Manta, le quadrimaran d'Yvan Bourgnon pour dépolluer les océans


Le navigateur et explorateur Yvan Bourgnon - connu entre autres pour son tour du monde en catamaran de sport non habitable ou encore pour sa récente participation à la Transat Jacques Vabre - lance une campagne de crowfunding. L'objectif ? Lancer un bateau collecteur de déchets plastiques et développer l'association "The Sea Cleaner".

Un constat : trop de pollution océanique

C'est au cours de ses nombreuses navigations océaniques que la navigateur aventurier Yvan Bourgnon a été confronté de plein fouet à la pollution. Notamment sur la Transat Jacques Vabre, qu'il courait avec le skipper Gilles Lamiré, à bord du Multi 50 La French-Tech Saint-Malo. Les deux marins avaient percuté un container, endommageant sérieusement les deux flotteurs, ce qui les avait obligés à abandonner la course. Mais aussi pendant son Tour du monde en catamaran de sport, Yvan a pu heurter de nombreux objets flottants (OFNI pour Objets Flottants Non Identifiés).

Le navigateur a donc décidé de lancer l'association "The Sea Cleaner" dédiée à la pollution océanique. Il se lance également dans la construction d'un navire collecteur de déchets plastiques, le Manta. Pour appuyer son projet, Yvan a lancé une campagne de crowfunding, démarrée le 14 octobre 2016.

"Entre 8 et 10 millions de tonnes de plastique sont déversés dans les océans chaque année. Une partie de ces macro-déchets flottants se fragmentent au contact des vagues et des rayons UV pour se transformer en microdéchets, puis en nanodéchets, assimilés directement par les organismes marins, impactant l'ensemble de la chaine alimentaire marine. D'ici 2025, la quantité de déchets plastiques entrant dans le milieu marin pourraient être multipliés par 10. À ce rythme, en 2050, les morceaux de plastique présents dans les océans seront aussi nombreux que de poissons !" explique le navigateur.

Aujourd'hui, 60 % des déchets plastiques sont déversés par seulement 3 % des populations côtières. Les plus grands pollueurs se trouvant en Asie, et en premier lieu la Chine avec 8,8 millions de tonnes de déchets plastiques mal gérés en 2010. Suivent l'Indonésie (3,2 millions), les Philippines (1,9 million), le Vietnam (1,8 million) ou encore le Sri Lanka (1,6 million).

Ces derniers se concentrent très rapidement dans certaines zones, au gré des courants et des catastrophes naturelles. Il faut donc collecter au plus près de la source, avant que ces déchets ne se dispersent, se réduisent et finissent au fond des océans.

Un bateau capable de récupérer au plus près les déchets

Yvan Bourgnon et son équipe — composée de Patrick Fabre (Fondateur de l'ONG OCEANOPLASTIC) et Jérôme Vollet (Designer et ingénieur naval — CEO d'ESY CONCEPT) – ont donc décidé de lancer par l'intermédiaire de l'association un bateau qui puisse offrir la mobilité nécessaire pour aller au plus près des déversements.

Le Manta – qui doit son nom à la raie Manta et sa capacité à filtrer l'eau – a été étudié pour collecter les déchets au plus près des sources de déversement, près des côtes. Ce navire quadrimaran (4 coques) offre la mobilité nécessaire pour se déplacer rapidement vers les bancs de plastiques concentrés par les courants et les vents avant qu'ils ne se déplacent dans les océans et rejoignent les continents de plastique. Mais il peut aussi se déplacer en haute mer, là où le mouillage est rendu impossible par la profondeur océanique et absorber les déchets qui ont pu être relâchés par des containers, en surface et jusqu'à 1,5 m de profondeur.

La propulsion du multicoque sera assurée par un Kite Wing (cerf-volant) combiné à un système de gréement supportant des voiles classiques, auquel s'ajoute un bloc propulseur hybride. Ceci pour permettre de réduire l'empreinte carbone au minimum.

Collecter les déchets grâce à un système de rampe

Une rampe de collecte de 72 m de large permettra de collecter les macro-déchets sans nuire à la faune aquatique. En effet, le navire sera équipé d'un dispositif électronique d'émissions sonores pour éloigner la faune marine à l'approche du navire et éviter la pêche accidentelle. Le collecteur capable de récupérer à la fois les déchets plastiques de plus de 1 cm2, mais aussi les filets de pêche à la dérive, les Ghostnets.

Inspiré des fanons de baleines, ce système biomimétique se repliera pour passer les canaux (comme le Panama) et entrées de port.

À bord, un réseau de tapis roulant acheminera les macro-déchets vers les cuves de stockage, qui peuvent accueillir 300 m3 de plastiques. Les campagnes de collecte dureront de quelques jours à plusieurs semaines. Au total, le bateau aura une autonomie de 2 mois.

Une collecte de fonds organisée pendant 2 mois

Le 14 octobre 2016, Yvan Bourgnon a lancé une campagne de crowfunding qui durera jusqu'au 13 décembre prochain. L'objectif est de récupérer 80 000 €, somme nécessaire pour le lancement de l'association "The Sea Cleaners." Le 21 octobre, déjà 23 % de l'objectif total a été récolté, soit 18 622 €, apportés par 310 donateurs !

En récompense, les donateurs pourront rencontrer le navigateur, qui leur fera découvrir les plans du bateau. Ils pourront échanger ensemble sur l'avancée du projet ou encore réaliser une sortie en mer à bord de "Ma Louloute", le catamaran de sport à bord duquel Yvan Bourgnon a réalisé son tour du monde entre 2013 et 2015.

Enfin, la plus grosse récompense sera un voyage en Alaska, en juin prochain, pour assister pendant une semaine aux derniers préparatifs du prochain défi d'Yvan : la tentative du premier passage du Nord-Ouest à la voile en solitaire sur un bateau sans cabine.

"Les premières études ont été autofinancées. Le projet est désormais viable et reconnu par tous comme un véritable déclencheur d'actions concrètes de terrain. Il nous faut maintenant lancer le projet sur les rails qui le mèneront à l'eau pour nettoyer les océans. Votre participation à cette campagne nous permettra de lancer les études détaillées et les essais en bassin de carène puis en situation réelle, et lancer la construction du premier Manta.

Ce projet est le vôtre, c'est ensemble que nous participerons concrètement à la réduction de la pollution plastique océanique. Nous faisons équipe, je vous apporte mon expérience et vous propose, si vous êtes sensible à ce sujet, de nous apporter votre contribution financière afin de lancer ce formidable défi intergénérationnel" détaille le navigateur.

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Godard Vincent 01 Novembre 2016
0 commentaire ? Tous mes amis marins se fichent de la pollution de nos océans ? Cette idée, cette proposition en est une parmi d'autres. Devrons-nous attendre que seuls 33% de êtres vivants soient recensés sur notre planète pour commencer à bouger ? Je suis inquiet quand je me mets dans l'eau aux mouillages, pour vérifier mon ancre...de ne rien voir ou si peu sous l'eau. Quoi je mets une ancre sous l'eau...N'oublions pas que nous sommes en bout de la chaine alimentaire et que le résultat sera que nous aussi allons disparaitre. Nos fils et filles ingénieur(e)s vont devoir avec nos aides se consacrer à rendre notre si belle planète...encore vivable pour le plus d'êtres vivants.
Benoiton Franck 04 Novembre 2016
Donc, Chine et Indonésie polluent et NOUS devons financer ce projet. Une fois récoltés on en fait quoi? Retraitement à l'usine de la Hague? Ou taxes sur les entreprises françaises installées en Chine? ... Tout ça pour construire un cacamaran! .... Comme dirait l'autre, on se recycle comme on peut. La réflexion  de Vincent, au dessus, est exacte et justifiée. Faites la traversée une fois, hein?
Verna Christophe 05 Novembre 2016
Bonjour,
Pour respecter la planète et aider la force de traction du bateau, monsieur Bourgnon pourrait y adjoindre 2 de mes aménagements de propulsion liés aux bateaux:1° Une voile libre auto portée : http://inventions.a.verna.free.fr/voile.htm 2° L'Hydrolienne de gou-Verna-il : http://inventions.a.verna.free.fr/pagehydrolienne.htm Si monsieur Bourgnon est intéressé, je reste à sa disposition.Cordialement,
Christophe Verna commentaire...

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