Des faux journaux de bord de Donald Crowhurst au téléphone caché de Benoît Tuduri, la course à la voile n'a pas échappé à la triche. Ballasts clandestins, bateaux modifiés, données météo interdites… Retour sur quelques-unes des fraudes les plus marquantes de l'histoire de la compétition.
C'est sans doute la tricherie la plus célèbre de l'histoire de la course au large. Engagé dans le Golden Globe 1968-1969 avec Teignmouth Electron, Donald Crowhurst comprend rapidement qu'il ne pourra pas affronter les mers du Sud. Plutôt que d'abandonner, il reste dans l'Atlantique tout en transmettant de fausses positions.
Le mensonge d'un homme en détresse lors du Golden Globe Challenge 1968
Le navigateur britannique fabrique alors un journal de bord correspondant à un tour du monde fictif, tout en conservant les traces de sa navigation réelle. La supercherie sera découverte après sa disparition en mer, grâce aux documents retrouvés à bord. Son trimaran sera retrouvé par un cargo, à la dérive dans l'Atlantique Sud.Livré à la folie, tout laisse à penser qu'il a fini par se jeter à la mer.
Le Southern Ocean Racing Circuit 1981 est marqué par une importante affaire de jauge. Plusieurs bateaux présentent des différences entre leurs certificats et leur configuration réelle.
Louisiana Crude ,dont le certificat de jauge ne correspondait pas à la réalité
Vainqueur de l'épreuve, Louisiana Crude est finalement exclu du classement après remesurage. Acadia et Williwaw sont également sanctionnés et écartés de la sélection américaine pour l'Admiral's Cup. Si les irrégularités techniques sont établies, les responsabilités individuelles sont en revanche plus délicates à déterminer.
I-Punkt et ses poches d'eau clandestines
L'affaire I-Punkt est beaucoup moins connue du grand public, mais particulièrement spectaculaire. Le voilier utilisait un système permettant de pomper de l'eau de mer dans des conteneurs souples pouvant être déplacés au vent.
Le Judel/Vrolijk 42 I-Punkt, utilisait des ballasts interdits
Le bateau disposait ainsi d'un ballast supplémentaire de plusieurs centaines de kilos. L'eau pouvait ensuite être évacuée et les poches ...
... supprimées avant les contrôles. Des témoignages d'équipiers permettent finalement de révéler le système. I-Punkt est disqualifié et des sanctions personnelles sont prononcées.
À l'approche de l'America's Cup 2003, OneWorld Challenge se retrouve au cœur d'une affaire d'espionnage technique. Un designer passé de Team New Zealand à l'équipe américaine avait emporté avec lui des informations confidentielles appartenant à son ancien employeur.
L'affaire aboutit à une sanction sportive contre OneWorld, qui écope notamment d'un point de pénalité pendant la Louis Vuitton Cup. Une forme de triche très différente, où l'avantage recherché ne se trouve plus directement à bord du bateau, mais dans les bureaux d'études.
C'est l'une des plus importantes affaires de triche de l'histoire récente de l'America's Cup. Des AC45 d'Oracle Team USA avaient été modifiés illégalement, notamment par l'ajout de poids dans leur structure et une répartition des masses non conforme à la règle de classe.
Oracle retire rétroactivement ses résultats des régates concernées. Plusieurs membres de l'équipe sont sanctionnés, l'équipe reçoit une lourde amende et débute l'America's Cup 2013 avec une pénalité sportive.
L'enquête permet également d'établir certaines responsabilités individuelles. En revanche, aucune implication personnelle de Jimmy Spithill, Ben Ainslie ou Russell Coutts dans les modifications n'est démontrée.
Lors du championnat d'Europe ORC 2016, le NM38S italien Scugnizza-Total Lubmarine remporte initialement sa catégorie. Mais son comportement sur l'eau intrigue : l'assiette observée du bateau semble différente de celle correspondant aux paramètres ayant servi à établir son rating.
L'enquête conclut que plusieurs règles de jauge ont été violées délibérément. Scugnizza est disqualifié de toutes les manches et perd son titre européen. Le jury retient également la notion de gross misconduct, autrement dit une faute grave.
À l'occasion du championnat du monde J/70 2017 à Porto Cervo, les contrôles de jauge révèlent que les quilles de plusieurs bateaux ont été substantiellement modifiées par rapport à leur forme d'origine.
Six voiliers sont empêchés de participer au championnat. La classe J/70 prononce ensuite plusieurs suspensions après avoir retenu des violations intentionnelles des règles de classe ou des comportements antisportifs.
L'affaire rappelle que même dans une série monotype, où les bateaux sont théoriquement identiques, quelques modifications peuvent suffire à rechercher un avantage.
Double médaillé olympique, l'Espagnol Iker Martínez est impliqué dans une importante affaire lors des Mondiaux 2018. Le système de positionnement d'un foil de son Nacra 17 avait été modifié.
Les trous d'origine avaient été rebouchés et de nouveaux percés quelques millimètres plus loin, avant que l'intervention ne soit dissimulée. Le jury conclut que Martínez a délibérément modifié son bateau et caché cette modification.
L'affaire s'aggrave encore lorsque le jury estime que le navigateur n'a pas dit la vérité pendant l'enquête. Il est exclu du site du championnat et son dossier est transmis à World Sailing.
Lors de la Golden Globe Race 2018, Philippe Péché utilise son téléphone satellite, dont l'emploi est strictement encadré par le règlement de cette course volontairement organisée avec des moyens de communication très limités.
L'examen des relevés révèle de nombreux appels et SMS entrants ou sortants. L'organisation constate une violation du règlement. L'affaire est toutefois différente d'une modification clandestine du bateau : l'existence de communications interdites est établie, mais l'avantage sportif directement obtenu est plus difficile à mesurer.
Toujours pendant la Golden Globe Race 2018-2019, Uku Randmaa demande par radio à un radioamateur quelle direction suivre pour retrouver des vents plus favorables. Il reçoit alors des indications précises sur la route à adopter.
Or le routage météo est interdit. L'échange est enregistré et Randmaa reconnaît les faits. Il reçoit une pénalité.
L'organisation précise cependant qu'elle ne considère pas que le skipper ait volontairement cherché à enfreindre le règlement. Il s'agit donc davantage d'une assistance interdite avérée que d'une véritable fraude préméditée.
L'affaire éclate après la Solitaire du Figaro 2023. Les concurrents n'ont pas le droit de télécharger de nouvelles données météorologiques pendant les étapes. Pourtant, le contrôle de l'ordinateur de Benoît Tuduri révèle la présence de fichiers GRIB récupérés en mer.
Le skipper reconnaît avoir embarqué un second téléphone permettant d'accéder à Internet. Il est exclu de la Solitaire.
Ce n'est d'ailleurs pas sa première infraction pendant cette édition. Lors de la première étape, une photographie avait montré un bidon et un seau placés dans les filières au vent, en contradiction avec les règles de matossage.
La procédure disciplinaire aboutit quelques mois plus tard à une sanction particulièrement lourde : cinq ans d'interdiction de compétition, dont trois avec sursis, ainsi qu'un déclassement du Championnat de France Élite de course au large 2023.
La même Solitaire du Figaro révèle un second cas. Le contrôle de l'ordinateur de Pierre Daniellot met également en évidence des téléchargements de fichiers météo pendant la course.
Il est disqualifié des deuxième et troisième étapes. La Fédération française de voile évoque alors officiellement des cas de tricherie et engage une procédure disciplinaire.
Cette liste de tricheries avérées ne raconte pourtant qu'une partie de l'histoire. Car dans les ports, les bars des yacht-clubs et les "paddocks" des grandes courses fonctionne depuis toujours un autre tribunal, beaucoup moins formel : "radio ponton". Une performance étonnante, un bateau soudainement plus rapide, une trajectoire difficile à expliquer ou une relation jugée trop étroite entre un marin et son équipe à terre suffisent parfois à alimenter les conversations.
Le problème est évident : un soupçon n'est pas une preuve. Et certaines histoires abondamment commentées n'ont jamais débouché sur la démonstration d'une tricherie.
OneWorld Challenge et les secrets de Team New Zealand
À l'approche de l'America's Cup 2003, OneWorld Challenge se retrouve au cœur d'une affaire d'espionnage technique. Un designer passé de Team New Zealand à l'équipe américaine avait emporté avec lui des informations confidentielles appartenant à son ancien employeur.
L'affaire aboutit à une sanction sportive contre OneWorld, qui écope notamment d'un point de pénalité pendant la Louis Vuitton Cup. Une forme de triche très différente, où l'avantage recherché ne se trouve plus directement à bord du bateau, mais dans les bureaux d'études.
Oracle Team USA et le "Cupgate"
C'est l'une des plus importantes affaires de triche de l'histoire récente de l'America's Cup. Des AC45 d'Oracle Team USA avaient été modifiés illégalement, notamment par l'ajout de poids dans leur structure et une répartition des masses non conforme à la règle de classe.
Oracle retire rétroactivement ses résultats des régates concernées. Plusieurs membres de l'équipe sont sanctionnés, l'équipe reçoit une lourde amende et débute l'America's Cup 2013 avec une pénalité sportive.
L'enquête permet également d'établir certaines responsabilités individuelles. En revanche, aucune implication personnelle de Jimmy Spithill, Ben Ainslie ou Russell Coutts dans les modifications n'est démontrée.
Scugnizza, une jauge volontairement manipulée
Lors du championnat d'Europe ORC 2016, le NM38S italien Scugnizza-Total Lubmarine remporte initialement sa catégorie. Mais son comportement sur l'eau intrigue : l'assiette observée du bateau semble différente de celle correspondant aux paramètres ayant servi à établir son rating.
L'enquête conclut que plusieurs règles de jauge ont été violées délibérément. Scugnizza est disqualifié de toutes les manches et perd son titre européen. Le jury retient également la notion de gross misconduct, autrement dit une faute grave.
Des quilles modifiées sur les J/70
À l'occasion du championnat du monde J/70 2017 à Porto Cervo, les contrôles de jauge révèlent que les quilles de plusieurs bateaux ont été substantiellement modifiées par rapport à leur forme d'origine.
Six voiliers sont empêchés de participer au championnat. La classe J/70 prononce ensuite plusieurs suspensions après avoir retenu des violations intentionnelles des règles de classe ou des comportements antisportifs.
L'affaire rappelle que même dans une série monotype, où les bateaux sont théoriquement identiques, quelques modifications peuvent suffire à rechercher un avantage.
Iker Martínez, quelques millimètres de trop
Double médaillé olympique, l'Espagnol Iker Martínez est impliqué dans une importante affaire lors des Mondiaux 2018. Le système de positionnement d'un foil de son Nacra 17 avait été modifié.
Les trous d'origine avaient été rebouchés et de nouveaux percés quelques millimètres plus loin, avant que l'intervention ne soit dissimulée. Le jury conclut que Martínez a délibérément modifié son bateau et caché cette modification.
L'affaire s'aggrave encore lorsque le jury estime que le navigateur n'a pas dit la vérité pendant l'enquête. Il est exclu du site du championnat et son dossier est transmis à World Sailing.
Philippe Péché et le téléphone satellite
Lors de la Golden Globe Race 2018, Philippe Péché utilise son téléphone satellite, dont l'emploi est strictement encadré par le règlement de cette course volontairement organisée avec des moyens de communication très limités.
L'examen des relevés révèle de nombreux appels et SMS entrants ou sortants. L'organisation constate une violation du règlement. L'affaire est toutefois différente d'une modification clandestine du bateau : l'existence de communications interdites est établie, mais l'avantage sportif directement obtenu est plus difficile à mesurer.
Uku Randmaa et le routage météo interdit
Toujours pendant la Golden Globe Race 2018-2019, Uku Randmaa demande par radio à un radioamateur quelle direction suivre pour retrouver des vents plus favorables. Il reçoit alors des indications précises sur la route à adopter.
Or le routage météo est interdit. L'échange est enregistré et Randmaa reconnaît les faits. Il reçoit une pénalité.
L'organisation précise cependant qu'elle ne considère pas que le skipper ait volontairement cherché à enfreindre le règlement. Il s'agit donc davantage d'une assistance interdite avérée que d'une véritable fraude préméditée.
Benoît Tuduri, le deuxième téléphone de la Solitaire
L'affaire éclate après la Solitaire du Figaro 2023. Les concurrents n'ont pas le droit de télécharger de nouvelles données météorologiques pendant les étapes. Pourtant, le contrôle de l'ordinateur de Benoît Tuduri révèle la présence de fichiers GRIB récupérés en mer.
Le skipper reconnaît avoir embarqué un second téléphone permettant d'accéder à Internet. Il est exclu de la Solitaire.
Ce n'est d'ailleurs pas sa première infraction pendant cette édition. Lors de la première étape, une photographie avait montré un bidon et un seau placés dans les filières au vent, en contradiction avec les règles de matossage.
La procédure disciplinaire aboutit quelques mois plus tard à une sanction particulièrement lourde : cinq ans d'interdiction de compétition, dont trois avec sursis, ainsi qu'un déclassement du Championnat de France Élite de course au large 2023.
Pierre Daniellot et les fichiers météo interdits
La même Solitaire du Figaro révèle un second cas. Le contrôle de l'ordinateur de Pierre Daniellot met également en évidence des téléchargements de fichiers météo pendant la course.
Il est disqualifié des deuxième et troisième étapes. La Fédération française de voile évoque alors officiellement des cas de tricherie et engage une procédure disciplinaire.
Et puis il y a les affaires qui n'en sont jamais devenues
Cette liste de tricheries avérées ne raconte pourtant qu'une partie de l'histoire. Car dans les ports, les bars des yacht-clubs et les "paddocks" des grandes courses fonctionne depuis toujours un autre tribunal, beaucoup moins formel : "radio ponton". Une performance étonnante, un bateau soudainement plus rapide, une trajectoire difficile à expliquer ou une relation jugée trop étroite entre un marin et son équipe à terre suffisent parfois à alimenter les conversations.
Le problème est évident : un soupçon n'est pas une preuve. Et certaines histoires abondamment commentées n'ont jamais débouché sur la démonstration d'une tricherie.