Un run à plus de 40nds sur l'Ultim Gitana

© Gitana S.A.

Durant notre essai de l'Ultim Gitana, j'ai eu la chance de barrer à plus de 25nds. Maintenant place aux pros pour pousser un peu la machine. Attention, avec Charles Caudrelier ça déménage, on atteint 42 noeuds !

Grâce aux foils, l'Ultim Gitana passe admirablement bien la mer, la plate-forme ne semble pas se déformer dans chaque vague comme c'est souvent le cas en multicoque. D'ailleurs après le premier virement, nous sommes contraints de naviguer "à l'ancienne", car le foil bâbord est en réparation.

Ce n'est plus du tout le même bateau, il semble butter sur les vagues et les secousses se propagent dans toute la structure jusque dans le gréement. Avec l'arrivée et la généralisation des foils, cela a disparu, c'est une vraie révolution et les chronos planétaires vont continuer de s'affoler.

On déroule le gennaker et ça pousse encore plus

Déjà bien au large de l'île de Groix, Franck propose à l'équipage de préparer l'envoi du gennaker. Nous abattons jusqu'au vent arrière pour dérouler l'immense voile de portant et la border plus facilement. Les forces en présence sont inimaginables tant qu'on n'a pas partagé la colonne de moulin à café avec un équipier.

Charles est à la barre de l'Ultim Gitana, il lofe à 135° du vent réel. La grand-voile est bordée, le chariot de GV est choqué, le guidant du gennaker légèrement déventé. La vitesse est impressionnante même pour le corps, on se penche en avant pour tenir debout et les déplacements sur le trampoline ressemblent à ceux d'un astronaute ivre.

Le mode vol est total, l'Ultim de 32 m est maintenant sustenté par ses appendices. Nous sommes à 35 nds et quasiment à plat, en appuis sur nos foils, seuls contacts entre la puissance du vent et la mer. Charles confie : "C'est assez magique de développer un tel bateau, il y a 3 ans on ne pouvait pas voler comme ça, maintenant on tient des moyennes de vol très élevées". Ce qui est certain, c'est que Gitana ambitionne d'être le premier à faire un tour du monde en vol.

On dépose littéralement sur place un Imoca

Le lieu m'est pourtant familier, mais à 35 nds j'ai perdu tous mes repères maritimes. Toujours sous gennaker, la vitesse est grisante et les superlatifs me manquent pour décrire les sensations.

Au loin, nous apercevons un Imoca, il semble venir vers nous et on distingue comme un taureau dessiné dans les voiles. En fait, il fait la même route que nous, mais dans ces conditions nous naviguons deux fois plus vite que lui. En passant à ses côtés, il semble petit, c'est incroyable comme les proportions sont relatives.

Nous sommes déjà de retour à Groix et survolés par un avion militaire en rase-motte, nous passons au pied du sémaphore de Pen Men. Le gennaker est roulé aux prix d'efforts considérables et nous déroulons le J2 pour une navigation très rapide, vent de travers.

Une pointe de vitesse à 42 nds

Charles est à la barre, seule sa tête dépasse de la casquette avec un petit rictus aux lèvres qui en dit long sur son tempérament. À 100° du vent, c'est encore un autre palier que nous franchissons. Le vent apparent est phénoménal.

La mer est parfaitement plate sous le vent de l'île de Groix, Charles en profite pour lâcher les chevaux, le trimaran ne semble plus freiné par l'eau, mais seulement en contact avec elle.

Le vent monte à 20nds, le skipper cale son voilier volant à 100° du vent. 38, 39nds, nous dépassons les 40nds et le barreur nous offre une pointe à 42nds.

Retour au paddock, comme en F1

Le plan d'eau est définitivement trop petit pour ces coursiers planétaires et nous nous trouvons déjà à l'entrée de la passe sud du chenal de Lorient. Le J2 est roulé et nous évoluons sous grand-voile seule. Merci aux sémaphoristes pour leur bienveillance, car nous passons tout de même à plus de 20nds sous leurs yeux. Pas facile de freiner un tel engin.

Deux semi-rigides et l'équipe d'assistance nous rejoignent et livrent pare-battage, aussières et tauds avant l'appontement. Les promeneurs vacanciers se pressent sur les pontons pour prendre des photos et des selfies devant ce colosse mi-bateau, mi-avion à la pointe de la technologie.

Cette expérience est absolument fantastique, car outre les sensations hors du commun je sais que j'ai la chance de naviguer sur un voilier précurseur. Gitana est probablement la version 1 des multicoques océaniques volants. Une nouvelle ère s'offre aux marins et on comprend leur enthousiasme. Grâce aux pionniers qui défrichent l'inconnu, la génération qui suit va vraiment se régaler.

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