PRB remporte la victoire de la Transat Jacques Vabre en Imoca

Vincent Riou et Sébastien Col sur PRB

PRB est le premier Imoca a avoir franchi la ligne d'arrivée brésilienne ce mercredi 11 novembre 2015 à 13h 52’ 24’’ (heure française). Vincent Riou et Sébastien Col ont donc mis 17 jours 00 heure 22 minutes 24 secondes pour parcourir 6 034 milles sur l'eau à la vitesse moyenne de 14,78 nœuds.

Et c'est une deuxième victoire sur ce parcours entre Le Havre et Itajai puisque Vincent Riou n'est autre que le tenant du titre. En 2013, il était accompagné par Jean Le Cam et avait aussi mis 17 jours. Cette année, il avait choisi le spécialiste du match-race, Sébastien Col, pour le seconder sur ce parcours Nord-Sud.

Le monocoque Imoca avait déjà subi une importante remise à niveau pour la Route du Rhum 2014, mais le bateau avait dû abandonner sur avarie structurelle. Cette fois, le plan VPLP-Verdier de 2010 était l'un des grands favoris de cette douzième édition de la Transat Jacques Vabre, aux côtés de SMA et de Quéguiner-Leucémie Espoir, car personne ne savait encore comment allaient se comporter les nouveaux prototypes à foils…

Et dès les premiers milles, les trois "classiques" mènent le train en baie de Seine, mais le reste de la Manche démontre que les "foilers" sont extrêmement rapides dans ces conditions de mer peu agitée et de vent de travers modéré. Ces deniers s'échappent encore plus en abordant l'Atlantique, mais déjà les trajectoires diffèrent puisque PRB et Quéguiner-Leucémie Espoir se déportent plus le vers le Sud quand il leur faut aborder la première dépression irlandaise. Quand Banque Populaire VIII et SMA s'enferrent dans le cœur des basses pressions, Eliès-Dalin suivis par Riou-Col sortent en tête pour obliquer plein Sud vers les Açores.

Les milles défilent pour le quatuor leader constitué de Quéguiner-Leucémie Espoir, PRB, Banque Populaire VIII et SMA avec plus de cent milles de marge sur les autres monocoques IMOCA. Un long bord bâbord amures vers l'archipel atlantique dans une mer encore très forte, n'empêche pas les navigateurs de carburer à plus de douze nœuds de moyenne : Vincent Riou et Sébastien Col en profitent pour prendre le commandement. Et au passage des Açores avec un vent plus portant et une mer plus organisée, le rythme s'accélère encore avec des moyennes supérieures à dix-huit nœuds !

La configuration "foil" de Banque Populaire VIII lui permet alors de déborder ce groupe par l'Ouest et de suivre la courbure des isobares de l'anticyclone pour aller chercher un point d'empannage sur le 28° 30 W : Armel Le Cléac'h et Erwan Tabarly mènent le train et rentrent les premiers dans le Pot au Noir, mais avec seulement une trentaine de milles de marge sur PRB. La traversée de la Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) va bousculer les schémas habituels puisque le trio leader glisse vers le Sud-Ouest pour trouver une sortie. Mais le Pot au Noir se décale sur le groupe au point que la sortie devient complexe et tendue pour parer la pointe brésilienne !

PRB s'extirpe en premier du marasme météorologique avec une trentaine de milles de marge sur ses deux poursuivants au passage par l'intérieur de l'archipel de Fernando de Noronha. Vincent Riou et Sébastien Col réussissent ensuite à maintenir cet avantage sur Banque Populaire VIII qui ne gratte rien malgré son foil et ces alizés modérés de secteur Est.

Le golfe de Rio ne change pas la donne, surtout lorsque Armel Le Cléac'h et Erwan Tabarly contre-bordent pour contrôler Yann Eliès et Charlie Dalin. PRB ne peut plus être inquiété, même si la brise mollit à quelques dizaines de milles de la ligne d'arrivée et c'est avec plus de soixante milles d'avance sur Banque Populaire VIII et plus de 90 milles sur Quéguiner-Leucémie Espoir que Vincent Riou et Sébastien Col s'amarrent en vainqueurs de la classe IMOCA à Itajaí.

Vincent Riou, à son arrivée au Brésil "Nous sommes heureux parce que ça n'a pas été une mince affaire de revenir entier déjà. On a du mal à se remémorer l'état d'esprit dans lequel on était il y a deux semaines et demie au départ du Havre. On ne faisait pas les malins. On savait qu'on partait sur une course engagée, avec dans l'esprit une première partie essentielle, c'est-à-dire de réussir à passer sans encombre et à être dans le paquet de tête au niveau des Açores. Ce qu'on a réussi à faire. Et derrière il restait tout à construire, c'était notre idée de base et je pense qu'on a bien exécuté le plan.

Nous avons fait une transat particulière. Nous avons travaillé nos sensations sur cette Transat Jacques Vabre. Dès la première nuit de course, on est tombé en panne de centrale de navigation. On a tout fait avec, comme seul affichage, la route fond et la vitesse fond. Jamais, ni la force, ni la direction, ni l'angle du vent. On a même pensé mettre les rubans dans les haubans comme on faisait quand on était petits en 420. Nous avons fait tout sans assistance électronique. On me l'aurait dit avant le départ, j'aurais dit non pas question ! Ça ne peut pas marcher. Il faut aiguiser ses sens et se mettre au boulot. Avec le peu de repères, ce n'est pas évident de trouver les bons réglages. Il faut toujours être bien toilé pour avoir des sensations. La leçon, c'est que c'est possible, et pour apprendre ce n'est pas si mal".

Sur le match en tête de course

"Ce fut un beau match, derrière, ils ne nous ont pas laissé beaucoup de répit. Avant hier matin, il n'y a jamais eu plus de 35 milles d'écart entre le premier et le deuxième. Sur une course de 5 400 milles, je trouve que c'est engagé. Il y a eu un paquet de changements de leader, tout le monde a eu la tête de flotte. Ce fut une belle course, on a trouvé ce qu'on était venu chercher, c'est-à-dire la compétition. Le choix d'aller chercher la dépression dans l'ouest de l'Irlande, c'était rédhibitoire de ne pas y aller. Et pour moi, c'était plus "safe" pour les bateaux. Ceux qui ont tourné à gauche plus tôt se sont fait bien plus secouer que nous. Après la longue descente de l'Atlantique au reaching, il fallait tenir la cadence, il n'y avait pas grand-chose à faire. Au bout de 8 jours, on s'est retrouvé dans un Pot au Noir étrange. Là, ça a commencé à jouer. Mais ça me réussit à chaque fois, je vais finir pas bien l'aimer ce Pot. Il fallait avoir les nerfs solides, ça s'est joué à pas grand-chose pour nous. Ça a été complexe. Sortir devant à la corne du Brésil, c'était intéressant. On voulait aller au large tout de suite. Notre ami Bernot, nous a appris que traîner le long des côtes du Brésil, c'était quand même très risqué. Ça nous a permis de reprendre un petit avantage. Après tout s'est déroulé nickel. On va vite dans le petit temps, on a passé le front orageux avant les autres…"

Concernant la Transat Jacques Vabre

"La Transat Jacques Vabre est pour moi aujourd'hui une grande classique de la voile française. Elle mérite d'être considérée en tant que telle. Nous étions venus clairement pour gagner la course. Ce fut une course éprouvante. Elle aurait duré deux ou trois jours de plus, je pense que les organismes auraient souffert."

Que penser de la nouvelle génération d'IMOCA ?

"La nouvelle génération est en phase d'apprentissage, de découverte. On ne joue pas dans la même catégorie. Nous avons un bateau abouti, dont on a les manettes. Eux sont en mode découverte. C'est sûr que les foils, c'est l'avenir de la voile. Nous en aurons tous un jour. On ne peut pas refuser le progrès. Aujourd'hui, c'est une histoire de timing, un délai de mise au point, on est à chaud, il falloir analyser ce qu'il s'est passé."

Sébastien Col, à son arrivée au Brésil "C'était un plaisir, c'était impressionnant de voir fonctionner Vincent. C'est une chance que j'ai eue de naviguer avec lui, c'est quelqu'un de très complet. Il maîtrise beaucoup de choses, autant la technique que la navigation. Physiquement, ça s'est mieux passé. Il y a quatre ans avec François (Gabart), nous étions dans le dur, ce n'est jamais évident sur un bateau neuf d'arriver sans encombre.

Au final, cette avarie d'électronique, c'est une bonne leçon, on se rend compte qu'on est de plus en plus assisté dans la vie en général. L'être humain est capable de faire de grandes choses, de sentir les choses. C'est une belle leçon pour une performance qui est supérieure quelque part. Je me suis rendu compte également à quel point il faut être complet pour naviguer en IMOCA."

Sur les belles images de la course

"Les images, ce sont la grosse mer avec des vagues de 6 mètres lors du premier front. Ensuite, chaque portion de la course a ses particularités. On est passé entre les îles des Açores, puis entre les îles de l'archipel de Fernando de Noronha. Ce sont des sensations, des ambiances."

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