Florence Arthaud, une biographie d'une amoureuse de la mer et de la liberté

Cette nuit, la mer est noire © Chloé Torterat

"J'ai basculé en une fraction de seconde. Je suis dans l'eau. Il fait nuit noire. Je suis seule (…). Dans quelques instants, la mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau". C'est par ces lignes que Florence Arthaud introduit cette sorte de biographie, qui mêle souvenirs intimes d'une vie tumultueuse à cette nuit du 29 octobre 2011 où elle tombe à la mer. Un régal à lire, où se mêlent description et lyrisme.

Le mythe Arthaud

Florence Arthaud disparue tragiquement le 9 mars 2015 est la première et unique femme vainqueur de la Route du Rhum. À force de volonté et d'ambition, celle qui rêve depuis sa tendre enfance de liberté et d'aventure remporte devant tous ces hommes, sur son trimaran doré Pierre Ier, la course transatlantique de 1990. Ainsi était né le mythe de la "Petite Fiancée de l'Atlantique".

" Je n'étais pas la première femme à courir les océans, mais, si j'excepte Virginie Hériot en 1903, j'étais la première à remporter une victoire face aux hommes. Il est vrai que ce métier de coureuse d'océans n'est pas celui dont rêvent la plupart des femmes. Beaucoup ont envie de stabilité et de cocooning. Moi je passais d'aventure en aventure."

La noyade guette

Dans cette biographie — coécrite avec Jean-Louis Bachelet — Florence Arthaud raconte cet épisode tragique, où elle a failli perdre la vie alors qu'elle navigue au large du cap Corse. On est le samedi 29 octobre 2011 — le lendemain de son anniversaire, qu'elle préfère fêter seule en mer — lorsqu'elle tombe à l'eau, sans gilet de sauvetage.

Alors qu'elle voit son bateau filer dans la nuit noire, avec pour seul équipier son chat Bylka, Florence pense qu'elle vit ses derniers instants de vie. Pourtant, d'incroyables coups du destin vont lui permettre de survivre de longues heures durant, dans l'eau calme qui l'entoure, jusqu'à l'arrivée des secours. Car si elle n'a pas de gilet de sauvetage, elle a conservé sa lampe frontale, mais surtout, par miracle, son téléphone portable étanche dans la poche de son ciré. Et à l'autre bout du fil, sa mère qui ne se repose jamais lorsque sa fille est en mer. Florence sera sauvée.

" Ma mère en aura vécu des angoisses, lors de mes courses et de mes chavirages. Lorsque j'étais à terre, je passais le plus clair de mon temps à chercher des sponsors pour parcourir le monde. Une fois partie en mer, je n'étais pas seule à vivre l'épreuve. Je ne dormais pas — ma mère non plus."

Une soif de liberté

Si la navigatrice narre le drame qui aurait pu lui faire perdre la vie, elle confesse aussi sa vie. Elle livre — avec pudeur parfois — ses sentiments, ses joies, ses frustrations, ses angoisses et ses souvenirs. Elle y décrit plus que sa passion, son amour de la mer. Ce besoin irrépressible de chevaucher les océans, de se faire un nom parmi les marins les plus prestigieux.

Tout commence en 1976, alors qu'elle n'a que 18 ans. Elle est une jeune femme libre et rebelle, jeune et jolie qui rêve de sortir de son carcan familial bourgeois, élevée au milieu de deux frères.

Elle évoque son premier amour — Jean-Claude Parisis — et sa rencontre avec les grands de "son" monde : Poupon, Bourgnon, Moitessier, Birch, ses amitiés avec ces skippers homme — elle est la seule femme — ses amis disparus en mer, ses victoires et ses naufrages, cette bande de joyeux lurons que sont les marins, amoureux de la liberté. Elle parle aussi de sa fille, Marie, et livre ses moments intimes…

" Plus tard, lorsque Paris Match titra : "Florence Arthaud a un fiancé dans chaque port", mon père me lança qu'il avait honte de sa fille. En vérité, je n'ai jamais eu trop de place en moi pour une vie amoureuse. J'ai mené une existence bien remplie, un peu tumultueuse, c'est vrai. Aucun homme ne m'a comblée autant que l'océan ; c'est la mer qui me fait vibrer, l'océan m'emporte. La vie de couple ne m'a jamais fait rêver. J'aime trop ma liberté !"

© Thierry Martinez/Sea&Co

L'avis de la rédaction

Facile à lire, courte, cette biographie permet de découvrir la vie intime de la "coureuse au large". Car à travers le récit de cet épisode tragique, Florence Arthaud livre surtout son amour de l'océan. Bien écrit, mêlant à la fois romance et poésie, ce livre réveille en nous des envies d'évasion et de liberté. À la force des mots, elle arrive à susciter le désir d'escapade, à réveiller le/la rebelle qui sommeille en nous, mais surtout à faire comprendre au terrien l'amour irrépressible du marin pour la mer.

Cette nuit la mer est noire - Forance Arthaud

  • Editions Flammarion
  • 13,5 x 22 cm
  • 192 pages
  • 16,00 €

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