Après une première étape de Lorient au Portugal, Olivia regagne le bord de son voilier pour continuer la route vers les Canaries.
Quand les étoiles ne sont pas alignées.
17 juillet 2025 : peu après mon départ en gare de Lorient, le train est arrêté sur la voie pour un temps indeterminé et il est annoncé qu'il se rendra finalement à Rennes au lieu de Nantes. Anthony me recupère en voiture deux heures plus tard à Redon et nous filons alors vers l'aéroport de Nantes où doit décoller notre vol pour Lisbonne.
Enfin assis dans l'avion, parés au décollage, le pilote nous annonce que suite à un incident technique, le vol ne partira pas et qu'il pourra être remplacé par un autre vol, dans quatre jours seulement... Impossible au vu de notre planning, ce convoyage est à réaliser en 12 jours chrono !
Nous nous rabattons sur un trajet en bus avec Flixbus : départ le soir même à 23h50 pour une arrivée à Lisbonne prévue le lendemain à 20h. Avec un petit changement de bus nous faisant traverser Lisbonne en métro, nous gagnerons Peniche le 18 juillet à 22h passée, soit près de 24h de voyage en bus au lieu d'une bonne heure d'avion prévue initialement : ça commence bien !

Dorothée, la soeur d'Anthony, arrivée la veille, nous accueille à bord de Galaad avec un large sourire et un petit dîner tout juste prêt. Elle nous accompagnera jusqu'à Graciosa. Ce contre temps nous à fait "perdre" 24h et il nous faudra quelques jours pour récupérer la fatigue accumulée.

Dès le lendemain matin, nous effectuons l'avitaillement, préparons le bateau et appareillons du port de Péniche à 17h : cap sur un mouillage devant le port de Cascais, à l'embouchure du Tage.
Arrivés vers deux heures du ...
... matin à Cascais, une pause réparation qui n'était pas prévue au programme, s'impose : le pilote automatique fait des siennes, ce qui ne lui était jamais arrivé. Nous n'envisageons pas la traversée vers les Canaries sans pouvoir compter sur ce précieux équipier.
Une première réparation effectuée, nous faisons du gasoil et repartons en début d'après-midi pour le cap Sao Vicente.
Une jolie nuit de navigation au portant voit naître le jour sous le signe d'une déconvenue météo : les alizés portugais vont souffler 3 à 4 jours durant entre 25 et 35 noeuds, 40 en rafale dans la zone s'étendant de Madère à l'Ouest et jusqu'à Lagos à l'Est, soit pile la zone de navigation que nous devons emprunter pour nous rendre aux Canaries.
Pas moyen d'attendre car Anthony et Dorothée doivent impérativement repartir au plus tard le 29 juillet avec des billets d'avion déjà bookés depuis Lanzarote.
La seule solution pour progresser tant bien que mal sera d'aller longer le Golfe de Cadiz vers Gibraltar puis d'arrondir notre cap en formant une "cuillère" le long des côtes marocaines au fur et à mesure que le coup de vent se décalera vers l'Ouest.
En attendant, un timide dauphin de Risso nous régal les yeux de quelques furtives apparitions au niveau du cap Sao Vicente que nous doublons au moteur. Une fois le cap passé, une violente accéleration du vent via un effet de site nous surprend.
Longeant la côte au plus près nous mouillons dans la petite anse de Baleeira en fin de matinée. Là, Anthony tentera une seconde réparation du pilote automatique tandis qu'avec Dorothée nous nous attellerons soigneusement au rangement du bateau.
Après une courte nuit de sommeil, nous boudons le premier réveil à 3h du matin : le vent souffle toujours fort et nous ôte l'envie de nous lever. A 6h, le second reveil est le bon : le vent à franchement mollit. Nous en profitons pour préparer un bon café et admirons un lever de soleil digne des premiers matins du monde.
Nous sommes le 22 juillet, un mois et un jour après notre départ de Lorient (Olivia a fait la premère étape vers Peniche fin juin). Nous quittons le vieux continent dont nous longeons de loin l'extrême Sud, cap sur le Maroc. C'est l'amorce de notre fameuse route en cuillère, surfant en bordure du coup de vent.
Cette première journée ensoleillée est plutôt calme, un petit flux de nord modéré nous voit progresser gentillement. Idem durant la nuit et le jour suivant. En revanche, durant la première nuit et le second jour, nos yeux sont rivés sur l'AIS : un ballet de mastodontes d'acier vont et viennent.
Le trafic via Gibraltar nous tient en haleine tandis que les routes de collisions se multiplient : en plus d'une jolie cuillère, notre sillage dessine maintenant de belles arabesques.
Le troisième jour, à l'approche d'El Jadida, le coup de vent ne se décale pas comme prévu : il est collé à la côte marocaine. Nous ralentissons tant bien que mal l'allure en diminuant la voilure, mais la mer est désormais bien formée, mauvaise et 30 noeuds établis sifflent dans les haubans.
Le soleil se couche sur une mer anarchique et le pilote peine à gérer le cap demandé. Nous prenons la barre quelques heures pour soulager le mécanisme en pleine convalescence.
Nous ne souhaitons pas envisager une escale au Maroc : par ce secteur de vent, la sécurité de l'approche n'est pas garantie et les abris pas siffusament fiables. Alors nous subissons : pas trop de toile afin de pouvoir gérer la barre en manuel et pas sous toilé non plus afin de rester manoeuvrant.
La journée du lendemain, le 25 juillet, est maussade. Le ciel est couvert, les vagues sont grises et la houle s'amuse des sautes d'humeur des rafales. Tout ce petit monde, jouant vicieusement avec nos nerfs. Heureusement, durant la nuit suivante, le vent mollit. Au petit matin, c'est par un temps de demoiselle et au son d'un rythme latino, que nous mettons le cap directement sur les Canaries : vamos a Graciosa !
Le soleil brille, il fait chaud et l'océan s'est paré de sa teinte Alizé. Peu après le petit déjeuner, des exocets en escadrille plannent autour du bateau, tentant certainement d'échapper aux assauts d'une dorade Coryphène en chasse. La ligne de traîne est mise à l'eau.
En fin de matinée, c'est un banc de grands dauphins tâchetés de l'Atlantique qui nous escorte : leur robe, comme pailletée paraît presque irréelle sous la surface. Une douche d'eau de mer sur la jupe arrière et nous voilà dans une ambiance à l'opposé de la veille.
Flottant ça et là, des tâches brunes que nous pensons être des amas de sargasse sont en réalité des tortues marines ! Nous nous en aperçevons en en frôlant une de très près !
La tortue Caouanne ou Carreta Carreta est une espèce répandue aux Canaries et on les observe particulièrement au printemps et en été. Cette espèce pesant entre 120 et 180 kg évolue à la surface de l'eau. Son régime alimentaire est omnivore, elle se nourrit d'algues, de méduses, de petits poissons et de calamars.
Poisson ! Au bout de la ligne ça s'agite et se débat. La belle dorade Coryphène est vite remontée sur la jupe arrière. Notre première prise depuis notre départ de Bretagne. Le capitaine la prépare en ceviche : cuite dans un jus de citron jaune et citron vert avec quelques graines de coriandre et un filet d'huile d'olive. Un délice gorgé de protéines et de vitamines iodées. Quelle journée faste !
A cette vitesse, notre arrivée à Graciosa nous ferait arriver dans la nuit, mais nous souhaitons arriver de jour. Nous ralentissons l'allure pour la nuit. Nous nous amusons à imaginer Poséidon et Eole se concerter pour nous offrir, en guise de cadeau d'arrivée aux Canaries, l'idyllique journée de navigation que nous venons de passer.
Le 27 juillet au lever du jour, après 5 jours de navigation depuis le Sud du Portugal, les silhouettes de Lanzarote, El Roque Del Este et de Graciosa se dessinent sur l'horizon.
Tandis que sur babord, le port d'Orzola aux maisons blanches se découpe sur le basalte noir, nous doublons la solennelle Punta de Fariones.
Le vertigineux Miraduro de Lanzarote, une longue falaise dominant le chenal de séparation avec Graciosa, nous impressionne. Nous embouquons l'entrée du port du village de la Caleta del Sebo, encore endormi.
L'agent portuaire nous accueille, comme il se doit, avec les formalités d'arrivée. Heureusement, nous avions réservé à l'avance notre amarrage, comme cela se fait désormais dans tous les ports des Canaries.
Une fois Galaad bien amarré, nous déhambulons avec un léger mal de "terre" sur le ponton. L'eau est turquoise et quelle surprise d'observer une une raie pastenague survoler le fond de sable blanc.
Dorothée et Anthony ont 48h pour profiter de ce joli caillou volcanique et c'est avec beaucoup d'émotions que se termine cette seconde étape de notre convoyage qui a pour destination finale l'île de la Gomera, à l'Ouest de l'archipel.

Une première réparation effectuée, nous faisons du gasoil et repartons en début d'après-midi pour le cap Sao Vicente.
Quand les alizés portugais froncent les sourcils.
Une jolie nuit de navigation au portant voit naître le jour sous le signe d'une déconvenue météo : les alizés portugais vont souffler 3 à 4 jours durant entre 25 et 35 noeuds, 40 en rafale dans la zone s'étendant de Madère à l'Ouest et jusqu'à Lagos à l'Est, soit pile la zone de navigation que nous devons emprunter pour nous rendre aux Canaries.
Pas moyen d'attendre car Anthony et Dorothée doivent impérativement repartir au plus tard le 29 juillet avec des billets d'avion déjà bookés depuis Lanzarote.

La seule solution pour progresser tant bien que mal sera d'aller longer le Golfe de Cadiz vers Gibraltar puis d'arrondir notre cap en formant une "cuillère" le long des côtes marocaines au fur et à mesure que le coup de vent se décalera vers l'Ouest.
En attendant, un timide dauphin de Risso nous régal les yeux de quelques furtives apparitions au niveau du cap Sao Vicente que nous doublons au moteur. Une fois le cap passé, une violente accéleration du vent via un effet de site nous surprend.

Longeant la côte au plus près nous mouillons dans la petite anse de Baleeira en fin de matinée. Là, Anthony tentera une seconde réparation du pilote automatique tandis qu'avec Dorothée nous nous attellerons soigneusement au rangement du bateau.
Après une courte nuit de sommeil, nous boudons le premier réveil à 3h du matin : le vent souffle toujours fort et nous ôte l'envie de nous lever. A 6h, le second reveil est le bon : le vent à franchement mollit. Nous en profitons pour préparer un bon café et admirons un lever de soleil digne des premiers matins du monde.

Nous sommes le 22 juillet, un mois et un jour après notre départ de Lorient (Olivia a fait la premère étape vers Peniche fin juin). Nous quittons le vieux continent dont nous longeons de loin l'extrême Sud, cap sur le Maroc. C'est l'amorce de notre fameuse route en cuillère, surfant en bordure du coup de vent.

Cette première journée ensoleillée est plutôt calme, un petit flux de nord modéré nous voit progresser gentillement. Idem durant la nuit et le jour suivant. En revanche, durant la première nuit et le second jour, nos yeux sont rivés sur l'AIS : un ballet de mastodontes d'acier vont et viennent.

Le trafic via Gibraltar nous tient en haleine tandis que les routes de collisions se multiplient : en plus d'une jolie cuillère, notre sillage dessine maintenant de belles arabesques.

Le troisième jour, à l'approche d'El Jadida, le coup de vent ne se décale pas comme prévu : il est collé à la côte marocaine. Nous ralentissons tant bien que mal l'allure en diminuant la voilure, mais la mer est désormais bien formée, mauvaise et 30 noeuds établis sifflent dans les haubans.
Le soleil se couche sur une mer anarchique et le pilote peine à gérer le cap demandé. Nous prenons la barre quelques heures pour soulager le mécanisme en pleine convalescence.
Nous ne souhaitons pas envisager une escale au Maroc : par ce secteur de vent, la sécurité de l'approche n'est pas garantie et les abris pas siffusament fiables. Alors nous subissons : pas trop de toile afin de pouvoir gérer la barre en manuel et pas sous toilé non plus afin de rester manoeuvrant.
La journée du lendemain, le 25 juillet, est maussade. Le ciel est couvert, les vagues sont grises et la houle s'amuse des sautes d'humeur des rafales. Tout ce petit monde, jouant vicieusement avec nos nerfs. Heureusement, durant la nuit suivante, le vent mollit. Au petit matin, c'est par un temps de demoiselle et au son d'un rythme latino, que nous mettons le cap directement sur les Canaries : vamos a Graciosa !
Enfin un cap direct sur les Canaries !
Le soleil brille, il fait chaud et l'océan s'est paré de sa teinte Alizé. Peu après le petit déjeuner, des exocets en escadrille plannent autour du bateau, tentant certainement d'échapper aux assauts d'une dorade Coryphène en chasse. La ligne de traîne est mise à l'eau.

En fin de matinée, c'est un banc de grands dauphins tâchetés de l'Atlantique qui nous escorte : leur robe, comme pailletée paraît presque irréelle sous la surface. Une douche d'eau de mer sur la jupe arrière et nous voilà dans une ambiance à l'opposé de la veille.
Flottant ça et là, des tâches brunes que nous pensons être des amas de sargasse sont en réalité des tortues marines ! Nous nous en aperçevons en en frôlant une de très près !
La tortue Caouanne ou Carreta Carreta est une espèce répandue aux Canaries et on les observe particulièrement au printemps et en été. Cette espèce pesant entre 120 et 180 kg évolue à la surface de l'eau. Son régime alimentaire est omnivore, elle se nourrit d'algues, de méduses, de petits poissons et de calamars.

Poisson ! Au bout de la ligne ça s'agite et se débat. La belle dorade Coryphène est vite remontée sur la jupe arrière. Notre première prise depuis notre départ de Bretagne. Le capitaine la prépare en ceviche : cuite dans un jus de citron jaune et citron vert avec quelques graines de coriandre et un filet d'huile d'olive. Un délice gorgé de protéines et de vitamines iodées. Quelle journée faste !

A cette vitesse, notre arrivée à Graciosa nous ferait arriver dans la nuit, mais nous souhaitons arriver de jour. Nous ralentissons l'allure pour la nuit. Nous nous amusons à imaginer Poséidon et Eole se concerter pour nous offrir, en guise de cadeau d'arrivée aux Canaries, l'idyllique journée de navigation que nous venons de passer.

Le 27 juillet au lever du jour, après 5 jours de navigation depuis le Sud du Portugal, les silhouettes de Lanzarote, El Roque Del Este et de Graciosa se dessinent sur l'horizon.

Tandis que sur babord, le port d'Orzola aux maisons blanches se découpe sur le basalte noir, nous doublons la solennelle Punta de Fariones.

Le vertigineux Miraduro de Lanzarote, une longue falaise dominant le chenal de séparation avec Graciosa, nous impressionne. Nous embouquons l'entrée du port du village de la Caleta del Sebo, encore endormi.

L'agent portuaire nous accueille, comme il se doit, avec les formalités d'arrivée. Heureusement, nous avions réservé à l'avance notre amarrage, comme cela se fait désormais dans tous les ports des Canaries.

Une fois Galaad bien amarré, nous déhambulons avec un léger mal de "terre" sur le ponton. L'eau est turquoise et quelle surprise d'observer une une raie pastenague survoler le fond de sable blanc.

Dorothée et Anthony ont 48h pour profiter de ce joli caillou volcanique et c'est avec beaucoup d'émotions que se termine cette seconde étape de notre convoyage qui a pour destination finale l'île de la Gomera, à l'Ouest de l'archipel.

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