26 ans après sa dernière campagne, l'Australie revient dans l'America's Cup. Derrière ce retour, plusieurs figures majeures du foiling et de la SailGP se retrouvent autour d'un projet national. Et dans une Coupe désormais verrouillée par les budgets, les plateformes existantes et les données, ce défi australien arrive avec quelques cartes déjà bien identifiées.
L'Australie sera bien au départ de la 38e America's Cup. Une annonce attendue depuis plusieurs mois dans le petit monde des AC75, officialisée à quelques jours de la première pré-régate. Team Australia devient le sixième challenger face à Emirates Team New Zealand, aux côtés des équipes britannique, italienne, suisse, française et américaine. Ce retour marque surtout la fin d'une absence de vingt-six ans dans la plus ancienne compétition sportive internationale encore disputée.
Un retour porté par les grandes figures du foiling
Le premier enjeu concerne naturellement l'équipe sportive. Car l'Australie ne revient pas avec un projet de découverte. Elle aligne immédiatement des profils qui connaissent déjà les AC75, le SailGP et les systèmes de vol à haute vitesse.
Tom Slingsby prend la direction de l'équipe de voile. Champion olympique en Laser à Weymouth en 2012, vainqueur de l'America's Cup avec Oracle en 2013, il domine aussi la SailGP depuis plusieurs saisons avec les Flying Roos. Son expérience du pilotage sous foil dans des configurations extrêmes constitue un atout évident dans une Coupe où les écarts se jouent souvent sur quelques secondes de ...
... stabilité en vol.
À ses côtés, Glenn Ashby supervise la performance et le design. Le marin australien connaît parfaitement les architectures à foils complexes. Longtemps associé à Team New Zealand, il a participé au développement des générations modernes de catamarans puis des AC75. Son arrivée confirme une orientation technique très claire : Team Australia veut capitaliser sur des compétences immédiatement opérationnelles, sans phase d'apprentissage.
Impossible d'aborder ce retour sans revenir à 1983. Cette année-là, Australia II met fin à 132 ans de domination américaine en battant Liberty de Dennis Conner. Dans l'histoire de la Coupe, ce succès reste l'un des plus importants basculements sportifs et technologiques.
Le bateau australien avait notamment marqué les esprits avec sa quille à ailettes, longtemps dissimulée avant la compétition. Mais au-delà de l'innovation technique, cette victoire avait transformé la place de l'Australie dans la voile internationale.
Grant Simmer, aujourd'hui CEO de Team Australia, faisait déjà partie de l'équipage d'Australia II. Depuis, il a traversé treize éditions de l'America's Cup, notamment avec Alinghi lors des succès suisses de 2003 et 2007. Son retour dans une campagne australienne donne une continuité historique au projet.
Et cette mémoire compte encore. Dans l'America's Cup, les campagnes nationales reposent souvent sur un récit collectif autant que sur la technique. Les Néo-Zélandais cultivent leur culture du design. Les Italiens jouent la carte de la continuité avec Luna Rossa. Les Britanniques misent sur leur héritage historique. L'Australie, elle, revient avec le souvenir du plus grand renversement de la Coupe moderne.
Le règlement de cette 38e édition impose un cadre particulier : aucune nouvelle construction d'AC75 n'est autorisée. Les équipes doivent transformer ou réutiliser des plateformes existantes.
Selon plusieurs médias spécialisés, Team Australia aurait récupéré Te Rehutai, le bateau néo-zélandais victorieux en 2021, ensuite utilisé comme plateforme d'essais à Barcelone en 2024. Mais partir d'un ancien bateau performant ne garantit donc pas automatiquement la compétitivité.
La question centrale sera alors la capacité australienne à adapter cette base technique aux nouvelles conditions de jauge et aux profils de navigation attendus pour la prochaine Coupe.
Autre problématique importante, Team Australia ne veut pas seulement participer à une édition. Le projet cherche à reconstruire une présence durable dans l'America's Cup.Le soutien de John Winning Jr., déjà impliqué dans les campagnes australiennes Youth et Women's America's Cup en 2024, va dans ce sens. L'objectif affiché consiste à recréer une filière nationale mêlant navigateurs, ingénieurs, designers et spécialistes du composite.
Depuis deux décennies, de nombreux talents australiens travaillaient dispersés dans différentes équipes étrangères. Glenn Ashby chez Team New Zealand, Jimmy Spithill longtemps chez Oracle puis Luna Rossa, ou encore plusieurs architectes présents dans les bureaux d'études européens.
L'arrivée de Team Australia modifie aussi l'équilibre politique de l'America's Cup. Avec six challengers officiels, la compétition retrouve une densité rarement observée depuis plusieurs cycles. Et ce retour australien intervient dans un contexte particulier. Les équipes cherchent désormais des modèles économiques plus stables. Les coûts des campagnes AC75 restent extrêmement élevés, malgré les limitations techniques imposées par la jauge.
Le nouveau partenariat ACP, dans lequel Team Australia disposera d'un siège, illustre cette volonté de mieux structurer la gouvernance de la compétition. Emirates Team New Zealand conserve une position centrale, mais les challengers cherchent progressivement à peser davantage dans les décisions sportives et commerciales.
Dans ce paysage, l'Australie apporte un profil intéressant. Le pays possède une culture maritime forte, un bassin de navigateurs de haut niveau et une visibilité déjà importante grâce à la SailGP. Reste désormais à savoir si cette nouvelle campagne pourra retrouver l'impact sportif du défi lancé par Australia II il y a plus de quarante ans.
À ses côtés, Glenn Ashby supervise la performance et le design. Le marin australien connaît parfaitement les architectures à foils complexes. Longtemps associé à Team New Zealand, il a participé au développement des générations modernes de catamarans puis des AC75. Son arrivée confirme une orientation technique très claire : Team Australia veut capitaliser sur des compétences immédiatement opérationnelles, sans phase d'apprentissage.
L'héritage de 1983 reste un marqueur fort de la voile australienne
Impossible d'aborder ce retour sans revenir à 1983. Cette année-là, Australia II met fin à 132 ans de domination américaine en battant Liberty de Dennis Conner. Dans l'histoire de la Coupe, ce succès reste l'un des plus importants basculements sportifs et technologiques.
Le bateau australien avait notamment marqué les esprits avec sa quille à ailettes, longtemps dissimulée avant la compétition. Mais au-delà de l'innovation technique, cette victoire avait transformé la place de l'Australie dans la voile internationale.
Grant Simmer, aujourd'hui CEO de Team Australia, faisait déjà partie de l'équipage d'Australia II. Depuis, il a traversé treize éditions de l'America's Cup, notamment avec Alinghi lors des succès suisses de 2003 et 2007. Son retour dans une campagne australienne donne une continuité historique au projet.
Et cette mémoire compte encore. Dans l'America's Cup, les campagnes nationales reposent souvent sur un récit collectif autant que sur la technique. Les Néo-Zélandais cultivent leur culture du design. Les Italiens jouent la carte de la continuité avec Luna Rossa. Les Britanniques misent sur leur héritage historique. L'Australie, elle, revient avec le souvenir du plus grand renversement de la Coupe moderne.
La limitation des nouvelles constructions redistribue les cartes
Le règlement de cette 38e édition impose un cadre particulier : aucune nouvelle construction d'AC75 n'est autorisée. Les équipes doivent transformer ou réutiliser des plateformes existantes.
Selon plusieurs médias spécialisés, Team Australia aurait récupéré Te Rehutai, le bateau néo-zélandais victorieux en 2021, ensuite utilisé comme plateforme d'essais à Barcelone en 2024. Mais partir d'un ancien bateau performant ne garantit donc pas automatiquement la compétitivité.
La question centrale sera alors la capacité australienne à adapter cette base technique aux nouvelles conditions de jauge et aux profils de navigation attendus pour la prochaine Coupe.
Une campagne pensée comme une filière nationale
Autre problématique importante, Team Australia ne veut pas seulement participer à une édition. Le projet cherche à reconstruire une présence durable dans l'America's Cup.Le soutien de John Winning Jr., déjà impliqué dans les campagnes australiennes Youth et Women's America's Cup en 2024, va dans ce sens. L'objectif affiché consiste à recréer une filière nationale mêlant navigateurs, ingénieurs, designers et spécialistes du composite.
Depuis deux décennies, de nombreux talents australiens travaillaient dispersés dans différentes équipes étrangères. Glenn Ashby chez Team New Zealand, Jimmy Spithill longtemps chez Oracle puis Luna Rossa, ou encore plusieurs architectes présents dans les bureaux d'études européens.
La Coupe entre dans une nouvelle phase
L'arrivée de Team Australia modifie aussi l'équilibre politique de l'America's Cup. Avec six challengers officiels, la compétition retrouve une densité rarement observée depuis plusieurs cycles. Et ce retour australien intervient dans un contexte particulier. Les équipes cherchent désormais des modèles économiques plus stables. Les coûts des campagnes AC75 restent extrêmement élevés, malgré les limitations techniques imposées par la jauge.
Le nouveau partenariat ACP, dans lequel Team Australia disposera d'un siège, illustre cette volonté de mieux structurer la gouvernance de la compétition. Emirates Team New Zealand conserve une position centrale, mais les challengers cherchent progressivement à peser davantage dans les décisions sportives et commerciales.
Dans ce paysage, l'Australie apporte un profil intéressant. Le pays possède une culture maritime forte, un bassin de navigateurs de haut niveau et une visibilité déjà importante grâce à la SailGP. Reste désormais à savoir si cette nouvelle campagne pourra retrouver l'impact sportif du défi lancé par Australia II il y a plus de quarante ans.