Yvan Bourgnon nous détaille son nouveau défi

Yvan Bourgnon

Le navigateur et aventurier Yvan Bourgnon se lance dans un nouveau défi, le passage du Nord-Ouest en catamaran de sport. À bord de "Ma Louloute", il prendra le départ à l'été 2016 ou 2017, accompagné d'un autre marin. Il nous détaille son projet.

Pourquoi vous lancer dans ce défi du passage du nord-ouest ?

Je suis bien attiré par le Grand Nord et le Sud, comme de nombreux marins et navigateurs. On a déjà fait des régates, des courses au large et on a envie de voir autre chose. Avec mon tour du monde, j'ai beaucoup navigué près de l'Équateur. Mais les terres du Nord sont vraiment intéressantes.

Et c'est d'autant plus intéressant pour ce type de bateau (Ma Louloute), car c'est un passage compliqué, où peu de bateaux passent chaque année à la voile. Ce sont plutôt des bateaux à moteur que l'on voit dans ce coin-là. Sébastien Roubinet, sur Babouche, avait réussi ce passage à la voile, mais en catamaran habitable*.

L'idée c'est de ramener de belles images, c'est d'aller à la voile, pour se rapprocher des ours, des mammifères marins, car les bateaux à moteur font fuir toute la faune.

Mais avec ce défi, on cherche aussi à officialiser un record, celui du Nord-Ouest. Le World Sailing Speed Record Council (WSSRC) a validé le défi. *1 Du coup, on a deux contraintes : poser le pied à terre et ne pas se poser sur les glaçons, au risque d'être coincé et de perdre du temps.

Qu'est-ce qui vous pousse à réaliser des défis, à l'image de votre tour du monde ou de ce passage du Nord-Ouest ?

D'abord, on fait des rencontres exceptionnelles ! Lors de mon tour du monde, je me suis régalé sur toutes les étapes. On vit un vrai voyage ! J'ai dormi chez l'habitant, j'ai fait de vraies rencontres. On est au cœur du projet.

Quand on est sur un bateau, s'il y a une tempête, tu te mets à l'abri et tu attends que ça se passe. Tout ce qui t'arrive, tu es obligé de le vivre, de le gérer…

Avec mon tour du monde, j'ai acquis une expérience de dingue pour pouvoir réaliser ce nouveau défi. Ça parait dangereux, mais c'est plus court que le tour du monde justement. Et puis le bateau est ultra fiable maintenant et il a fait toutes ses preuves. Rien n'est laissé au hasard.

Crédit : Yvan Bourgnon et "Ma Louloute" - crédit : Nathalie Colloud

Votre projet est déjà plutôt bien avancé ?

C'est déjà bien défini, après il nous reste un bout de chemin à faire pour trouver des sponsors. Mais on va trouver, je suis confiant. La seule incertitude c'est de savoir si ça aurait lieu cette année où l'année prochaine, en fonction justement du temps qu'on va mettre à trouver le financement.

Comment allez-vous affronter le froid ?

On n'a pas encore réfléchi à tout, mais on va laisser le bateau tel quel. On mettra une toile au-dessus des bancs, pour conserver la chaleur une fois à l'intérieur, ça fera comme une sorte de tente.

Et puis Mike Horn (un aventurier) a déjà été en expédition sur la Banquise, mais lui c'était sur la terre. Dans un bateau, l'eau par-dessus bord et on est vite trempé, on doit se changer régulièrement.

Yvan sur sa bannette, l'endroit où il dort - crédit : Jean Capdevielle

Le bateau ne sera pas donc pas modifié pour cette aventure ?

Non pas du tout, il est très bien comme il est. Par contre, il faudra être vigilant, car c'est un bateau en composite. Il ne faudra pas percuter des glaçons à 15 nœuds, sinon ça casse ! Et il faudra aussi faire attention à ne pas être pris par les glaces.

L'avantage du petit bateau (Ma Louloute fait 6,3 m de long) c'est qu'on slalome plus facilement entre les glaçons contrairement à la Babouche, qui était capable d'aller sur la glace.

Combien de temps vous donnez-vous pour accomplir ce défi ?

On compte partir aux alentours du 10 juillet, mais il faudra maintenir un certain rythme, car le passage entre les glaces s'ouvre pendant seulement 15 jours/3 semaines. Ça nous ferait réaliser la traversée entre juillet et août. Sébastien Roubinet est d'ailleurs resté carrément enfermé à certains endroits.

Sur ce défi, on va essayer de passer en cata de sport, sur une seule saison. Certains le passent sur plusieurs saisons.

Quels sont les risques du voyage ?

Déjà le froid, qu'il va falloir gérer, mais aussi le chavirage. Avec un cata de sport, il y a un risque de chavirage et là, on serait dans une situation critique, puisque l'eau est glacée. Et puis, il faut qu'on soit toujours dans l'action, dans le mouvement. On ne peut pas se mettre à l'abri et attendre que ça passe…

Vous serez deux sur ce défi, une raison particulière à ça ?

Sur ce défi, on ne peut pas s'arrêter, car on se met en danger. On ne peut pas gérer tout seul, c'est pour ça qu'on sera deux à bord. D'une part, ça nous permettra de nous relayer pour dormir, se reposer… Et d'autre part, le timing est très serré. La voie navigable ne s'ouvre que pendant quelques jours et il ne faut pas trainer en route. On doit donc mettre du rythme, naviguer jour et nuit et aller vite. Et à deux, c'est plus facile !

Si le défi se déroule en 2017, je partirai avec Gilles Lamiré, avec qui j'étais sur la Transat Jacques Vabre. On s'est très bien entendu, c'est un bon guerrier. Si c'est en 2016, il ne pourra pas le faire donc j'ai quelques pistes, mais rien d'officiel.

Yvan Bourgnon et Gilles Lamiré - crédit : Xavier Bouquin

Comment se passera le départ, vous serez en stand-by sur place ?

Pour le départ, il faudra qu'on soit là-bas fin juin, pour une semaine de départ entre le premier et le 15 juillet. Mais tout dépendra de la météo et des glaçons.

Une fois en navigation, vous avez un routeur à terre ?

On aura les informations météo avant le départ et plus rien après. C'est possible qu'on reçoive quelques SMS dans le passage via un téléphone satellite, pour nous indiquer éventuellement les tempêtes. Mais c'est encore à voir.

Justement, en cas de tempête, qu'est-ce qu'il se passe ?

S'il y a une tempête, on a plusieurs options. Si c'est possible et qu'il y a un côté accessible, on ira mouiller sur la côte, ou dans une crique. Sinon, on se met à la cape ou on prendra la fuite.

Si on est bloqué dans les glaçons, on descend le mât et les haubans et on attend que ça se passe.

Sur mon précédent défi, j'ai la chance de ne pas avoir eu besoin de demander les secours, malgré toutes mes galères. Je me suis toujours débrouillé tout seul, alors on va continuer sur la même lancée.

D'autres projets ?

J'ai un projet de tour du monde contre les vents, d'une durée de 100 jours en mer. Je le ferai sur un maxi-multicoque en solitaire.

 

* Sébastien Roubinet est un aventurier qui a réalisé le passage du Nord-Ouest en 2007. Parti le 19 mai d'Anchorage, il a rallié le Groenland le 9 septembre 2007, soit trois mois et 21 jours de traversée à la voile. Dans cette aventure, il était accompagné, tour à tour d'Anne Lise Vacher-Morazzani, Éric André et Boris Teisserenc.

Pour ce défi, Sébastien Roubinet a navigué sur Babouche (qu'il a conçu et construit avec Anne-Lise Vacher-Morazzani), un catamaran des glaces léger et résistant, capable de naviguer sur l'eau et de glisser sur la glace.

*1 Le  World Sailing Speed Record Council (WSSRC) homologue les records à la voile.

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