Hydroptère 2.0 : comment le bel oiseau blanc s'est mis à revoler au-dessus de l'océan

Photographies et textes de Romain Boulanger
Photographies et textes de Romain Boulanger © Romain Boulanger

Romain Boulanger est photographe. Depuis 3ans il suit la résurrection de l'Hydroptère orchestré de main de maître par Gabriel Terrasse. Il nous raconte ici sa vision du chantier joliment documenté de ses images.

Il a fallu 15 ans à L'Hydroptère pour être le premier voilier au monde à franchir la barre des 50 nœuds, l'équivalent du mur du son sur l'eau. Rêvé par Éric Tabarly, le précurseur était à l'abandon à Hawaï, destiné à rejoindre la profondeur des océans après l'avoir survolé tant de fois. Mais l'oiseau blanc est devenu phénix, sauvé par un passionné, Gabriel Terrasse.

Californie, fin des années 60, un voilier évolue au-dessus de l'eau

C'est Williwaw, un voilier construit par David Keiper, à côté de cet étrange bateau navigue un marin d'exception Éric Tabarly. S'affranchir de la résistance de l'eau et de cette « navigation archimédienne », Éric Tabarly rêve de foils et de voler au-dessus des océans avec ces plans porteurs qui agissent comme des ailes.

Presque 20 ans plus tard, le 1er août 1980, au large du port de la Trinité-sur-Mer, un record vieux de 75 ans est pulvérisé, Éric Tabarly a bouclé la traversée de l'Atlantique avec ses trois coéquipiers Georges Calvet, Éric Bourhis et le caméraman Dominique Pipail sur l'hydrofoil-trimaran « Paul Ricard » en 10 jours, 5 heures, 14 minutes et 20 secondes. Son intuition sur les foils se confirme même si le bateau ne vole pas, en cause ses coques en aluminium qui le rendent trop lourd pour espérer le faire décoller.

Retour en arrière, en 1669, la Flottille Royale de Louis XIV à Versailles est à la démesure de son Grand Siècle : des heux, des brigantins, des frégates, des chaloupes, des gondoles, des galères dont le plus beau fleuron navire amiral La Réale (« La Royale ») qui sombreront dans l'oubli après le règne fastueux de ce « Roi Soleil ». La flottille Royale est devenue fantôme et le Grand Canal son tombeau. Le Roi n'est plus mais le soleil est là en ce dimanche de 1985 à Versailles quand une maquette glisse sur les eaux du Grand Canal, un chronomètre s'enclenche, le début d'une nouvelle ère, ce sont les premiers essais sur des maquettes. Alain de Bergh est ingénieur chez Dassault (fleuron de l'aviation militaire française), sa main tient le chronomètre pour Alain Thébault qui tire la maquette. En 1984 ce jeune marin a fait la connaissance d'Éric Tabarly et partage désormais son rêve, celui de voler au-dessus des océans.

Trois ans plus tard en 1987, la maquette grandit avec une échelle 1/3 en matériaux composites puis est exposée avec succès au Salon aéronautique international du Bourget en 1991. « Benoît ne sait pas celle-là qu'il préfère. La mer aux mille écueils ou sa tendre rivière. L'Odet plus douce encore que son nom… » Ce jour d'août 1992, Éric Tabarly a réuni chez lui un comité d'industriels et de décideurs pour les convaincre, on ne sait pas si ces mots de Guillaume Apollinaire ont aidé mais la construction de L'Hydroptère est désormais une réalité.

Dix ans après la maquette du Grand Canal, L'Hydroptère prend son envol au large de Saint-Nazaire en 1994, le début d'une histoire semée d'embûches, de casses à répétitions, de ...

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