Expertise nautique : quand les multiples soucis d'un catamaran ne sont pas identifiés
Après avoir vendu leur entreprise, Jérémy et sa femme Nadège ont décidé de changer de vie. Direction la mer, à bord d'un catamaran. Mais leur rêve de croisière s'est vite transformé en un gros chantier imprévu. Ils racontent leur mésaventure et les leçons qu'ils en tirent.
Jérémy et sa femme Nadège sont des novices en navigation, mais leur projet semble bien ficelé. Après la revente des entreprises familiales, ils décident de s'offrir une vie sur l'eau. Un long bord pour vivre en bateau et visiter des pays et des rivages.
Ils cherchent donc un catamaran pour leur servir de maison. En 2023, il déniche un Bohème 43 construit pendant 7 ans par un amateur en contreplaqué époxy. Ce plan Gérard Danson a été allongé et mesure désormais 46 pieds. Ce catamaran est proposé à la vente à 200 000 €.
Le couple fait une première visite en compagnie du brooker et du propriétaire. Le voilier a moins de 10 ans, les voiles et le gréement sont en bon état, les moteurs ont moins de 800 heures. Ils envisagent quelques frais à venir, mais qu'ils jugent uniquement cosmétiques.
Choisir un voilier habitable sans connaissance de la construction bois
En Avril 2023, ils reviennent en Martinique pour finaliser la vente, cette fois accompagnés d'un expert. Le brooker auquel ils avaient demandé conseil sur le choix de l'expert, leur en avait présenté 3, afin de rester impartial. Ils choisissent le cabinet SafetyFirst dirigé par Pierre Corriveaud qui a pignon sur rue avec un bureau sur l'aire de carénage du Marin, et qui est disponible à leur date.
Expertise défaillante : une inspection insuffisante ?
L'expert a été choisi pour la qualité de son CV, mais il ne se déplace pas en personne et envoie un collaborateur pour réaliser l'expertise. Un bateau en bois nécessite des compétences particulières, plus spécifiques qu'une expiste d'un voilier en polyester. Ce dernier semble ignorer les zones à risque qui ne sont pas identifiés pendant l'expertise. Il passe devant ...
... certaines zones qui sont molles sans même s'y arrêter. Même Jérémy qui pourtant n'a aucune connaissance dans le domaine, se pose des questions sur des zones molles autour des taquets d'amarrage ou au niveau du pont. Mais il se tait devant l'enthousiasme du représentant de l'expert qui ne cesse de vanter les qualités du bateau, allant même jusqu'à dire qu'il l'achèterait bien lui-même… Tous les feux sont aux verts pour nos novices. L'achat est finalisé en aout 2023, même s'il ne sera pas possible de réaliser un essai en mer poussé, juste le temps de hisser et affaler les voiles faute de vent.
Pourtant, à la première sortie, la cadène de palan d'écoute de GV bouge. Une inspection du pont en dessous présente un contreplaqué totalement pourri. La cadène était prête à s'arracher. L'accident a été évité de justesse !
Petit à petit Jérémy au gré des rencontres avec d'autres plaisanciers et professionnels, reconstitue l'histoire du catamaran Mistertong : "Le propriétaire constructeur amateur a eu des problèmes de santé sur la fin du chantier. Si le travail initial a été de bonne facture, la fin a été bâclée pour gagner du temps. Puis le bateau est resté à la bouée pendant une longue période au Marin. À la suite de ça, le propriétaire a refait quelques travaux, mais plutôt pour masquer les problèmes en vue de la vente. Et dans les Caraïbes, la pourriture du bois évolue très vite."
Rapidement, Jérémy dresse un inventaire des travaux à réaliser pour naviguer en toute sécurité :
Pourriture sous le rail de génois autovireur, juste en pied de mât
1 m2 de bois à changer sur le pont
Cadènes de la poutre de compression vermoulue, les taquets d'amarrage laissaient rentrer de l'eau dans le bois
Reprise de tout l'accastillage mal fixé sur le pont (taquet, chandeliers, balcons…)
Pourritures à l'arrière de la nacelle et dans les coffres arrières
Et encore beaucoup d'autres...
Il range les problèmes par ordre de gravité : en premier les défauts qui offre un risque pour la sécurité en navigation, ensuite les défauts esthétiques ou de confort.
Devant cette désolation, l'expert ne veut rien entendre. Il se rétracte derrière les petites lignes de son contrat qui expliquent que comme il ne démonte pas, il ne pouvait voir les défauts. Pourtant, son collaborateur n'avait sur lui le jour de l'expertise qu'un maillet avec lequel il tapotait sur la coque, ne cherchant pas les zones souples à l'aide la pointe d'un couteau comme on doit le faire sur une coque en bois.
Heureusement, Jérémy et sa femme sont partis sur un projet de croisière à long terme. Ce genre de mésaventures auraient pu mettre à mal un voyage d'une année sabbatique par exemple. Depuis janvier 2024, le couple vit à bord, toujours mouillé dans la baie de Sainte-Anne devant le Marin. Ils écopent un peu de la double peine. Le départ vers les mouillages de rêve s'éloigne et le budget alloué au bateau explose.
Le couple tente une conciliation à l'amiable, mais ni le propriétaire vendeur, ni l'expert n'entendent leur donner raison. Pourtant Jérémy se contenterait de bien peu, de la valeur des matériaux pour les réparations (autour de 15 000 €). L'expert même refuse de rembourser les 1 500 € de l'expertise, se couvrant derrière son mandat de réserve, devenant même peu aimable et grossier, refusant de venir à bord pour constater les défauts et annonçant que ce catamaran "a été construit avec du bois de chez Carrefour". Un bateau que sa société a elle-même expertisé !
Actuellement, le couple a décidé de ne pas poursuivre en justice le vendeur et l'expert. Préférant investir dans la réparation du bateau plutôt que dans une procédure judiciaire qui serait longue, immobiliserait le bateau et ne serait même pas une garantie de résultat. Mistertong est en chantier afin de pouvoir enfin offrir le voyage attendu quand il sera opérationnel. D'ailleurs, Jérémy a même dû trouver un travail pendant quelques mois en cet été 2025 afin de pouvoir faire les travaux au sec en fin d'année.
Quand on demande à Jérémy, comment éviter de se retrouver en pareille situation lors de l'achat d'un voilier, il nous explique : "Si j'avais à racheter un voilier, je ne m'appuierais pas sur un expert. Je préfère me faire épauler par un professionnel qui entretient ou répare les bateaux. Je ferais aussi un essai poussé en testant tous les équipements du bord. Je chercherai aussi sur le port d'autres expertises, voisins de ponton, mécanos, accastilleurs, voileries ou autres, pour qu'ils me racontent l'histoire du voilier. Il faut chercher les retours d'expérience et multiplier les sources d'informations.
Dans tous les cas, il faut éviter la précipitation. Notre grosse erreur dans cette aventure a été d'être pressés par le temps pour notre achat. Nous avons choisi notre expert, non pas sur les conseils du brooker qui n'a pas forcé la vente et nous a laissé le choix de l'expert, mais uniquement sur la disponibilité de ce dernier et sur son CV qui semblait assez prometteur. Hélas, il ne s'est pas déplacé personnellement et a envoyé un collaborateur.
La découverte de l'état lamentable de notre bateau nous a bien démoralisés. Nous avions vendu nos entreprises et notre maison pour partir sur ce voyage, réaliser notre rêve. Que faire une fois découvert ce fiasco ? Nous avons donc décidé de prendre notre destin en main en réalisant les travaux à bord, certes en gardant de la rancœur envers l'expert et le vendeur qui n'ont pas montré un esprit très marin. Cette vie au soleil, à bord, loin de chez nous, nous plait. Nous allons donc la continuer."
Jérémy et Nadège ont aussi lancé une chaine YouTube du nom de leur bateau "Catamaran Mistertong" dans laquelle ils racontent leur épopée. Pour l'instant on n'y navigue pas trop, mais l'on peut suivre les étapes de la rénovation : "Ce partage d'aventure et d'expérience nous apporte un gros soutien moral. Cela fait du bien de raconter nos déboires à nos followers".
Pourtant, à la première sortie, la cadène de palan d'écoute de GV bouge. Une inspection du pont en dessous présente un contreplaqué totalement pourri. La cadène était prête à s'arracher. L'accident a été évité de justesse !
Réévaluation post-achat : un bateau à reprendre intégralement !
Petit à petit Jérémy au gré des rencontres avec d'autres plaisanciers et professionnels, reconstitue l'histoire du catamaran Mistertong : "Le propriétaire constructeur amateur a eu des problèmes de santé sur la fin du chantier. Si le travail initial a été de bonne facture, la fin a été bâclée pour gagner du temps. Puis le bateau est resté à la bouée pendant une longue période au Marin. À la suite de ça, le propriétaire a refait quelques travaux, mais plutôt pour masquer les problèmes en vue de la vente. Et dans les Caraïbes, la pourriture du bois évolue très vite."
Rapidement, Jérémy dresse un inventaire des travaux à réaliser pour naviguer en toute sécurité :
Pourriture sous le rail de génois autovireur, juste en pied de mât
1 m2 de bois à changer sur le pont
Cadènes de la poutre de compression vermoulue, les taquets d'amarrage laissaient rentrer de l'eau dans le bois
Reprise de tout l'accastillage mal fixé sur le pont (taquet, chandeliers, balcons…)
Pourritures à l'arrière de la nacelle et dans les coffres arrières
Et encore beaucoup d'autres...
Il range les problèmes par ordre de gravité : en premier les défauts qui offre un risque pour la sécurité en navigation, ensuite les défauts esthétiques ou de confort.
Refus de responsabilité : l'expert se dédouane
Devant cette désolation, l'expert ne veut rien entendre. Il se rétracte derrière les petites lignes de son contrat qui expliquent que comme il ne démonte pas, il ne pouvait voir les défauts. Pourtant, son collaborateur n'avait sur lui le jour de l'expertise qu'un maillet avec lequel il tapotait sur la coque, ne cherchant pas les zones souples à l'aide la pointe d'un couteau comme on doit le faire sur une coque en bois.
Réparer plutôt que partir en procédure : une croisière différée
Heureusement, Jérémy et sa femme sont partis sur un projet de croisière à long terme. Ce genre de mésaventures auraient pu mettre à mal un voyage d'une année sabbatique par exemple. Depuis janvier 2024, le couple vit à bord, toujours mouillé dans la baie de Sainte-Anne devant le Marin. Ils écopent un peu de la double peine. Le départ vers les mouillages de rêve s'éloigne et le budget alloué au bateau explose.
Le couple tente une conciliation à l'amiable, mais ni le propriétaire vendeur, ni l'expert n'entendent leur donner raison. Pourtant Jérémy se contenterait de bien peu, de la valeur des matériaux pour les réparations (autour de 15 000 €). L'expert même refuse de rembourser les 1 500 € de l'expertise, se couvrant derrière son mandat de réserve, devenant même peu aimable et grossier, refusant de venir à bord pour constater les défauts et annonçant que ce catamaran "a été construit avec du bois de chez Carrefour". Un bateau que sa société a elle-même expertisé !
Actuellement, le couple a décidé de ne pas poursuivre en justice le vendeur et l'expert. Préférant investir dans la réparation du bateau plutôt que dans une procédure judiciaire qui serait longue, immobiliserait le bateau et ne serait même pas une garantie de résultat. Mistertong est en chantier afin de pouvoir enfin offrir le voyage attendu quand il sera opérationnel. D'ailleurs, Jérémy a même dû trouver un travail pendant quelques mois en cet été 2025 afin de pouvoir faire les travaux au sec en fin d'année.
Conseils aux futurs acheteurs de voiliers habitables
Quand on demande à Jérémy, comment éviter de se retrouver en pareille situation lors de l'achat d'un voilier, il nous explique : "Si j'avais à racheter un voilier, je ne m'appuierais pas sur un expert. Je préfère me faire épauler par un professionnel qui entretient ou répare les bateaux. Je ferais aussi un essai poussé en testant tous les équipements du bord. Je chercherai aussi sur le port d'autres expertises, voisins de ponton, mécanos, accastilleurs, voileries ou autres, pour qu'ils me racontent l'histoire du voilier. Il faut chercher les retours d'expérience et multiplier les sources d'informations.
Dans tous les cas, il faut éviter la précipitation. Notre grosse erreur dans cette aventure a été d'être pressés par le temps pour notre achat. Nous avons choisi notre expert, non pas sur les conseils du brooker qui n'a pas forcé la vente et nous a laissé le choix de l'expert, mais uniquement sur la disponibilité de ce dernier et sur son CV qui semblait assez prometteur. Hélas, il ne s'est pas déplacé personnellement et a envoyé un collaborateur.
La découverte de l'état lamentable de notre bateau nous a bien démoralisés. Nous avions vendu nos entreprises et notre maison pour partir sur ce voyage, réaliser notre rêve. Que faire une fois découvert ce fiasco ? Nous avons donc décidé de prendre notre destin en main en réalisant les travaux à bord, certes en gardant de la rancœur envers l'expert et le vendeur qui n'ont pas montré un esprit très marin. Cette vie au soleil, à bord, loin de chez nous, nous plait. Nous allons donc la continuer."
Une chaine YouTube pour le soutien moral
Jérémy et Nadège ont aussi lancé une chaine YouTube du nom de leur bateau "Catamaran Mistertong" dans laquelle ils racontent leur épopée. Pour l'instant on n'y navigue pas trop, mais l'on peut suivre les étapes de la rénovation : "Ce partage d'aventure et d'expérience nous apporte un gros soutien moral. Cela fait du bien de raconter nos déboires à nos followers".
Bonjour, après renseignement pris sur InfoGreffe, le Dirigant de la ste SAFETY FIST est MrPhilippe ANCELE et Mr Pierre Coriveaud n'apparait nul part??? Affaire à creuser, je pense!
Dommage que certaines personnes salissent le metier et detruisent le rêve de certains voire les pourraient les pousser vers une dépression ou vers des actes morbides.Heureusement
que Jeremy et Nadège ont un esprit généreux et optimiste qui les a fait rebondir et qui merite le respect.
Michel de GT
Pierre Corriveaud, un incapable qu doit urgent changer de métier. Collaborateur inclus .
Après la perte de mon mat suite au cyclone Beril mandaté par l'assurance il m'a inventé sans aucun document un rappel de mon Mât ?? Il a fallu que je contacte Lagoon qui était surpris et qui ont demanti ??? Et je vous dis simplement le mât, immaginer la suite.
Un expert malhonnête.
Merci pour votre article
Dommage que je n'ai pas les moyens de les aider, car j'aurais pris le meilleur avocat pour punir l'expert et les anciens propriétaires qui s'en sortent trop bien a mon gout.