J'ai navigué sur l'Ultim Actual Leader : quitter le port est déjà une aventure

© Ronan Gladu

L'Armen Race 2019 est la première confrontation de la saison des Ultims fraichement pris en main par leurs skippers. Le Team Actual m'a invité à courir l'Armen Race à bord de leur trimaran géant. Découvrons ensemble cette expérience hors du commun : régater parmi les géants.

“C'est bon, rendez-vous jeudi à 11 h sur le bateau”

Durant 3 jours, ce petit mot d'Yves le Blevec occupe tout mon esprit et relègue les autres pensées au rang des futilités. J'ai du mal à y coire, le Team Actual Leader, m'accueille à bord de l'Ultim pour courir l'Armen race.

Alors, depuis 3 jours j'étudie en détail chaque photo de l'ex Sodebo afin d'essayer de percer les mystères de son plan de pont et de son plan de voilure. C'est inévitable, mais j'aimerais ne pas apparaître trop empoté sur ce géant si inhabituel.

Pendant 3 jours, je regarde l'évolution de la météo, j'élabore des scénarios improbables… 310 mn de parcours sur un axe NW/SE entre la chaussée de sein et l'île d'Yeu… 15 nds de vitesse moyenne ? Peut-être 25 nds de moyenne ? Accrocherons-nous les 40 nds en pointe ? Mais au fait, qu'est-ce que cet anticyclone fait en plein milieu de la course ? Et si au contraire il n'y avait pas de vent ? Et si l'eau est un miroir, est-ce qu'à 32 m d'altitude il subsiste un souffle d’air ?

En fait, qu'importe les conditions météo, qu'importe mon ignorance des manœuvres en Ultim, j'ai la chance hors du commun de pouvoir naviguer sur cette machine à faire rêver. Alors le jeudi matin à 10H, en avance comme pour mieux prendre la mesure de mon privilège, j'arpente le ponton de La Trinité sur Mer parmi les badauds qui commentent la démesure des 3 Ultims amarrés sous nos yeux.

Des marins, parmi les meilleurs

Je me présente sur le ponton et monte à bord pour retrouver une partie de l'équipe que je connais déjà. Sandrine Bertho - notamment en charge de la logistique terre - m'accueille à bord et me présente au reste de l'équipage.

À bord des Ultims, les CV des marins sont parfois longs comme les bras. Cependant, Yves le Blevec a composé un équipage mélangeant jeunes talents et coureurs endurcis.

Aux côtés du skipper, on retrouve Jean-Baptiste Le Vaillant (un des marins les plus expérimentés en multicoques océaniques de course), Loïc Lingois (Boat Captain de l’Ultim Actual qui officie sur les coursiers océaniques depuis Pierre 1er), Alex Pella (récent vainqueur de Route du rhum, détenteur du record du tour du monde sur IDEC), Davy Beaudard (32 ans un des skippers les plus titrés du circuit mini qu'il écume depuis 15 ans déjà), Kevin Bloch (22 ans très prometteur skipper en mini et étudiant ENSTA Spécialité Architecture Navale, hydrodynamique).

Et pour ramener des souvenirs iodés des courses océaniques, team Actual s'est aussi entouré d'un média man, Ronan Gladu, passionné d'aventure et de glisse. Cet équipage hétéroclite est une belle brochette de talents.

Un bateau d'exception pour sillonner les mers du globe

Les Ultim il n'y en a que six dans le monde (Banque Populaire en cours de construction). Ces machines de course sont capables de boucler un tour du monde en 42 jours à la vitesse moyenne de 27,2 nœuds !

À terre, leurs dimensions stupéfiantes font rêver et déconcertent rapidement tellement on se sent petit face à ces géants des mers. Une impression confirmée en mer… Ces bateaux sont incroyablement énergivores et nécessitent une force mentale et physique impressionnante…

Pour l'heure, on quitte le port

Dans le cockpit très protégé du trimaran géant, l'équipage s'installe à la colonne du moulin à café. Il faut hisser un équipier à 5 m pour connecter l'immense corne de la GV au mât. Ensuite, nous préparons le J1 afin de pouvoir l'envoyer lorsque nous serons en mer.

Yves, revient du briefing des skippers, il rentre le parcours dans le logiciel de navigation Adrena et en profite pour lancer un routage.

Pour quitter le ponton de La Trinité-sur-Mer avec l'Ultim, les 2 semi-rigides d'assistance sont mis en route par l'équipe à terre. Soyons clairs, la place de port est immense, mais finalement assez étriquée face à l'envergure de l'engin. Ainsi les semi-rigides se positionnent sous les trampolines et poussent ou tirent la proue ou la poupe en connexion permanente avec les consignes du skipper grâce au casque équipé de micros.

Sous l'œil émerveillé et impressionné des badauds, nous quittons notre place de port et rentrons dans le chenal. Je le connais bien ce chenal et il ne m'était jamais apparu si étroit.

25 minutes pour hisser la GV et dérouler le J1

Bien que le départ des Ultims soit prévu après toutes les autres séries, nous sommes néanmoins le premier des 3 Ultims sur le plan d'eau. Il est temps de mettre les voiles. Deux équipiers s'installent autour de la colonne du moulin à café et commencent à tourner les bras frénétiquement.

Après 5 minutes, je jette un coup d'œil à la grand-voile, elle est à peine hissée au tiers du mât. Regard transversal vers les équipiers, ils semblent donner tout ce qu'ils ont. Je m'essaye à la colonne et je me rends compte de l'intensité de l'effort, les bras piquent, le dos souffre, et le souffle est court. Soit mon cœur va exploser, soit je vais rendre mon sandwich. Nous hissons le J1 avec les mêmes efforts. Coordination d'équipage, on prépare la bosse d'enrouleur, les écoutes sur le winch, les bras sur la colonne de moulin à café.

C'est une bonne façon de réaliser la démesure des forces engagées entre l'homme et la machine. Yves donne le top pour dérouler le J1 et le border.

L'Ultim Actual leader commence à glisser. Sur le trampoline le vent apparent augmente vite. Ça y est nous faisons de la voile sur un Ultim.

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