J'ai pris le départ de la Transat Jacques Vabre 2015 en IMOCA ! (ou presque…)

Arnaud Boissières dans les écluses du Havre © Sébastien Laugier, Philéas images

Vivre les 12 dernières heures avant le départ de la Transat Jacques Vabre dans le cercle très fermé des proches d'un équipage. Invité sur l'IMOCA de Arnaud Boissières, c'est l'expérience que nous raconte notre reporter dépêché au Havre.

Comme pour beaucoup de voileux, les départs de courses pour moi, c’est plutôt sur mon canapé devant la télévision ou devant mon ordinateur sur Virtual Regatta. Mais cette année pour la Transat Jacques Vabre, mon téléphone a sonné il y a quelques jours. Au bout du fil, Arnaud Boissières (trois Vendée Globe au compteur et skipper sur la Transat Jacques Vabre sur Le Bateau Des Metiers By Aerocampus avec Stan Maslard comme co-skipper) : "Salut, j’ai un service à te demander, est-ce que tu pourrais venir faire le départ de la transat avec nous. L’idée serait que tu viennes à bord pour toute la sortie du port et jusqu’à quelques minutes du départ". Je reste sans voix. Il appelle ça un service... Il ne se rend pas compte qu’il vient de m’offrir de réaliser un rêve de gosse. Mais oui bien sûr que je veux le faire !

Samedi 17h

Me voilà donc samedi au Havre, membre officiel d’une équipe qui part demain traverser l’Atlantique jusqu’à Itajaí. Le bateau, l’ancien Virbac de JP Dick, est au ponton juste à côté du flambant neuf Hugo Boss dont tout le monde parle, skippé par Alex Thomson et Guillermo Altadill. Évidemment, ce ne sont pas les mêmes moyens. Le ballet des attachées de presse autour du bateau noir est impressionnant. De notre côté (eh oui, maintenant que je suis membre officiel de l’équipe - même pour quelques heures - je peux dire "nous"), c’est plutôt à la bonne franquette. Les parents d’Arnaud sont là, ses plus fidèles sponsors aussi. L’ambiance est détendue et c’est autour d’une bière que l’après-midi se termine. Comme à son habitude, Arnaud plaisante avec tout le monde. Stan Maslard, pour sa part, se repose en famille (il est Havrais).

Dimanche 7h.

Il fait encore nuit sur le bassin Paul Vatine du Havre, mais l’effervescence est à son comble. Les équipages quittent le port chacun leur tour, encouragés par leurs proches, et par le public de passionnés déjà nombreux malgré l’heure matinale. L’émotion est palpable auprès des parents d’Arnaud. Sa Maman : "On s’habitue, mais on est toujours inquiets". Côté marins, Stan embrasse sa fille (10 mois) et la confie à son grand-père : "Rendez-vous dans 30 dodos"

Dimanche 7h20

Ca y est les amarres sont larguées, direction l’écluse. Le public est nombreux, applaudissant et encourageant ces marins qui les font rêver. À bord, Arnaud et Stan vivent leur quart d’heure émotion : "Ca n’arrive pas tous les jours alors on profite à fond". Devant une banderole déployée par des fans de Macif, Arnaud toujours blagueur demande à Stan : "Tu t’appelles François ?"

Dimanche 8h

Ça y est, on passe devant la dernière digue, cap sur le large. C’est bizarre pour moi de réaliser que la prochaine digue qu’ils passeront sera au Brésil… J'ai l'impression de faire partie de la grande famille des marins quand Michel Desjoyeaux nous salue, ou quand on suit Sodébo pour la sortie du port.

Dimanche 9h

On envoie la GV. Tout le monde donne un coup de main. Nous sommes 7 à bord : 2 préparateurs, les compagnes des marins et moi, en plus des deux skippers. Guillaume, le préparateur : "C’est un bon bateau, il n’est pas de dernière génération, mais il marche bien et il est fiable. Ils peuvent faire un coup." Arnaud pour sa part me confie que s’ils arrivent à entrer dans le top 10, "ce sera un bon résultat".

Dimanche 10h

"On envoie le J1". On sent bien que même si on est encore à 3h30 du départ, ça commence à phosphorer sous les bonnets des skippers et qu’il y a une certaine impatience. Il faut dire que 5h à attendre sur la ligne, c’est long, surtout quand le vent est aux abonnés absents. "Il faut être super vigilant, parce que c’est dans ces moments qu’il peut y avoir de la casse idiote." En fait, c’est une histoire de marée qui oblige l’organisation à faire sortir tout le monde aux aurores. Mais alors, pourquoi ne pas donner le départ plus tôt ? "Pour la télé". Certains skippers des grosses écuries arrivent à bord juste avant le départ, laissant le soin d’attendre à leurs équipages. En attendant, on se demande quel sera le meilleur choix de voile dans ce temps de demoiselle.

Dimanche 10H15

"On enroule le J1"

Dimanche 10h30

"J’appelle Evelyn Dheliat" blague Arnaud. Vous aurez compris que c’est l’heure du point météo avec Richard Silvani de Météo France qui s’occupe du routage du bateau pour la transat. Finalement, il semble que la dépression annoncée sera un tout petit peu moins forte que prévu. "Cool, on ne rallonge la route que de 400 miles finalement" En effet, par rapport au 600 miles initiaux, c’est une bonne nouvelle.

Dimanche 11h

"Qui veut des petits cannelés de ma Maman ?"

Dimanche 11h30

Arrivée du Fan Club autour du bateau. Avant que la zone soit fermée aux bateaux non autorisés, les copains de Stan et Arnaud sont là sur diverses embarcations pour souhaiter bonne chance aux skippers.

Dimanche 11h40

"J’appelle Evelyn Dheliat… Il y aura encore moins de vent que prévu sur la ligne de départ, ça se casse complètement la gueule"

 

Dimanche 12h

Ravitaillement. Le zodiac d’assistance apporte des sandwichs à bord. "Il faut en profiter, c’est notre dernier pain frais avant 20 jours !"

Dimanche 12h30

Le comité de course annonce les positions des bouées de départ à la VHF. Il rappelle les procédures et demande aux équipiers de quitter le bord au plus tard 20mn avant le départ qui sera donné à 13h30. L’ambiance change à bord, ça y est ils sont dans la course et ça se ressent clairement.

Dimanche 13h

C’est le moment de se séparer. Tout le monde s’embrasse, tout le monde est ému. Arnaud lance un "On fait comme on a dit". Réponse : "Pas de folies". Ça y est, ils sont seuls à bord, cette fois vraiment dans leur course. Rendez-vous à Itajaí !

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