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Interview : Quentin Vlamynck "Aujourd'hui le Mini Arkema n'est pas à 100% de son potentiel"

À la barre de son Mini Arkema, Quentin Clamynck s'élance sur la Mini-transat sur un 6.50 qui dénote dans la flotte. En plus d'une étrave ronde - à laquelle on finit par s'habituer - il est équipé d'une voile épaisse et de foils qui dépassent la largeur du bateau. Explication sur ces choix par son skipper et visite du bateau en vidéo.

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On peut dire que tu as le bateau le plus innovant de tous les concurrents. Peut-on faire le tour des innovations que tu as testé sur ce bateau ?

Il y a principalement la voile épaisse, des foils et l’étrave ronde. Même si sur ce dessin de carène, on est le 3e et il y a aujourd'hui un 4e mis à l'eau après nous. Là où il y avait le moins de risque innovant, c’était sur l’étrave. J’ai aussi un système de décalage de l'étai. Sur l’accastillage, on a beaucoup joué sur les constrictors [bloqueurs textiles NDLR].

Enfin il y a la construction avec la résine Hélium. C'est le premier bateau recyclable à se lancer dans une traversée de l’Atlantique. C’était l’innovation principale d’Arkema. On n'a construit ce nouveau bateau que pour valider cette nouvelle résine. C’était la seule condition impérative du projet. Si on n’arrivait pas à faire une pièce avec cette résine, on ne partait pas.

Quentin Vlamynck au départ de la Mini-Transat

Quels sont les premiers bilans de toutes ces innovations ? Ça fonctionne ?

On a fait pas mal de petites périodes de chantier pour fiabiliser tout ça. Mais globalement, on reste dans la même philosophie qu’au départ. Il a fallu travailler sur les réglages du foil pour que ça marche facilement. On a aussi travaillé sur le plateau de quille.

Ensuite c’est plein de petites bricoles sur le bateau qui fait que maintenant le bateau est fiable, que les manœuvres sont plus simples. On a travaillé sur les frottements pour en enlever beaucoup. Simplifier un peu l’ensemble, comme la remontée de safran. Aujourd’hui ça marche.

Dernièrement on a beaucoup travaillé sur la voile et fait quelques trucs que nos concurrents n’ont pas eu le temps de voir. Le bateau devrait être plus puissant et moins pénalisé dans le petit temps.

Quentin Vlamynck au départ de la Mini-Transat 

Aujourd’hui vous êtes satisfait et tout va tenir jusque de l’autre côté ?

Oui, on a cherché à développer le plus longtemps possible. Mais au bout d’un moment on s’est dit : "là on arrête de développer et on rend les systèmes fiables". Aujourd’hui le bateau n’est pas à 100% de son potentiel, il ne le sera que dans 2 ou 3 ans, mais c’est un vrai précurseur. Il est fiable à 100% et sauf mauvaise surprise, on espère arriver au bout. C’est toujours un peu l’inconnu quand tu pars en Mini et même quand tu pars sur tout type de bateau, le large ça reste un peu aléatoire.

Le foil a-t-il un réglage dynamique ?

Non ce n'est pas dynamique [Le réglage n'est asservi avec l'assiette du bateau NDLR]. Et c’est un peu ça le problème ! Sur notre projet, je peux régler le foil, mais à basse vitesse. C’est un premier réglage, mais une fois lancé, quand le bateau commence à décoller, il faudrait pouvoir jouer sur le rake et je ne peux pas encore. Ce réglage dépend de la mer et du vent et il faudrait pouvoir le régler en cours de navigation. Entre le près et le portant, on n’a pas le même réglage. Au près on essaye d’effacer le foil le plus possible pour ne pas qu’il traine d’eau. À l'inverse au portant, il faut qu'il soulage la coque.

 Quentin Vlamynck au départ de la Mini-Transat

Quelle est la différence entre vos foils et ceux de Seair ?

[Seair est un ex Mini Proto 747 et unique autre Mini équipé de foils mais qui n'entre pas dans la jauge Mini NDLR]

Ce sont deux projets complètement différents. Nous notre objectif principal, c’était d’arriver de l’autre côté de l’Atlantique. Eux c’était pour prouver qu’ils savaient faire voler un bateau. Nous avons complètement adapté le bateau à la classe Mini tandis que le 747 ne l’est pas, du moins pour le moment. Ce n’est pas le même budget non plus. Au départ c’était les mêmes budgets sauf qu’eux c’était juste pour ajouter un foil sur un bateau, nous c’était pour faire intégralement un bateau et le faire traverser. Ils ont des foils qui sont plus gros donc ils volent plus vite. Nous au large avec notre forme de foil, on ne va pas chercher le vol tout le temps. Nos foils sont plus polyvalents.

Il faut aussi savoir que notre architecte Romaric [Neyhousser] a dessiné ces foils avant le Vendée Globe. On peut comparer ça à la première génération de foil des IMOCA. Si on avait mis le bateau à l’eau un an plus tard, on aurait été sur la 3e génération de foil. On a été, en même temps que les IMOCA, les premiers à défricher le terrain. On aurait bien voulu les faire évoluer, modifier la forme du tip pour qu’ils soient rentables un peu plus tôt. Mais on n’a pas pu par manque de temps et de budget, il a fallu se concentrer sur autre chose. Mais je vais être le premier à traverser l’Atlantique avec des foils qui dépassent de la largeur. Si j’arrive au bout, je serai déjà super content. 

Ton objectif, c’est de réussir à traverser ?

L’objectif principal c’est vraiment d’arriver de l’autre côté, après si j’ai les conditions qui me permettent d’accélérer, de passer le turbo, je ne vais pas me gêner. Les conditions vraiment favorables seraient au moins 17 nœuds de vent entre 80-120°. Si j’ai un bord comme ça pendant 24h ou 48h, je pense qu’il y a de quoi faire la différence.

Quentin Vlamynck au départ de la Mini-Transat 

C’est une situation météo possible sur la Mini-Transat ?

On va partir au près pendant 24 ou 30 heures et après il va y avoir une petite zone de transition qui ne va pas durer longtemps. Très rapidement, on va partir au portant. C’est des conditions où je ne pense pas être plus rapide que les autres, mais pas beaucoup moins. Donc je pense que sur la première étape ça va se jouer à pas grand-chose. C’est surtout sur la fin de l’étape où il y aura une zone de vent faible. Ça risque de revenir par-derrière. Avec les infos météo qu’on a à bord, la fin de l’étape risque d’être compliquée et assez aléatoire. On verra, il y aura peut-être de bonnes surprises. Je ne vais rien lâcher !

Quentin Vlamynck au départ de la Mini-Transat 

Comment ce projet a germé ? C’est une idée qui vient de toi ?

Moi je suis employé Lalou Multi qui gère le partenariat avec Arkema. Je suis vraiment skipper. Suite à ma Transat en 2015 aux couleurs d’Arkema, Lalou Multi leur a proposé de construire un nouveau bateau. Ça leur a plu, la seule obligation c’était d'utiliser cette résine. Après c’était carte blanche. Il y avait la nouvelle jauge, mais le projet de faire quelque chose de vraiment innovant : c’est une idée de Lalou Multi et Romaric. Moi je serais parti avec un bateau un peu moins différent des autres, juste de quoi battre la concurrence. Mais une fois que les choix ont été fixés, je me suis adapté et j’ai fait du mieux possible pour que tout marche.

 

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