Interview / François Jambou : "J'ai participé à une quarantaine de courses en Mini sans en abandonner aucune"

François Jambou © Charly Fernbach

François Jambou est l'un des favoris de la Mini Transat 2019, dont le départ sera donné le 22 septembre prochain. Il navigue à bord de son proto au nez rond 865 signé David Raison - dernier vainqueur de la Mini Transat. A quelques semaines du départ, il nous parle de son parcours et son objectif.

Peux-tu nous parler de ton parcours sportif et plus spécifiquement de ton parcours en voile ?

Quand j'étais enfant, j'étais un touche-à-tout. J'ai fait plein de sports. Le premier sport pour lequel je me suis pris de passion était le hockey. En parallèle, je faisais déjà pas mal de sports nautiques, surtout du bodyboard et du surf. L'envie de faire du bateau m'a prise quand je n'ai pas pu faire de sport-étude hockey.

Donc, tu n'as pas suivi la filière classique, avec un parcours de la filière voile ?

Non. Quand j'ai commencé la voile à 16 ans, j'étais envieux de ses jeunes qui faisaient du Laser, qui avaient fait de l'Optimist… Ça me donnait envie, ça me passionnait déjà. J'ai commencé sur le tard, au lycée, en seconde. Par contre j'ai intégré un parcours de formation de moniteur.

J'ai commencé par le dériveur double à Brest, et j'ai aussi fait un peu de catamarans. Bien que ne faisant pas de compétitions, les formateurs nous faisaient naviguer proprement. C'était ultra formateur.

Puis, j'ai commencé à donner des cours à partir de 17/18 ans et j'ai poursuivi par une carrière dans le nautisme.

© Breschi / Mini Transat La Boulangère

Quel était ton métier dans le nautisme ?

J'ai un diplôme de technico-commercial et j'ai travaillé dans un ship. J'ai appris plein de choses, mais je me suis rendu compte que je préférais être derrière un roof que derrière un comptoir.

J'ai décidé de passer mon BE (NDLR : diplôme de moniteur de voile) en 2008 à l'ENV et j'ai rapidement progressé grâce à une super formation. Ensuite, j'ai été prof à l'INB pendant 8 ans.

Comment es-tu venu au Mini ?

À l'école primaire, on avait suivi un skipper. Malheureusement, je ne me souviens plus de l'année ni du skipper. C'était une des deux éditions qui partait de Brest. Il avait démâté et j'avais suivi son projet de près.

J'ai découvert la Mini de cette manière et j'ai fait du bateau avec le rêve de faire du Mini. J'ai découvert des récits de skippers en Mini, notamment celui de Pierre-Yves Lautrou sur le Pogo 1 L'Express-Okapi. C'était un gros fantasme pour moi.

J'avais ça dans la tête depuis pas mal de temps, mais je pensais que c'était réservé à des privilégiés, que c'était inaccessible. Puis, un jour, on se retrouve embarqué sur le bateau d'un pote, puis un jour on a son propre bateau un et l'histoire se lance comme ça.

Depuis combien de temps navigues-tu en Mini ?

J'ai fait ma première course en 2012. Depuis j'ai participé au moins à toutes les courses en double. Aujourd'hui, c'est ma 4e saison en solo depuis 2012.

Peux-tu nous parler de ton palmarès ?

J'ai participé à une quarantaine de courses et ce dont je suis le plus fier, c'est que je n’en ai abandonné aucune. Parmi mes meilleurs résultats, j'ai terminé 3e sur les Sables — Les Açores en 2014, alors que j'étais en série, sur un Pogo 2. C'était mon premier et unique podium en solitaire en série, les autres étaient en double.

Ces deux dernières années sont les meilleures de ma carrière. J'ai gagné ou terminé sur le podium toutes les courses du circuit en solitaire. Mais surtout, j'ai gagné les Açores. Après la Mini, c'est la 2e course la plus emblématique du circuit.

Quels sont tes points forts, à quelques semaines du départ ?

Je pense que le bateau marche bien à peu près tout le temps. J'ai appris à naviguer avec et j'ai confiance en lui. Après on n'est jamais à l'abri d'un problème et ça tient à peu de choses. Je pense que le bateau est fiable, je le connais bien et j'ai beaucoup navigué dessus. C'est un point fort.

Je suis à l'aise dans du vent. Sur une transat c'est un point fort. Autrement, je me sens bien en mer. Je ne suis pas un régatier de formation, du coup je suis plus à l'aise sur un long parcours que sur une banane.

© Breschi / Mini Transat La Boulangère

Penses-tu avoir les compétences techniques et l'outil pour gagner la Mini Transat ?

Oui j'y vais pour ça ! Si je ne gagne pas, ce serait une déception. Je suis légitime à la victoire. Si je fais une belle course, que je me surpasse et que je fais un podium, en voyant que les mecs devant ont été meilleurs, ce ne sera pas une désolation.

Peux-tu nous parler de tes principaux concurrents ? Qui vois-tu dans le top 5 ?

Axel Tréhin avec qui je me suis bagarré sur toutes les courses. Il a un bateau puissant, il est à l'aise, a mental d'enfer, connait bien son bateau et navigue très fort. Il peut me battre. Erwan Le Méné avec le 800, un bateau de précédente génération. À certaines allures, il va très vite. Au portant VMG il va très fort et dans la molle, c'est le meilleur bateau. Au près, il va vite aussi. S'il faut se dégolfer de la première étape au près, il peut très bien nous reléguer à l'arrière. Il navigue propre et bien.

Tanguy Bouroullec peut aller vite avec son bateau à foil, mais je peux moins en parler. Je n'ai jamais été bord à bord avec lui. Mais, à priori le bateau est réussi et navigue très bien.

Après, il y a des bateaux dont il faut se méfier comme Marie Gendron, qui n'est pas à l'abri de faire un bon coup, mais aussi Antoine Perrin sur le 850. Ce sont des bateaux qui dans certaines conditions vont très vite. Si on sort du Golfe avec 8/10 nœuds de vent au louvoyage, ils peuvent aller très vite. Fabio Muzzolini aussi à ses chances.

Ce sont trois bateaux qui peuvent faire un coup d'éclat, mais c'est peu probable qu'ils soient en tête.

As-tu encore des points faibles à quelques semaines de la Mini ?

Oui, mais je les garde pour moi.

Et niveau budget ?

Il me manque 15 000 €. Je dois payer le retour cargo, la location du pilote, des frais inhérents à la Transat... Mais la bonne nouvelle c'est que j'ai encore de la place sur le bateau pour accueillir un sponsor.

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