Rénovation d'un Figaro 5 - Bilan humain, technique et financier

Une fois à l'eau, les sorties balayent vite les heures de ponçage © Olivier Chauvin

Le bateau terminé, sa mise au point validée, les sorties agréables finissent par balayer les heures de ponçage. Ce n'est pas une raison pour négliger l'étape du bilan, ni pour éluder la seule question qui vaille : "Est-ce bien raisonnable ?" Bilan de la restauration de Kirikou, un Figaro 5 en contreplaqué.

"J'avais pourtant juré qu'on ne m'y reprendrait plus !" Voilà ce que j'ai souvent marmonné dans mon masque à poussière, les lunettes embuées et les bras endoloris par les longues heures de ponçage. Mais l'homme est faible et sa volonté vacille devant les courbes avenantes qu'il devine sous la peinture écaillée d'une coque négligée. Une forme de perversion qui pousse à sacrifier temps, argent et énergie pour les vouer à la remise en état d'un vieux bateau. Une pathologie que l'on pourrait résumer par : "Cette coque est trop vilaine, il me la faut !" Pourtant, je n'en suis pas à mon coup d'essai ! J'ai au moins 4 rénovations à mon actif et je devrais en mesurer les contraintes... La dernière en date avait été celle d'un bateau fluvial de 30 pieds qui a mobilisé de nombreux mois d'efforts, vite oubliés tant est grand le plaisir de partager de bons moments à bord d'un bateau à son goût et que l'on connait dans les moindres détails.

La rénovation : c'est raisonnable dans de bonnes conditions

Au ponton, Kirikou attire désormais les curiosités
Au ponton, Kirikou attire désormais les curiosités

La question se pose bien sûr, de savoir s'il est raisonnable de se lancer dans une rénovation aussi profonde, d'engager autant de temps, d'argent et surtout d'efforts pour un bateau aussi âgé et qui plus est, construit par un amateur. La réponse n'apparait qu'à postériori et dans mon cas elle est nettement positive. Je dois avouer que ma qualité de professionnel du nautisme et du bois font que je ne m'engageais pas totalement à l'aveugle. En outre, j'ai pu disposer, tout au long de cette restauration, de l'aide technique et des infrastructures d'un chantier : atelier couvert, cabine de peinture, outillage professionnel, moyens de manutentions... qui m'ont permis de gagner un temps précieux et de travailler dans les meilleures conditions possibles.

Il est important de préserver son capital enthousiasme !

Le bateau n'a plus rien à voir avec la semi-épave des débuts
Le bateau n'a plus rien à voir avec la semi-épave des débuts

A qui voudrait se lancer dans l'aventure, je recommanderais de partir d'une base la plus saine possible, c'est-à-dire qui n'a pas été bricolée de façon irréversible. Il est en effet assez facile de remettre en état ce qui est d'origine, mais beaucoup moins de pallier aux erreurs des précédents propriétaires. Le choix de la base est bien sûr important ! On ne négligera surtout pas la somme de travail nécessaire, même pour un petit bateau. Un excès de confiance risque de mener rapidement au découragement. Pour lutter contre les inévitables pertes de motivation, la meilleure arme reste de se faire plaisir, même si la logique technique voudrait que l'on finisse d'un côté avant d'attaquer autre chose. En faisant par exemple les vernis des pièces amovibles alors que la coque est encore en ponçage, on s'offre un regain d'enthousiasme, denrée qu'il est important de préserver tout au long du chantier. Pour travailler confortablement, on veillera à disposer d'un local en accord avec l'ampleur du chantier et de s'équiper d'un outillage de qualité (quitte à le revendre une fois les travaux terminés). N'oubliez pas que les poussières de ponçage et les produits employés sont toxiques, aussi il ne faudra pas lésiner sur l'équipement de protection individuel.

Les bons conseils sur les bons produits

Le dessin reste actuel malgré ses près de 50 ans
Le dessin reste actuel malgré ses près de 50 ans

Depuis près de 50 ans, les techniques et les produits ont évolué. L'époxy en particulier permet des réparations extrêmement solides pour autant qu'elles soient effectuées sur une base saine. Ainsi, la technique des joint-congés a rendu l'assemblage du fond de cockpit autrement plus fiable et durablement étanche qu'à l'origine. C'est surtout à cet égard que l'expérience du chantier m'a été précieuse : j'ai pu bénéficier de conseils avisés et choisir sans hésitation les produits adaptés et à la mise en œuvre à la portée d'un amateur.

Une belle manière de mieux connaître son bateau

Après des travaux étalés sur 3 ans, il ne nous reste que des qualités à découvrir
Après des travaux étalés sur 3 ans, il ne nous reste que des qualités à découvrir

Si l'on exclut le temps passé, il est difficile de parler du coût d'une telle remise en état, surtout dans le cas présent où j'ai pu bénéficier de matériel d'occasion, de produits à prix préférentiel et disposer de tout l'outillage nécessaire. Sachez seulement que Kirikou est désormais assuré pour 8 fois son prix d'achat. Bien plus important, je connais désormais parfaitement le bateau : si nous formons encore un jeune couple en matière de navigation, notre liaison dure depuis maintenant plus de 3 ans, une période probatoire, passée à traquer chacune de ses faiblesses, ce qui fait qu'il ne me reste plus que des qualités à découvrir !

Alors oui, sans hésitation, le bilan est positif !
Alors oui, sans hésitation, le bilan est positif !

Estimation du temps de restauration 

  • Démontage : 15 h
  • Décapage : 70 h
  • Ponçage : 50 h
  • Menuiserie : 80 h
  • Enduits et préparation : 50 h
  • Masquage et peinture : 45 h
  • Accastillage et équipement : 60 h

Soit 370 heures de travail

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Figaro 5 La fiche technique
2.22 mLargeur - Bau
0.30 mTirant d'eau mini
450 kgDéplacement lège
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