Voilier 60’ Open, c’est quoi un Imoca ?

Le départ de la Bermudes 1000 Race, course est réservée aux Imoca, est l’occasion de se pencher sur les caractéristiques de la classe Imoca et ses contrôles de jauge. Cette classe extrême regroupe des voiliers qui affrontent en course les pires conditions de mer. Pour uniformiser la flotte et prévenir les accidents, les Imoca répondent à une jauge complexe et subissent de nombreux contrôles.

Ce qui les rassemble, c'est la jauge

Comme nous l'avons vu dans l'article sur les jauges, elles servent à réunir sur une même épreuve des bateaux comparables.

Certaines sont très restrictives, d'autres, plus ouvertes aux évolutions. La jauge Imoca, celle des voiliers du Vendée globe, est une rules box. Ce terme anglais est très explicite, il s'agit de faire rentrer un bateau dans la boite de règles.

Les règles de la classe Imoca, à l'origine assez sommaires, se sont durcies au fils des épreuves afin de prévenir les accidents, préserver la navigabilité du voilier et la survie du marin.

Si la sécurité est le moteur principal de ces règles, leurs subtilités laissent une grande liberté d'innovation aux architectes et aux marins.

C'est comment un Imoca ?

C'est assez simple à visualiser, un Imoca c'est un des monocoques de course les plus rapides. Ces voiliers légers et résistants aux pires conditions sont à la pointe de la technologie.

 

Constructions d’orfèvres en matériaux composites, ils embarquent désormais des capteurs de partout et s’apprêtent à voler sur leurs foils. Les skippers connaissent en temps réel la tension dans la bastaque, l'informatique leur offre les images satellites du globe et leurs pilotes automatiques sont plus performants que celui d'un Airbus.

Mais un Imoca, c'est aussi des mensurations. Car, à part la couleur de leurs sponsors, ils partagent de nombreuses caractéristiques :

Alors, un Imoca ressemble à ça :

  • Une longueur 18,28 m (60 pieds)
  • Une largeur de 5,85 m maximum
  • Un tirant d’eau de 4,50 m maximum
  • Un tirant d’air de 29 m maximum 
  • Un choix entre 
  • Un nombre d’appendices limité 
  • Un nombre de ballasts limité

Un Imoca doit aussi répondre à trois principaux critères de sécurité :

  • Être capable de se remettre à l’endroit sans assistance extérieure
  • Cloisonnement intérieur étanche en cas de retournement
  • Flottabilité importante en cas de chavirage ou de voie d’eau.

Quels sont les points de contrôles ?

Les règles de classe sont mises en place pour les coureurs et ils s'y conforment volontiers. Afin de valider le certificat de jauge, des mesures in situ sont réalisées pour savoir si le bateau rentre bien dans la boite.

Dans la classe Imoca, c’est René Boulaire, le chef mesureur, et Manu Guedon qui assurent les contrôles de jauge.

Certains critères sont facilement mesurables comme la longueur, la largeur, le poids ou le nombre de voiles. Mais d’autres vérifications sont plus complexes à mesurer comme la stabilité et la puissance.

Les grandes étapes du contrôle de jauge

  1. Durant la phase de construction. Les jaugeurs vérifient les techniques de fabrication, les matériaux utilisés et toutes les dimensions (longueur, largeur, tirant d’eau, tirant d’air).
  2. À la sortie de chantier. Les jaugeurs vont peser le bateau, les foils, le mât, mais aussi confirmer que la quille est conforme au cahier des charges. Ces mesures seront très importantes pour les futurs tests de stabilité.
  3. Une fois à l’eau. Le voilier subira le fameux test à 90 degrés (video) qui consiste littéralement à le coucher sur l’eau. Ceci permettra de connaitre son moment de redressement (la force de redressement) et la position du centre de gravité. Les Imoca neufs sont soumis à ce test, mais aussi après d'importantes modifications comme un changement de mât, de quille, d’appendices.

Des contrôles spécifiques de stabilité et de puissance

Pour assurer la sécurité des marins et l'équité en course, la classe Imoca fait respecter des critères de stabilité et de puissance. Des contrôles stricts encadrent ces facteurs déterminants afin qu’ils ne soient pas dépassés par un team.

Un 60' trop puissant pourrait être dangereux ou déclasser toute une génération. Un bateau trop stable aurait un avantage net sur la flotte ; à contrario pas assez stable, il serait inquiétant pour le grand large.

Mesurer pour calculer et valider

" Pour les nouveaux Imoca, le RM (moment de redressement) du bateau doit être inférieur ou égal à 25,5 tonnes/mètres à 25 degrés de gite ", indique par exemple René Boulaire.

Pour chaque voilier, les calculs sont effectués au minimum une fois par an, grâce à des simulations numériques très poussées.

Avec des mesures physiques aussi précises que possible - voilà tout l'enjeu du travail des jaugeurs -, les puissants calculateurs disposent des bonnes données pour contrôler tous les critères de stabilité.

D'autres tests permettent de vérifier que le bateau ne chavire pas avant 110° de gite, et qu'en cas de retournement complet il puisse se remettre à l'endroit de manière autonome (à l'aide de la quille basculante).

La jauge, quel enjeu pour les teams ?

La jauge est un outil de conception pour les teams. Les contraintes qu'elle impose sont prises en compte depuis la naissance des projets jusqu'aux arrivées de course.

René Boulaire et Manu Guedon échangent constamment avec les teams, ils les accompagnent dans leurs démarches tout en définissant clairement les limites liées à la jauge. Car chacun sait que les tests sont des contraintes nécessaires pour affronter les mers du sud en course.

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Karine Filhoulaud - 2 mois
Pointu !;-) Etonnantes images...
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IMOCA, la fiche technique

MarqueMultiple
Longueur de coque18.28
Largeur5.85 m
Tirant d'eau4.50 m
Catégorie CEA
Déplacement lège8 000 kg
Surface de voilure au près350 m2
Nombre de moteurs maximum1
Voir la fiche technique du IMOCA