Rencontre d'un bateau de rescapés. Comment réagir pour les sauver sans risque ?

Jason deCaires Taylor, Raft of the Lampedusa, Lanzarote, 2016. © boatshopping

Bien que nous soyons en hiver au moment de l'écriture de cet article, les traversées de rescapés qui fuient les zones de guerre ou de pauvreté ne cessent pas. Les potentialités de rencontrer, que de soit en Manche ou en Méditerranée, des embarcations chargées de ces humains sont de plus en plus nombreuses. Comment réagir face à une situation semblable ?

"Tout capitaine est tenu, autant qu'il peut le faire sans danger sérieux pour son navire, son équipage, ses passagers, de prêter assistance à toute personne, même ennemie, trouvée en mer en danger de se perdre."

Convention de Bruxelles, 1910. Article 11.

Le capitaine, c'est vous. La responsabilité de fournir cette assistance à toute personne est en conséquence la vôtre. La nôtre.

Une absence de réponse surprenante de la part des institutions

C'est avec ces principes en tête que nous avons tenté de prendre des recommandations de la part des acteurs dominants dans la gestion de ces événements que sont les organisations non gouvernementales. D'absence de réponse en absence de réponse, même la plus concernée et la plus communicante en l'objet SOS Méditerranée ne peut donner suite à notre demande de conseils.

Absence de réponse claire de la part des institutions
Absence de réponse claire de la part des institutions

Nous ne prenons, habituellement, aucun parti politique. Sauf qu'en l'occurrence, le silence des institutions est assourdissant. Les querelles de chapelle, de subvention ou de dons, ont-elles eu raison des comportements humains ?

Quoi qu'il en soit, à l'instar du film Styx, la possibilité de vous retrouver confronté à un bateau chargé de ces personnes qui fuient leur région est réelle. Dans ce cas, il est courant que vous soyez en face d'un bateau surchargé. Ce bateau sera rempli de personnes malades, en santé précaire et en danger, immédiat, de mort.

Le devoir d'alerter

Vous ne pouvez pas, et surtout vous ne devez pas ne rien faire. Quelle que soit la zone où vous vous trouvez, votre obligation est d'alerter les secours. Les CROSS en premier lieu. Avec tous les moyens dont vous disposez, informez de la situation les autorités organisatrices du sauvetage. En restant sur zone, vous servirez aussi à localiser avec certitude et précision le sinistre.

Vous n'êtes ni un juge, ni un avocat, en alertant les autorités vous ne faites qu'appliquer le devoir international défini par le droit de préserver la vie en mer. Vous avez accepté, en devenant plaisancier, ce droit et cette responsabilité. Point.

Une alerte précise

A priori, lorsque vous aurez alerté, il faudra localiser de manière fiable le bateau en question, pour vous assurer que les secours envoyés pourront intervenir. De la même manière que vous le feriez pour n'importe quel autre bâtiment, relevez-le et indiquez-en la position par rapport à vous. Indiquez sa route et son cap. À la jumelle, tentez de compter le nombre de personnes à bord, car les moyens déployés seront divers selon qu'il y ait 5, 50 ou 500 personnes à sauver.

C'est un outil que vous mettez en place, permettant aux personnes compétentes d'agir.

Ce faisant, vous sauvegardez des vies, vous ne dénoncez personne.

La responsabilité de choisir comment intervenir

Les autorités, CROSS ou MRCC ne vous transmettront pas ordre, mais des conseils. Elles vous indiqueront un panel de possibles. Elles vous communiqueront éventuellement les meilleures alternatives, pour éviter les plus mauvaises. Mais, dans tous les cas, en tant que capitaine maître à bord, vous êtes responsable de vos actes et de leurs conséquences.

Qui devrions nous sauver ?
Qui devrions-nous sauver ?

Le dilemme reste déchirant néanmoins. D'un côté, nous aimerions sauver l'ensemble des personnes à bord de ces bateaux. D'un autre côté, le droit nous impose de ne le faire que si nous restons en sécurité.

Cependant, le droit ne nous impose pas de morale.

Les Femmes et les Enfants d'abord

Ne vous approchez pas de façon déraisonnable du bateau en question. Vous pourriez susciter un espoir et inciter certains malheureux à se jeter à la mer pour tenter de vous rejoindre. Si votre bateau n'est pas dimensionné pour transporter le nombre de personnes en perdition, le risque est indéniable que vous deviez, au moment de les sauver, procéder à des choix dramatiques.

Autrement dit, si certains désespérés sautent à l'eau pour rejoindre votre bateau, vous pourriez avoir à faire le choix de qui sauver...

De même, vous n'avez à priori pas les compétences ni l'équipage adéquat pour venir en aide, dans des conditions sanitaires satisfaisantes, à des personnes qui auraient souffert. Ne vous improvisez pas secouriste ni sauveteur, vous pourriez faire beaucoup plus de mal que de bien.

Ne partez pas, ne les abandonnez pas

Restez sur zone aussi longtemps que vous n'avez pas un visuel sur une opération de transport des réfugiés depuis leur embarcation vers un navire plus fiable. Photographiez ce que vous voyez, l'immatriculation de ce navire, son nom… Tout ce qui pourrait permettre d'informer de ce qu'il se passe.

Au retour, parlez

Revenu à terre, parlez. Expliquez ce que vous avez vu, ce que vous avez vécu et la façon dont vous l'avez vécu. Cette rencontre n'est pas anodine. Sans doute ne reverrez-vous une seule des personnes que vous avez contribué à sauver. Vous ne saurez sans doute pas si vous en avez sauvé une, dix ou cinq-cents...

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