"Nous avons survécu à une dépression tropicale dans le triangle des Bermudes à bord d'un Sun Fizz "

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En décembre 1984, une famille quitte la côte américaine à bord de Kakawi, un Sun Fizz, pour rallier les îles Vierges. Au large, la traversée du Gulf Stream prend une tout autre tournure lorsqu'une dépression tropicale place le voilier et son équipage dans des conditions particulièrement éprouvantes. Plus de 40 ans après, son skipper raconte cette navigation et revient sur les choix de préparation qui ont permis au bateau d'affronter le gros temps.

Début décembre 84, nous sommes à 250 milles au sud est de Beaufort, Caroline du Nord, en route vers Saint-Thomas, Iles Vierges. Partis trente-six heures plus tôt en compagnie de deux Morgan 51, largement lâchés depuis (pas même de contact radio), et une carte météo obligeamment donnée par un pilote américain, nous faisons route à huit nœuds sous foc numero un. L'équipage se compose de Guillaume 3 ans, Véronique 12, ma femme Marie et moi-même.

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La traversée du Gulfstream se fait tambour battant avec réduction successive de toile jusqu'à tout nu. Puis fuite à sec de toile jusqu'au matin du troisième jour. Visiblement la dépression tropicale a décidé de la jouer nettement plus à l'Est que prévu et on est maintenant en pleine tempête. Le Sun Fizz est un excellent bateau, je confirme.

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Je n'ai pas mesuré la hauteur des vagues mais au lever du jour, il y a sept mètres sûrement, neuf probablement et dix peut-être. Le barographe s'est tranformé en sismographe et l'anémomètre indiquera 65 nœuds avant que le capteur ne soit arraché de la tête de mat. Compte tenu de ce que nous sommes encore, à ce moment, en fuite à sec de toile, le compte doit y être. Heureusement pour nous, il n'y a pas de houle croisée, au contraire, le train de vague est plutôt régulier. Crevé par quatre heures de barre en surf quasi-permanent et malade en dépit d'un transderme de Scopolamine, j'essaye de placer le bateau en cape sèche, frein de barre bloqué. Génial, ça marche ! Kakawi reste entre 30 et 40 ° degrés de la ligne de pente de la vague et dérive lentement avec une gite importante mais supportable. Tout le monde est à l'intérieur, panneau de descente bloqué en place. Nous attendons la suite.

Deux journées après nous renverrons timidement de la toile... Le bilan est étrangement anodin : à part un chandelier plié, rien de cassé. Notre chance vient probablement de l'absence de houle croisée mais peut ...

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