Armen Race Uship sur un Ultim : Un départ comme sur un dériveur... de 32 m

© Ready Prod

L'Armen Race 2019 est l'occasion de la première course d'Ultims de la saison. Les bateaux sortent de chantier et les équipes découvrent leurs montures. Un team embarque rarement les journalistes en course, alors pour cette exception nous remercions le team Actual. Pour l'heure, le compte à rebours est lancé. Embarquez avec nous !

Après avoir quitté le quai de La trinité, l'Ultim Actual Leader gagne le large pour prendre le départ de l'Armen Race Uship 2019. Nous sommes à bord est avons profité pleinement de la mise en route. Place maintenant au départ.

Parcours réduit sur l'ArMen Race

Le comité de course a décidé de réduire la distance à 210 mn en raison du centre anticyclonique, et de ses vents erratiques qui séjournent tranquillement sur l'axe du parcours.

Départ de la Trinité sur Mer, cap vers une marque virtuelle à contourner à la hauteur de la chaussée de Sein, retour à la Trinité sur Mer pour couper la ligne d'arrivée.

Si tout va comme prévu, nous devrions partir au près dans le petit temps et rentrer au près dans le petit temps, mais entre les deux, nous attend une zone de calme…

© Ronan Gladu

Un routage au ras des cailloux pour l'Ultim Actual Leader

Sur ce trimaran de 32 m, il suffit d'un pas pour passer des winchs à la table à carte. En effet, la cellule de vie est de plain-pied avec la zone de manœuvres. Depuis l'intérieur, la forme ovoïde du roof m'évoque un peu le poste de pilotage d'un cockpit d'avion.

Yves s'installe à la table à carte. Elle trône dans la cellule de vie où l'on trouve aussi une bannette de quarts, la cambuse et un petit réchaud. Face à son écran géant, il prépare le routage de la course sur le logiciel Adrena.

Selon les modèles météorologiques, les prévisions sont assez différentes. Pas facile d'établir une stratégie ! Pourtant, la nôtre se dessine : aller chercher – pour ce début de régate – plus de pression de vent à proximité des terres. Ce qui veut dire : nombreuses manœuvres au ras de côtes et changements d'amures dans le petit temps. Pas l'idéal pour ces "machines", faites pour le grand large à haute vitesse, pas pour les virements bascule.

Qu'importe ! C'est pareil pour nos concurrents que sont Sodebo Ultim' 3 et Maxi Edmond de Rothschild. La différence principale, à leur avantage, c'est qu'ils disposent de deux colonnes de moulins à café rendant leurs manœuvres 2 fois plus rapides.

Départ imminent !

Nous naviguons un peu à l'écart de la ligne, car les 8 Imoca et le Multi 50 s'apprêtent à prendre leur départ.

L'ensemble de l'équipage est à la manœuvre afin de préparer l'Ultim au premier bord de près de la course : enfoncement des foils, rack des safrans neutre, angulation du mât pour le près, basculement du gréement au vent et ajustement de la profondeur de la dérive.

Un Ultim plus que tout autre bateau demande énormément d'anticipation.

Nous naviguons sous J1. C'est un grand génois de petit temps qui nous servira pendant le début de régate. Jean-Baptiste Le Vaillant donne toutes les instructions à l'équipage pendant qu'Yves Le Blévec est à la table à carte.

De retour vers la ligne, Yves s'enquiert auprès de l'équipage : "Est-ce que quelqu'un a une montre pour le décompte du départ ? "

Cette boutade illustre la différence entre ces grands marins et ceux issus de la voile olympique, avec le chrono toujours vissé au poignet. Heureusement, Kevin Bloch est l'homme de la situation. Il scotche sa montre sur la colonne de moulin à café afin d'avoir le décompte sous les yeux et les mains bien occupées.

© Ronan Gladu

Le compte à rebours est lancé !

Dans cet équipage règne une forme de décontraction déroutante. On sent l'expérience et la maitrise des grands voiliers.

Tout y est différent ! L'envergure évidemment, la vélocité assurément, les accélérations sans aucun doute. Mais surtout, il y a cet étrange décalage entre le monde immobile des bateaux miniatures qui peuplent la baie et nous, qui semblons littéralement les survoler en vitesse.

La veille visuelle doit être extrêmement attentive tant les vitesses de rapprochement sont élevées. De plus, certains plaisanciers peuvent être un peu paniqués à la vue de ces bateaux géants.

À quatre minutes du départ, nous sommes enfin - et pour la première fois - à proximité des deux autres géants et c'est réellement impressionnant !

Deux minutes avant le départ, nous lofons travers au vent. Le trimaran de 32 m accélère franchement, pas le temps de réaliser ce qui se passe. Nous sommes à plus de 15 nœuds !

L'Ultim a enfin pris vie, et rentre en résonance. Les voiles délivrent toute la puissance du vent et plus encore. Les écoutes se raidissent et crissent sous l'effet des énormes tensions. Le bruit du sillage se renforce tout autant que le vent apparent, les appendices sifflent et l'adrénaline monte.

Pour nous positionner sur la ligne, nous passons derrière Thomas Coville (Sodebo Ultim' 3) et Franck Camas (Maxi Edmond de Rothschild) qui sont déjà au prés.

30 secondes du départ. Les voiles sont bordées à plat, elles donnent leur puissance maximale. Nous sommes au près. Nous, ce sont les 3 Ultims, les 3 géants des mers, les 3 trimarans de 32 m qui naviguent bord à bord. 5 secondes, 4, 3, 2, 1

Top départ, bon départ ! C'est donc vrai, je ne rêve pas, c'est un départ de régate en Ultim.

©Ready Prod

Navigation bord à bord entre Actual Leader, Sodebo et Gitana

Immédiatement, le team Actual se plonge dans la recherche de performance. Les capteurs sensoriels de chaque équipier sont totalement disponibles afin de tirer le meilleur de ce bateau qu'Yves et son équipage découvrent.

Nous naviguons en flotte groupée, c'est aussi impressionnant qu'enrichissant. Nous observons nos concurrents : Sodebo Ultim' 3 semble rapide, cependant on tient le Maxi Edmond de Rothschild.

© Ronan Gladu

Pour sortir de la baie de Quiberon, nous faisons cap vers le passage de la Teignouse. Le vent souffle à 12/14 nœuds, au près les Ultims naviguent à la même vitesse que ce vent. C'est peut-être à ce moment précis que le vent soufflera le plus fort durant toute notre ArMen Race.

Yves informe que nous allons bientôt virer. Le J2 étant à poste sur son étai structurel, le grand génois aura du mal à passer sur l'autre amure, nous allons donc rouler la voile pendant le virement, la dérouler sur l'autre amure et reborder. Rappelons que l'équipe d'Actual est encore en phase découverte du bateau.

© Ronan Gladu

Un manque à virer suffit pour devenir chasseurs d'Ultim

Durant cette première manœuvre, la vitesse de l’Ultim qui semblait jusque là inarrêtable tombe vertigineusement.

L’équipage a beau s'acharner sur la colonne de moulin à café, l'enroulement du J1 n'est pas assez rapide et le grand trimaran s'immobilise face au vent comme un vulgaire HC 16. Yves annonce qu'il a "perdu" le bateau, cela signifie que l'eau n'accroche plus sur les appendices, nous ne sommes plus manœuvrants et dans l'axe du vent.

Et c'est comme sur un HC 16 que nous allons sortir de ce mauvais pas. L'Ultim commence à culer, Yves inverse les safrans, l'équipage choque le chariot de GV et l'écoute.

Nous partons un peu en arrière en nous écartant de l'axe du vent. Le J1 se regonfle, le trimaran stoppe sa reculade, abat puis recommence à avancer, doucement. Les écoutes se tendent à nouveau, les bras chauffent sur la colonne de moulin à café et Actual Leader redémarre enfin.

Dans la bataille contre le vent, nous avons perdu le contact avec nos camarades, mais ce n'est que le début de course et les prévisions météo laissent entendre qu'il y aura encore de nombreux rebondissements.

Nous sommes les chasseurs et sommes prêts à profiter de la moindre occasion pour revenir sur nos concurrents.

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