Interview Samantha Davies : " La Route du Rhum, je l’ai beaucoup vécue, mais encore jamais courue."

© Chloé Barre

Depuis la dernière Transat Jacques Vabre courue en double avec Tanguy de Lamotte, Samantha Davies a repris la barre de l’IMOCA Initiatives Cœur. La course de la Route du Rhum lui a donné l’envie de se lancer dans la course au large, mais elle n’avait encore jamais pris le départ de cette course. Sam nous reçoit à 2 jours du départ de la Route du Rhum 2018.

Tu es à la barre du nouveau bateau Initiative Cœur équipé de foils depuis 2017, quel est le bilan de ton année ?

C’était bien d’apprendre avec Tanguy. Dès les premières navigations, on a vu beaucoup de modifications possibles, mais on n’a rien fait l’année dernière. On a beaucoup travaillé l’hiver dernier pour modifier et installer un système de rake pour les foils. Ce sont des petits foils par rapport aux bateaux de 2016 et encore plus petits par rapport à PRB ou Charal. Ils ne sont pas très puissants et le bateau et plus ancien. En entrainement ce n’est pas facile face au bateau de 2016, mais on s’est beaucoup amélioré avec le système de rake et en mettant les ballasts à l’extérieur (on est 800kg plus léger pour le même moment de redressement). J’ai beaucoup navigué cette année dans la nouvelle configuration. C’est plutôt positif, j’arrive à rester proche des bateaux de 2016. L’année prochaine, on lance la construction de nouveaux foils.

Changer les ballasts a modifié toute l’ergonomie du bateau : la table à carte, le siège, la bannette, bref tout a été changé depuis le Vendée Globe. Ça ne devrait plus trop bouger, juste être amélioré.

Sam Davis

Plus le changement du plan de voilure pour que ce soit plus facile pour moi. Je n’ai plus de J1, j’ai un gros J2. Je suis le seul bateau avec un plan de voilure comme ça. Je profite de la règle d’antériorité qui me permet de faire ça. Les nouveaux bateaux à partir de 2016 ne peuvent plus le faire. Mon plan de voilure est beaucoup plus polyvalent, adapté spécialement pour moi. Les changements de voiles physiques sont trop durs. Mais les changements de voiles ça coute très cher en temps et en effort pour tout le monde, même pour les garçons, donc c’est gagnant non seulement parce que je suis une fille, mais aussi pour la performance.

Sam Davis

Peux-tu nous présenter ton bateau ?

Ma table à carte change de côté, le siège aussi. Tout l’habitacle est optimisé pour la gite. Le siège est proche de la cloison pour ne pas voler trop si le bateau tape dans quelque chose ou dans une vague. Même la cuisine et la nourriture pour la journée sont matossées. Je matosse les sacs dans la bannette, car c’est l’endroit le plus optimisé pour le RM [Righting Moment = Couple de redressement] et je dors plus bas. Sur un Rhum je n’ai pas besoin de plus de place. Sur un Vendée Globe, j’utilise un "traineau". Le bateau navigue assez cabré donc je n’ai pas trop besoin de reculer les poids. Il y a moins besoin de promener les voiles jusqu’à l’arrière que sur d’autres bateaux.

Je navigue portes fermées parce que le bateau fait beaucoup de bruit. Et s’il y a une collusion, il vaut mieux que les portes soient fermées parce que ça remplit vite.

J’ai un matelas à billes dans les bannettes pour amortir et un pouffe à bille que je pose par terre pour les siestes. Le bateau est assez brutal quand il va vite et il vibre beaucoup. Les foils apportent beaucoup de vitesse, mais ils amortissent aussi les chocs. On a moins de chocs, mais une vitesse moyenne plus élevée donc les mouvements sont violents.

Je règle les foils avec des vannes dans le cockpit. C’est un système hydraulique. J’ai un retour d’angle de rake. Ces ajustements ont été ajoutés après le foil. Du coup une fois que le rake a été ajusté, je ne peux plus rentrer le foil. Le puit est trop petit. Si jamais je rentre le foil raké, j’explose tout. C’est un peu un compromis. Comme on change de foil, on va changer le système l’année prochaine, mais on voulait absolument mettre ça malgré le risque d’abimer.

Même le foil sera modifié géométriquement pour améliorer la performance, surtout dans les basses vitesses. J’ai confiance en Guillaume Verdier pour gagner en basse vitesse sans perdre en performance dans les hautes vitesses. Je lui ai laissé carte blanche sur le choix de foil. Il a beaucoup d’expérience sur les Multi et la coupe de l’America.

Sur le pont je n’ai pas beaucoup changé. Je l’utilise comme ça avait été fait par Mich’ [Desjoyeaux] et Armel [Le Cleac'h].

Sam Davis

Quel est l’objectif sur cette route du Rhum ?

Qualification pour le Vendée Globe. Si je finis cette course, je suis qualifiée pour le Vendée Globe. Après il y a une question de milles à parcourir pour être sûr d’avoir une place, mais il ne devrait pas y avoir de problème.

Et bien sûr comme on est en course, je vais essayer de faire le mieux possible. Sur les courses d’avant saison j’ai fait 1eret 2e, ça me confirme que je peux faire un bon classement. On est une flotte de 20 bateaux, il y a 10 foilers, si j’arrive dans les 5 premier : je suis ravie.

Sam Davis

Quelle sera la difficulté pour y parvenir en termes de stratégie, de météo ou personnellement ?

Tout, il faut super bien naviguer. La tête de la flotte ne fait pas beaucoup de bêtise. Chaque erreur coute cher sur ces bateaux qui vont très vite. Si on va très vite dans le mauvais sens, c’est dur à rattraper. Il faut être hyper exigeant et avoir un peu de chance. C’est un sport mécanique. Si on casse, on est obligé de ralentir pour réparer et ça coute aussi très cher.

Sam Davis

En deux mots, pourrais-tu nous décrire la route du Rhum ?

C’est une course transatlantique. C’est la course qui m’a fait découvrir la course au large en solitaire. En 1998, j’ai donné un coup de main à Ellen MacArthur à préparer sa course en 50 pieds. Je venais de finir un trophée Jules Vernes et j’avais du temps libre. C’est un peu grâce à ça que je suis là aujourd’hui.

Sam Davis

Peux-tu nous raconter un souvenir ou un moment marquant que tu as vécu avec la route du Rhum ?

J’en ai beaucoup. En travaillant avec Ellen, j’ai découvert cet univers. Son équipe était montée à l’arrache en dernière minute. On était à fond de 6h du matin jusqu’à 2h au milieu de la nuit pour qu’elle soit prête. On avait changé de bateau et changé de partenaires à la dernière minute. Après la course, j’avais convoyé le bateau depuis la Guadeloupe. C’était hyper complet comme expérience.

Puis j’ai fait le routage météo pour Gildas Morvan en 2006. En 2010 j’étais dans l’équipe de Sidney Gavignet. La route du Rhum, je l’ai beaucoup vécue, mais encore jamais courue. Pourtant j’ai déjà fait 24 transatlantiques. Ça sera ma 25e et même 26e en revenant avec le bateau.

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