoir subi les assauts d’un bricoleur peu scrupuleux, mais il dégage une impression de robustesse et de sécurité. Il est sain. Lionel a possédé deux exemplaires des quarante-neuf GibSea 472 construits, c’est donc un bateau qu’il connaît bien. Et celui-ci, malgré ses vingt-quatre ans, est en bon état et ne nécessitera pas de préparation colossale pour être prêt à partir en haute mer.

Après deux heures d’une analyse minutieuse et détaillée, Lionel et Léopoldine remettent pied à terre, en compagnie du courtier. Les premières gouttes de pluie, annonciatrices de la tempête qui arrive, les poussent dans un bistro où un jukebox suranné égrène des refrains de Tino Rossi. A l’abri du regard de Pierre, Léopoldine tapote à mon attention un message sur son téléphone "Je crois que c’est bon, c’est lui".

Quelques heures après, l’oncle et la nièce montent à bord du ferry qui doit les ramener à Toulon pendant la nuit. Mais Zeus ou l’un des siens (à moins que ce soit Lucifer en personne ?), vexé de les avoir laissés remporter si facilement cette épreuve, décide de prendre sa vengeance et sonne la charge des éléments. Le vent dépasse les cinquante nœuds, des vagues de six mètres d’écrasent sur les flancs du ferry qui tente de se faire un chemin dans cette mer déchaînée. Léopoldine passera, malade, une nuit interminable.

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BiolsFdeuxdeux Christian - 2 mois
MdR... Lapsus [révélateur ?]. Je pense que l'auteur[e] voulait parler de brebis galeuse dans le troupeau, le mouton "noir" est celui qui est ostracisé pour son apparence pas pour son comportement. Pour un équipage en quête de découverte du monde, ça commence bien.
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Gib'Sea 472, la fiche technique

MarqueGibert Marine
ArchitecteJoubert & Nivelt
Longueur de coque14.20
Largeur4.30 m
Tirant d'eau2.00 m
Catégorie CEA
Déplacement lège11 500 kg
Surface de voilure au près109 m2
Nombre de moteurs maximum1
Carburant350 L
Voir la fiche technique du Gib'Sea 472
Reportage : Année sabbatique sur Tacum

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