Partir de Marseille, franchir Horn, Leeuwin et Bonne-Espérance d'est en ouest et revenir 3 ans plus tard : avec Odysea, Sandrine Levet choisit la route difficile, à bord de Caramel, un Grand Soleil 43 de série. Le voyage embarquera également un programme scientifique consacré à la biodiversité marine, ainsi qu'un important programme sportif.
Partir de Marseille, franchir le cap Horn, le cap Leeuwin et le cap de Bonne-Espérance d'est en ouest, puis retrouver la Méditerranée trois ans plus tard : c'est le parcours imaginé par Sandrine Levet avec Odysea. À bord de Caramel, un Grand Soleil 43 de série, la navigatrice associera ce voyage à un programme scientifique sur la biodiversité marine et à plusieurs défis sportifs.
L'idée n'est pas née d'un plan de carrière de navigatrice. Lorsque Sandrine rachète Caramel en 2022, son ambition est beaucoup plus proche : préparer un tour de l'Atlantique. Elle part en 2023, effectue ses traversées en solitaire puis passe plusieurs mois aux Antilles, où différents équipiers la rejoignent.
Cette première grande boucle change la perspective. La navigatrice accumule des milles, mais surtout l'expérience nécessaire pour envisager plus loin. Les perspectives d'un projet autrement plus engagé commencent à se dessiner.
Le déclic arrive devant le Vendée Globe. En suivant le passage du cap Horn de certains concurrents, l'envie devient beaucoup plus concrète : elle veut, elle aussi, aller naviguer dans ces mers-là.
Mais Sandrine ne vient pas de la course au large. Avant d'être navigatrice, elle s'est fait connaître par l'escalade de haut niveau. Championne du monde en 2003, cinq fois victorieuse du classement général de la Coupe du monde de bloc et créditée de 23 victoires en ...
... Coupe du monde, elle a ensuite poursuivi la pratique sur les grandes parois. En parallèle, elle est devenue docteure en biologie cellulaire et a travaillé pendant quinze ans dans la recherche académique et industrielle.
Odysea est né au croisement de ces trois trajectoires.
Le départ a eu lieu de Marseille le 19 septembre 2026. Le retour est prévu au même endroit en avril 2029.
Entre les deux, Sandrine doit parcourir les trois océans et franchir les trois grands caps : Horn, Leeuwin et Bonne-Espérance. Mais elle le fera d'est en ouest. C'est l'inverse du sens adopté par les grandes courses autour du monde, qui profitent des vents d'ouest dominants des latitudes australes.
Après les Canaries et le Cap-Vert, Caramel traversera l'Atlantique vers le Brésil avant de descendre jusqu'à Ushuaia. Le cap Horn et les canaux de Patagonie sont prévus en janvier 2027. Le voilier remontera ensuite la côte chilienne avant de traverser le Pacifique vers l'île de Pâques et la Polynésie, puis de poursuivre vers la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie.
En 2028 viendront l'Australie, le cap Leeuwin, l'océan Indien, les Seychelles, Madagascar et La Réunion. Après l'Afrique du Sud et Bonne-Espérance, la remontée de l'Atlantique doit ramener Caramel en Méditerranée au printemps 2029.
Le projet prévoit une succession de grandes étapes, avec une organisation qui pourra varier selon les zones traversées. Sandrine pourra naviguer seule sur certaines portions et être accompagnée sur d'autres, notamment lors des passages de caps ou des navigations côtières les plus engagées. Il ne s'agit donc pas d'un tour du monde revendiqué intégralement en solitaire. Le cap Horn et les canaux de Patagonie figurent notamment parmi les secteurs demandant une préparation particulière.
Un Grand Soleil de série plutôt qu'un bateau de course
L'autre particularité d'Odysea tient au bateau. Caramel n'est ni un prototype ni une ancienne machine de course au large. C'est un Grand Soleil 43 construit en 2010, dans une version à trois cabines doubles et deux salles d'eau. Son 1er propriétaire, Yannick Richomme, papa de Yoan, a effectué à son bord plusieurs transats et deux tours de méditerranée.
Ce Grand Soleil possède néanmoins une configuration sportive, avec notamment un mât carbone et des voiles DFi Incidence. Surtout, il ne part pas vers l'inconnu sans références : le bateau totalise déjà 4 traversées de l'Atlantique.
Sandrine le connaît également autrement qu'à travers une fiche technique. Depuis son acquisition, elle estime avoir elle-même accumulé entre 15 000 et 18 000 milles à son bord, avec son tour de l'Atlantique, des navigations méditerranéennes et un voyage jusqu'en Grèce.
C'est donc un bateau amplement fiabilisé, qui a suivi un entretien exemplaire.
Prélever l'ADN laissé dans l'océan
Odysea embarque aussi un programme de recherche en génomique environnementale. La direction scientifique est assurée par le professeur David Mouillot, du laboratoire MARBEC de l'Université de Montpellier, avec également l'expertise du CEFE.
L'objectif est d'étudier la biodiversité des poissons osseux et cartilagineux, notamment les requins et les raies, dans plusieurs zones significatives du parcours : caps, secteurs migratoires ou espaces soumis à une pression humaine importante.
La méthode repose sur l'ADN environnemental, ou ADNe. Poissons et autres organismes laissent continuellement dans l'eau des traces biologiques : cellules, mucus, écailles ou fragments de tissus. Il devient possible d'en extraire de l'ADN et d'identifier des espèces sans avoir à les observer ou les capturer.
À bord, le protocole prévoit de traiter 30 litres d'eau de mer à l'aide d'une pompe péristaltique. La filtration sera effectuée pendant un transect d'environ deux kilomètres, avec un prélèvement à un mètre sous la surface. Position GPS et métadonnées associées seront enregistrées.
Le filtre est ensuite conservé dans un tampon permettant de préserver l'ADN jusqu'à deux mois à température ambiante. Les capsules pourront ainsi être expédiées depuis les escales pour extraction, amplification et séquençage.
Le bateau devient donc ponctuellement plateforme scientifique. Avec une contrainte supplémentaire : appliquer un protocole suffisamment rigoureux alors que l'échantillonnage s'inscrit dans une navigation autour du monde.
Et au bout des amarres, retrouver la verticale
Il restait à intégrer l'escalade. Sandrine Levet n'a pas cherché à la greffer artificiellement au projet : certaines escales sont choisies précisément parce qu'elles donnent accès à des sites qu'elle souhaite parcourir depuis longtemps.
Cochamó, au Chili, fait partie du programme, tout comme le spectaculaire Totem Pole de Tasmanie et les grandes parois du Tsaranoro à Madagascar. Cette dernière dimension explique aussi pourquoi Odysea s'étale sur près de 3 ans là où un tour du monde sportif pourrait être beaucoup plus rapide.
La performance recherchée n'est donc pas centrée surle chronomètre. Elle réside dans l'enchaînement : traverser les océans, parfois en solitaire, remonter des routes souvent contraires aux vents dominants, franchir les 3 caps, réaliser des prélèvements scientifiques puis quitter ponctuellement le pont du bateau pour une paroi.
Un projet difficile à ranger dans une case. C'est précisément ce qui fait sa cohérence avec le parcours de Sandrine.
Entre les deux, Sandrine doit parcourir les trois océans et franchir les trois grands caps : Horn, Leeuwin et Bonne-Espérance. Mais elle le fera d'est en ouest. C'est l'inverse du sens adopté par les grandes courses autour du monde, qui profitent des vents d'ouest dominants des latitudes australes.
Après les Canaries et le Cap-Vert, Caramel traversera l'Atlantique vers le Brésil avant de descendre jusqu'à Ushuaia. Le cap Horn et les canaux de Patagonie sont prévus en janvier 2027. Le voilier remontera ensuite la côte chilienne avant de traverser le Pacifique vers l'île de Pâques et la Polynésie, puis de poursuivre vers la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie.
En 2028 viendront l'Australie, le cap Leeuwin, l'océan Indien, les Seychelles, Madagascar et La Réunion. Après l'Afrique du Sud et Bonne-Espérance, la remontée de l'Atlantique doit ramener Caramel en Méditerranée au printemps 2029.
Le projet prévoit une succession de grandes étapes, avec une organisation qui pourra varier selon les zones traversées. Sandrine pourra naviguer seule sur certaines portions et être accompagnée sur d'autres, notamment lors des passages de caps ou des navigations côtières les plus engagées. Il ne s'agit donc pas d'un tour du monde revendiqué intégralement en solitaire. Le cap Horn et les canaux de Patagonie figurent notamment parmi les secteurs demandant une préparation particulière.
Un Grand Soleil de série plutôt qu'un bateau de course
L'autre particularité d'Odysea tient au bateau. Caramel n'est ni un prototype ni une ancienne machine de course au large. C'est un Grand Soleil 43 construit en 2010, dans une version à trois cabines doubles et deux salles d'eau. Son 1er propriétaire, Yannick Richomme, papa de Yoan, a effectué à son bord plusieurs transats et deux tours de méditerranée.
Ce Grand Soleil possède néanmoins une configuration sportive, avec notamment un mât carbone et des voiles DFi Incidence. Surtout, il ne part pas vers l'inconnu sans références : le bateau totalise déjà 4 traversées de l'Atlantique.
Sandrine le connaît également autrement qu'à travers une fiche technique. Depuis son acquisition, elle estime avoir elle-même accumulé entre 15 000 et 18 000 milles à son bord, avec son tour de l'Atlantique, des navigations méditerranéennes et un voyage jusqu'en Grèce.
C'est donc un bateau amplement fiabilisé, qui a suivi un entretien exemplaire.
Prélever l'ADN laissé dans l'océan
Odysea embarque aussi un programme de recherche en génomique environnementale. La direction scientifique est assurée par le professeur David Mouillot, du laboratoire MARBEC de l'Université de Montpellier, avec également l'expertise du CEFE.
L'objectif est d'étudier la biodiversité des poissons osseux et cartilagineux, notamment les requins et les raies, dans plusieurs zones significatives du parcours : caps, secteurs migratoires ou espaces soumis à une pression humaine importante.
La méthode repose sur l'ADN environnemental, ou ADNe. Poissons et autres organismes laissent continuellement dans l'eau des traces biologiques : cellules, mucus, écailles ou fragments de tissus. Il devient possible d'en extraire de l'ADN et d'identifier des espèces sans avoir à les observer ou les capturer.
À bord, le protocole prévoit de traiter 30 litres d'eau de mer à l'aide d'une pompe péristaltique. La filtration sera effectuée pendant un transect d'environ deux kilomètres, avec un prélèvement à un mètre sous la surface. Position GPS et métadonnées associées seront enregistrées.
Le filtre est ensuite conservé dans un tampon permettant de préserver l'ADN jusqu'à deux mois à température ambiante. Les capsules pourront ainsi être expédiées depuis les escales pour extraction, amplification et séquençage.
Le bateau devient donc ponctuellement plateforme scientifique. Avec une contrainte supplémentaire : appliquer un protocole suffisamment rigoureux alors que l'échantillonnage s'inscrit dans une navigation autour du monde.
Et au bout des amarres, retrouver la verticale
Il restait à intégrer l'escalade. Sandrine Levet n'a pas cherché à la greffer artificiellement au projet : certaines escales sont choisies précisément parce qu'elles donnent accès à des sites qu'elle souhaite parcourir depuis longtemps.
Cochamó, au Chili, fait partie du programme, tout comme le spectaculaire Totem Pole de Tasmanie et les grandes parois du Tsaranoro à Madagascar. Cette dernière dimension explique aussi pourquoi Odysea s'étale sur près de 3 ans là où un tour du monde sportif pourrait être beaucoup plus rapide.
La performance recherchée n'est donc pas centrée surle chronomètre. Elle réside dans l'enchaînement : traverser les océans, parfois en solitaire, remonter des routes souvent contraires aux vents dominants, franchir les 3 caps, réaliser des prélèvements scientifiques puis quitter ponctuellement le pont du bateau pour une paroi.
Un projet difficile à ranger dans une case. C'est précisément ce qui fait sa cohérence avec le parcours de Sandrine.