Il a fallu 15 ans à L'Hydroptère pour être le premier voilier au monde à franchir la barre des 50 nœuds, l'équivalent du mur du son sur l'eau. Rêvé par Éric Tabarly, le précurseur était à l'abandon à Hawaï, destiné à rejoindre la profondeur des océans après l'avoir survolé tant de fois. Mais l'oiseau blanc est devenu phénix, sauvé par un passionné, Gabriel Terrasse.

Californie, fin des années 60, un voilier évolue au-dessus de l'eau
C'est Williwaw, un voilier construit par David Keiper, à côté de cet étrange bateau navigue un marin d'exception Éric Tabarly. S'affranchir de la résistance de l'eau et de cette « navigation archimédienne », Éric Tabarly rêve de foils et de voler au-dessus des océans avec ces plans porteurs qui agissent comme des ailes.
Presque 20 ans plus tard, le 1er août 1980, au large du port de la Trinité-sur-Mer, un record vieux de 75 ans est pulvérisé, Éric Tabarly a bouclé la traversée de l'Atlantique avec ses trois coéquipiers Georges Calvet, Éric Bourhis et le caméraman Dominique Pipail sur l'hydrofoil-trimaran « Paul Ricard » en 10 jours, 5 heures, 14 minutes et 20 secondes. Son intuition sur les foils se confirme même si le bateau ne vole pas, en cause ses coques en aluminium qui le rendent trop lourd pour espérer le faire décoller.
Retour en arrière, en 1669, la Flottille Royale de Louis XIV à Versailles est à la démesure de son Grand Siècle : des heux, des brigantins, des frégates, des chaloupes, des gondoles, des galères dont le plus beau fleuron navire amiral La Réale (« La Royale ») qui sombreront dans l'oubli après le règne fastueux de ce « Roi Soleil ». La flottille Royale est devenue fantôme et le Grand Canal son tombeau. Le Roi n'est plus mais le soleil est là en ce dimanche de 1985 à Versailles quand une maquette glisse sur les eaux du Grand Canal, un chronomètre s'enclenche, le début d'une nouvelle ère, ce sont les premiers essais sur des maquettes. Alain de Bergh est ingénieur chez Dassault (fleuron de l'aviation militaire française), sa main tient le chronomètre pour Alain Thébault qui tire la maquette. En 1984 ce jeune marin a fait la connaissance d'Éric Tabarly et partage désormais son rêve, celui de voler au-dessus des océans.
Trois ans plus tard en 1987, la maquette grandit avec une échelle 1/3 en matériaux composites puis est exposée avec succès au Salon aéronautique international du Bourget en 1991. « Benoît ne sait pas celle-là qu'il préfère. La mer aux mille écueils ou sa tendre rivière. L'Odet plus douce encore que son nom… » Ce jour d'août 1992, Éric Tabarly a réuni chez lui un comité d'industriels et de décideurs pour les convaincre, on ne sait pas si ces mots de Guillaume Apollinaire ont aidé mais la construction de L'Hydroptère est désormais une réalité.
Dix ans après la maquette du Grand Canal, L'Hydroptère prend son envol au large de Saint-Nazaire en 1994, le début d'une histoire semée d'embûches, de casses à répétitions, de ...
... défis industriels, de records, une liste à la Prévert jusqu'à la consécration, le trimaran inaccessible depuis la nuit des temps puisqu'à ce jour il n'existe plus en 2009 au large d'Hyères dans le sud de la France.
L'Hydroptère réussit à franchir la barre mythique des 50 nœuds (soit 93 km/h) et une pointe à 55,5 nœuds (environ 103 km/h) l'équivalent du mur du son dans l'aéronautique, le trimaran volant le plus rapide au monde est désormais une légende.
L'origine du mot Hydroptère est grecque, « hydros » pour eau et « pterion » pour aile, la suite est une tragédie, grecque elle aussi. Loin du pays d'Homère et de son Odyssée, celle de L'Hydroptère est un Los Angeles-Honolulu. Cette tentative de record sonnera le glas de cette épopée, faute de sponsors et de financement, L'Hydroptère sera abandonné en 2015 à Hawaï dans le port de Kechi à côté de l'aéroport d'Honolulu.
Skippé par les noms prestigieux de la voile, d'Éric Tabarly à Michel Desjoyeaux en passant par Jean Le Cam et Yves Parlier, le trimaran tombe dans l'oubli ; après avoir également eu le privilège de voir s'envoler Loïck Hamilton dans son sillage, ce surfeur de légende. Cet hawaïen casse-cou à la mâchoire carrée, aux abdominaux d'acier et aux cheveux peroxydés par le soleil qui a lui aussi révolutionné son sport en faisant décoller sa planche à foil sur les vagues mythiques dans les années 2000. L'Hydroptère semble loin de cette époque-là.
Dépouillé de son intérieur et de ses parures (accastillage, hydraulique, électronique), L'Hydroptère ne s'envole plus. Son avenir a désormais un prix : 8 000 $ ; ce n'est pas un prix d'interprétation mais celui pour éviter qu'il ne ressemble par la suite à un César.
Au Waikiki Yacht Club, deux hommes se rencontrent et s'associent avant la mise aux enchères : Chris Welsh et Gabriel Terrasse deviennent les nouveaux propriétaires de L'Hydroptère pour la somme de 8 500 $ le 28 juin 2019 à 9 h 30.
C'est dans un chantier naval adossé à la baie appartenant à Chris Welsh, The Sugar Dock, dans le Richmond où va s'écrire la suite de l'histoire de L'Hydroptère après 15 jours de traversée depuis Hawaï. Courant 2020, il est entièrement démonté, le confinement et l'épisode du Covid se passeront pour Gabriel sur le chantier naval de San Francisco. Jusqu'à la barre d'écoute de 7 mètres de large qui sera également enlevée pour éviter les 125 000 $ de frais pour effectuer ce convoi exceptionnel à travers les USA.
La coque et le mât xSeront l'ultime étape du rapatriement, départ de San Francisco par la route pour la côte est, direction la ville de Mobile en Alabama. Du Golfe de la Californie au Golfe du Mexique, c'est déjà un petit goût de la France puisque Mobile a été fondée en 1702 par le Français Jean-Baptiste Le Moyne, après plus d'une traversée, un nouveau chapitre commence à s'écrire.
En 2023, après une odyssée de 3 ans et demi et 16 000 km, L'Hydroptère retourne sur sa terre natale en plusieurs traversées à bord notamment d'un navire Airbus « Ville de Bordeaux ». Une légende des mers est de retour, éparpillée façon puzzle.
Carbone, Kevlar, titane et aluminium, ce cocktail digne des « Fantastiques » se trouve dans ce hangar situé dans le Bas-Chantenay, une zone industrielle portuaire de Nantes, les silos à grains culminent à 40 mètres et au loin le Pont de Cheviré enjambe la Loire, ce fleuve indomptable.
En 2024, l'équipe remonte L'Hydroptère.CH, ce petit frère de L'Hydroptère capable de naviguer à 2,7 fois la vitesse du vent et qui détient tous les records de vitesse du Lac Léman en Suisse (ruban bleu, km et heure). Ce jalon d'essai est l'occasion de faire des campagnes d'essais en mer au Croisic sur la côte Atlantique, sur le .CH skippé par Niels Boucard afin de tester des systèmes de monitoring structurel par fibre optique pour Naval Group, leader européen du naval de défense.
Une parenthèse avant de se lancer ensuite à la rénovation de L'Hydroptère, le début d'une très belle aventure humaine. Gabriel Terrasse est un passionné. La devise de Thomas Dobrée inscrite en breton sur son palais, un édifice néo-médiéval situé au cœur de Nantes à quelques kilomètres à vol d'oiseau de L'Hydroptère, pourrait être sienne : « An hini a varaok'hantañ zoit. » "L'inconnu me dévore". Mais aussi se dire que les mots du Petit Prince ont très certainement trouvé écho pour ce rêveur, lyonnais d'origine comme Saint-Exupéry.
L'Hydroptère est une pièce d'orfèvrerie, de la haute-couture dans le monde de la voile, l'improvisation est impossible et le savoir-faire obligatoire.
La main d'Éric Rambaud caresse le carbone sur l'ancienne cicatrice ouverte du mât de L'Hydroptère, la fin d'un chantier complexe pour cette surprise qui n'était pas programmée. 28 mètres de haut mais pour l'instant de long, ce mât désormais à l'horizontal a souffert lors du voyage depuis les USA, le diagnostic est sans appel avec deux fissures : une de 2 mètres de long sur l'avant (le bord d'attaque) et une sur l'arrière du mât (bord de fuite) qui fait environ 80 cm de long.
Pour vérifier l'étendue des fissures du mât, un contrôle non destructif par ultrasons est effectué, ce travail permet ensuite de poncer les plis de carbone abîmés (délaminages) avant de réparer la zone endommagée en ajoutant des couches de carbone comme une rustine.
Une lumière surgit de l'intérieur de ce mât couché au-dessus du sol, Loïc Mazas rampe sur pratiquement 28 mètres dans des conditions où la claustrophobie n'est pas de mise. L'opération se répétera plusieurs fois notamment pour mettre de la résine et combler l'espace de la fissure. On retrouve autour de ce mât blessé ces deux silhouettes, échangeant par la parole et le geste, l'expertise est autant cérébrale que manuelle.
Éric Rambaud est le directeur technique de L'Hydroptère, son savoir-faire, sa passion est une pièce maîtresse dans la restauration de ce mythique trimaran volant. Après avoir travaillé chez Airbus pendant 30 ans jusqu'à devenir directeur technique de son Technocentre, ce passionné à l'œil alerte est toujours enclin à partager ses connaissances avec simplicité et gentillesse.
À côté de lui, Loïc Mazas, cet intrépide ingénieur, responsable Recherche et Développement de L'Hydroptère qui, digne d'un roman de Jules Verne, explore l'intérieur du mât comme celui d'un nouveau monde.
De cette équipe qui travaille sur la structure, il ne faut surtout pas oublier Eamonn Orpen, ce spécialiste d'assemblage aéronautique aux racines gallo-irlandaises qui ne ménage pas ses efforts et connaissances pour faire avancer la rénovation de L'Hydroptère avec une bonne humeur bienveillante.
« Quand j'ai vu l'engin, je me suis dit : C'est un avion ! Il faut le traiter comme un avion. Sinon il cassera… » Maurice Pat, ingénieur aéronautique au bureau d'études de l'Aérospatiale de Toulouse.
Regréer la barre d'écoute, est le premier gros succès de la rénovation, cette pièce maîtresse scannée en 3D est réintégrée à la coque centrale par Corentin Romé en stage de fin d'études d'ingénieur sous le regard d'Éric Rambaud. « L'Hydroptère n'est pas un bateau de course, c'est un bateau expérimental dédié à la vitesse » dit Gabriel Terrasse, ce trimaran dont la conception résulte d'un consortium d'entreprises tel que Dassault Aviation, DCN (Naval Group aujourd'hui), le cabinet VPLP et Airbus.
On retrouve ce lien avec l'aéronautique dans les créateurs qui sont directement inspirés du train avant du Rafale Marine et qui sont conçus spécifiquement pour L'Hydroptère par André Soumat et Philippe Perrier, ingénieurs chez Dassault Aviation. Ils assurent un maintien optimal du bras de liaison et des foils latéraux à 45 degrés.
Situés à la jonction entre les bras de liaison et les foils, ils absorbent des charges extrêmes de 60 tonnes. Ils fonctionnent comme des amortisseurs alimentés par 4 bonbonnes d'azote à 180 bars de pression.
Tout au long de ce chantier de rénovation hors norme, on retrouve des spécialistes avec un point en commun, une passion et une fascination pour cet Hydroptère, celui qui s'élève à 5 mètres au-dessus de la mer et dont l'accélération est plus puissante qu'un hors-bord avec 2 moteurs de 250 CV.
L'équipe de LISI Aerospace, présente ce 5 novembre 2025, ne déroge pas à la règle. Cette entreprise française numéro 2 de la fixation aéronautique mondiale est venue avec Optibind la fixation du futur, fruit de 15 ans de recherches et développement. Ces rivets aveugles qui se retrouveront sur les prochains modèles d'Airbus sont en avant-première sur L'Hydroptère.
Une tente gonflable bleue s'est élevée au cœur de ce hangar durant le début de l'été 2026. Après le ponçage, place à la peinture avec Lackmann, ce peintre virtuose de chez Asus yant les anciens militaires sur la commune avec de très grandes cours.
Maël Guégan ne dira pas le contraire, celui qui a fait ses armes sur un chantier près de La Baule donne de sa personne sous ce soleil et la poussière qui recouvre son visage témoigne de ce travail éprouvant, effaçant avec efficacité les stigmates du passé. Il est parfois difficile de voir tout le travail réalisé quand celui-ci est fini.
Comment décrire les 13 mois passés sur les deux bras de liaison dont la corrosion des écrous acier d'origine a nécessité un remplacement global de la visserie ? Comment parler de tous ces défis surmontés par ces passionnés, du temps d'expertise par ultrasons, par shearographie, de la complexité du carbone, de cette ferrure usinée en titane, du sablage du skeg du safran foil arrière, du mille-feuilles en carbone pour la réparation du mât ? Comment décrire le projet de plusieurs spécialistes de chez Airbus avec des valises connectées à des tapis chauffants dignes d'un James Bond ?
Un béotien seulement aurait l'outrecuidance nier le travail effectué pour faire revoler cet Hydroptère, qui a nécessité au moins les 12 travaux même si Diodore de Sicile n'est plus là pour l'écrire.
Ce bateau de légende, qui a traversé la Manche en 34 minutes et 24 secondes, plus vite que Louis Blériot aux commandes de son avion monoplan léger, le Blériot XI, est le mariage réussi entre la voile et l'aéronautique.
Tout semble l'indiquer : des bras de liaison dérivés des poutres ventrales d'Airbus A340, des foils latéraux inspirés des dérives du Mirage 2000, des écréteurs dérivés des trains d'atterrissage du Rafale Marine, ce trimaran plus large que long, 24 mètres, soit 78 pieds entre les 2 flotteurs et 18,3 mètres, soit 60 pieds, pour la longueur, sa conception sans compromis et radicale fait de lui un pionnier, un mythe qui continue de faire rêver sur cette Planète Bleue.
La recherche d'accastillage avance, où chaque winch et chaque poulie trouvés est comme un trophée, la pose de capteurs est étudiée et la recherche de la grand-voile de 189 m² reste un défi en ce début d'été 2026.
Dans ce bureau d'étude au cœur du chantier, on écrit au feutre la liste de ce qu'il reste à faire sur ce tableau blanc. En face une photo encadrée de Gabriel Terrasse et Chris Welsh qui posent sur la coque centrale de L'Hydroptère. Le début de cette histoire qui tragiquement sera marqué par le décès au début de l'aventure de ce compagnon américain, navigateur, aventurier et explorateur de fond sous-marin avec Richard Branson.
Le blanc est la couleur du possible. On souhaite le meilleur à L'Hydroptère, dans sa vie 2.0 qui désormais, d'un blanc immaculé, est une magnifique page blanche où tout reste à écrire.
« Photographier, c'est mettre sur la même ligne de mire, la tête, l'œil et le cœur », l'horizon que vise L'Hydroptère semble bien proche de celui de la légende Henri Cartier-Bresson.
L'Hydroptère réussit à franchir la barre mythique des 50 nœuds (soit 93 km/h) et une pointe à 55,5 nœuds (environ 103 km/h) l'équivalent du mur du son dans l'aéronautique, le trimaran volant le plus rapide au monde est désormais une légende.
L'origine du mot Hydroptère est grecque, « hydros » pour eau et « pterion » pour aile, la suite est une tragédie, grecque elle aussi. Loin du pays d'Homère et de son Odyssée, celle de L'Hydroptère est un Los Angeles-Honolulu. Cette tentative de record sonnera le glas de cette épopée, faute de sponsors et de financement, L'Hydroptère sera abandonné en 2015 à Hawaï dans le port de Kechi à côté de l'aéroport d'Honolulu.

Ce trimaran volant d'exception
Skippé par les noms prestigieux de la voile, d'Éric Tabarly à Michel Desjoyeaux en passant par Jean Le Cam et Yves Parlier, le trimaran tombe dans l'oubli ; après avoir également eu le privilège de voir s'envoler Loïck Hamilton dans son sillage, ce surfeur de légende. Cet hawaïen casse-cou à la mâchoire carrée, aux abdominaux d'acier et aux cheveux peroxydés par le soleil qui a lui aussi révolutionné son sport en faisant décoller sa planche à foil sur les vagues mythiques dans les années 2000. L'Hydroptère semble loin de cette époque-là.

Laissé à l'abandon depuis près de 5 ans
Dépouillé de son intérieur et de ses parures (accastillage, hydraulique, électronique), L'Hydroptère ne s'envole plus. Son avenir a désormais un prix : 8 000 $ ; ce n'est pas un prix d'interprétation mais celui pour éviter qu'il ne ressemble par la suite à un César.
Au Waikiki Yacht Club, deux hommes se rencontrent et s'associent avant la mise aux enchères : Chris Welsh et Gabriel Terrasse deviennent les nouveaux propriétaires de L'Hydroptère pour la somme de 8 500 $ le 28 juin 2019 à 9 h 30.

Direction San Francisco, avant la côte Est
C'est dans un chantier naval adossé à la baie appartenant à Chris Welsh, The Sugar Dock, dans le Richmond où va s'écrire la suite de l'histoire de L'Hydroptère après 15 jours de traversée depuis Hawaï. Courant 2020, il est entièrement démonté, le confinement et l'épisode du Covid se passeront pour Gabriel sur le chantier naval de San Francisco. Jusqu'à la barre d'écoute de 7 mètres de large qui sera également enlevée pour éviter les 125 000 $ de frais pour effectuer ce convoi exceptionnel à travers les USA.

La coque et le mât xSeront l'ultime étape du rapatriement, départ de San Francisco par la route pour la côte est, direction la ville de Mobile en Alabama. Du Golfe de la Californie au Golfe du Mexique, c'est déjà un petit goût de la France puisque Mobile a été fondée en 1702 par le Français Jean-Baptiste Le Moyne, après plus d'une traversée, un nouveau chapitre commence à s'écrire.
En 2023, après une odyssée de 3 ans et demi et 16 000 km, L'Hydroptère retourne sur sa terre natale en plusieurs traversées à bord notamment d'un navire Airbus « Ville de Bordeaux ». Une légende des mers est de retour, éparpillée façon puzzle.

Un cocktail de matériaux
Carbone, Kevlar, titane et aluminium, ce cocktail digne des « Fantastiques » se trouve dans ce hangar situé dans le Bas-Chantenay, une zone industrielle portuaire de Nantes, les silos à grains culminent à 40 mètres et au loin le Pont de Cheviré enjambe la Loire, ce fleuve indomptable.
En 2024, l'équipe remonte L'Hydroptère.CH, ce petit frère de L'Hydroptère capable de naviguer à 2,7 fois la vitesse du vent et qui détient tous les records de vitesse du Lac Léman en Suisse (ruban bleu, km et heure). Ce jalon d'essai est l'occasion de faire des campagnes d'essais en mer au Croisic sur la côte Atlantique, sur le .CH skippé par Niels Boucard afin de tester des systèmes de monitoring structurel par fibre optique pour Naval Group, leader européen du naval de défense.

Une parenthèse avant de se lancer ensuite à la rénovation de L'Hydroptère, le début d'une très belle aventure humaine. Gabriel Terrasse est un passionné. La devise de Thomas Dobrée inscrite en breton sur son palais, un édifice néo-médiéval situé au cœur de Nantes à quelques kilomètres à vol d'oiseau de L'Hydroptère, pourrait être sienne : « An hini a varaok'hantañ zoit. » "L'inconnu me dévore". Mais aussi se dire que les mots du Petit Prince ont très certainement trouvé écho pour ce rêveur, lyonnais d'origine comme Saint-Exupéry.

L'Hydroptère est une pièce d'orfèvrerie, de la haute-couture dans le monde de la voile, l'improvisation est impossible et le savoir-faire obligatoire.
La main d'Éric Rambaud caresse le carbone sur l'ancienne cicatrice ouverte du mât de L'Hydroptère, la fin d'un chantier complexe pour cette surprise qui n'était pas programmée. 28 mètres de haut mais pour l'instant de long, ce mât désormais à l'horizontal a souffert lors du voyage depuis les USA, le diagnostic est sans appel avec deux fissures : une de 2 mètres de long sur l'avant (le bord d'attaque) et une sur l'arrière du mât (bord de fuite) qui fait environ 80 cm de long.

Pour vérifier l'étendue des fissures du mât, un contrôle non destructif par ultrasons est effectué, ce travail permet ensuite de poncer les plis de carbone abîmés (délaminages) avant de réparer la zone endommagée en ajoutant des couches de carbone comme une rustine.
Une lumière surgit de l'intérieur de ce mât couché au-dessus du sol, Loïc Mazas rampe sur pratiquement 28 mètres dans des conditions où la claustrophobie n'est pas de mise. L'opération se répétera plusieurs fois notamment pour mettre de la résine et combler l'espace de la fissure. On retrouve autour de ce mât blessé ces deux silhouettes, échangeant par la parole et le geste, l'expertise est autant cérébrale que manuelle.

Éric Rambaud est le directeur technique de L'Hydroptère, son savoir-faire, sa passion est une pièce maîtresse dans la restauration de ce mythique trimaran volant. Après avoir travaillé chez Airbus pendant 30 ans jusqu'à devenir directeur technique de son Technocentre, ce passionné à l'œil alerte est toujours enclin à partager ses connaissances avec simplicité et gentillesse.
À côté de lui, Loïc Mazas, cet intrépide ingénieur, responsable Recherche et Développement de L'Hydroptère qui, digne d'un roman de Jules Verne, explore l'intérieur du mât comme celui d'un nouveau monde.

De cette équipe qui travaille sur la structure, il ne faut surtout pas oublier Eamonn Orpen, ce spécialiste d'assemblage aéronautique aux racines gallo-irlandaises qui ne ménage pas ses efforts et connaissances pour faire avancer la rénovation de L'Hydroptère avec une bonne humeur bienveillante.

« Quand j'ai vu l'engin, je me suis dit : C'est un avion ! Il faut le traiter comme un avion. Sinon il cassera… » Maurice Pat, ingénieur aéronautique au bureau d'études de l'Aérospatiale de Toulouse.
« Quand j'ai su que L'Hydroptère allait être détruit si personne intervenait, j'ai tout plaqué » Gabriel Terrasse, CEO Hydroptère 2.0.
Regréer la barre d'écoute, est le premier gros succès de la rénovation, cette pièce maîtresse scannée en 3D est réintégrée à la coque centrale par Corentin Romé en stage de fin d'études d'ingénieur sous le regard d'Éric Rambaud. « L'Hydroptère n'est pas un bateau de course, c'est un bateau expérimental dédié à la vitesse » dit Gabriel Terrasse, ce trimaran dont la conception résulte d'un consortium d'entreprises tel que Dassault Aviation, DCN (Naval Group aujourd'hui), le cabinet VPLP et Airbus.

On retrouve ce lien avec l'aéronautique dans les créateurs qui sont directement inspirés du train avant du Rafale Marine et qui sont conçus spécifiquement pour L'Hydroptère par André Soumat et Philippe Perrier, ingénieurs chez Dassault Aviation. Ils assurent un maintien optimal du bras de liaison et des foils latéraux à 45 degrés.
Situés à la jonction entre les bras de liaison et les foils, ils absorbent des charges extrêmes de 60 tonnes. Ils fonctionnent comme des amortisseurs alimentés par 4 bonbonnes d'azote à 180 bars de pression.

Tout au long de ce chantier de rénovation hors norme, on retrouve des spécialistes avec un point en commun, une passion et une fascination pour cet Hydroptère, celui qui s'élève à 5 mètres au-dessus de la mer et dont l'accélération est plus puissante qu'un hors-bord avec 2 moteurs de 250 CV.
L'équipe de LISI Aerospace, présente ce 5 novembre 2025, ne déroge pas à la règle. Cette entreprise française numéro 2 de la fixation aéronautique mondiale est venue avec Optibind la fixation du futur, fruit de 15 ans de recherches et développement. Ces rivets aveugles qui se retrouveront sur les prochains modèles d'Airbus sont en avant-première sur L'Hydroptère.
Une tente gonflable bleue s'est élevée au cœur de ce hangar durant le début de l'été 2026. Après le ponçage, place à la peinture avec Lackmann, ce peintre virtuose de chez Asus yant les anciens militaires sur la commune avec de très grandes cours.

Maël Guégan ne dira pas le contraire, celui qui a fait ses armes sur un chantier près de La Baule donne de sa personne sous ce soleil et la poussière qui recouvre son visage témoigne de ce travail éprouvant, effaçant avec efficacité les stigmates du passé. Il est parfois difficile de voir tout le travail réalisé quand celui-ci est fini.
Comment décrire les 13 mois passés sur les deux bras de liaison dont la corrosion des écrous acier d'origine a nécessité un remplacement global de la visserie ? Comment parler de tous ces défis surmontés par ces passionnés, du temps d'expertise par ultrasons, par shearographie, de la complexité du carbone, de cette ferrure usinée en titane, du sablage du skeg du safran foil arrière, du mille-feuilles en carbone pour la réparation du mât ? Comment décrire le projet de plusieurs spécialistes de chez Airbus avec des valises connectées à des tapis chauffants dignes d'un James Bond ?
Un béotien seulement aurait l'outrecuidance nier le travail effectué pour faire revoler cet Hydroptère, qui a nécessité au moins les 12 travaux même si Diodore de Sicile n'est plus là pour l'écrire.

Ce bateau de légende, qui a traversé la Manche en 34 minutes et 24 secondes, plus vite que Louis Blériot aux commandes de son avion monoplan léger, le Blériot XI, est le mariage réussi entre la voile et l'aéronautique.
Tout semble l'indiquer : des bras de liaison dérivés des poutres ventrales d'Airbus A340, des foils latéraux inspirés des dérives du Mirage 2000, des écréteurs dérivés des trains d'atterrissage du Rafale Marine, ce trimaran plus large que long, 24 mètres, soit 78 pieds entre les 2 flotteurs et 18,3 mètres, soit 60 pieds, pour la longueur, sa conception sans compromis et radicale fait de lui un pionnier, un mythe qui continue de faire rêver sur cette Planète Bleue.
La recherche d'accastillage avance, où chaque winch et chaque poulie trouvés est comme un trophée, la pose de capteurs est étudiée et la recherche de la grand-voile de 189 m² reste un défi en ce début d'été 2026.
Dans ce bureau d'étude au cœur du chantier, on écrit au feutre la liste de ce qu'il reste à faire sur ce tableau blanc. En face une photo encadrée de Gabriel Terrasse et Chris Welsh qui posent sur la coque centrale de L'Hydroptère. Le début de cette histoire qui tragiquement sera marqué par le décès au début de l'aventure de ce compagnon américain, navigateur, aventurier et explorateur de fond sous-marin avec Richard Branson.

Le blanc est la couleur du possible. On souhaite le meilleur à L'Hydroptère, dans sa vie 2.0 qui désormais, d'un blanc immaculé, est une magnifique page blanche où tout reste à écrire.
« Photographier, c'est mettre sur la même ligne de mire, la tête, l'œil et le cœur », l'horizon que vise L'Hydroptère semble bien proche de celui de la légende Henri Cartier-Bresson.

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