Après le Mini 6.50, le Class40 et cinq saisons en Figaro, Robin Marais a franchi une nouvelle marche en prenant les commandes de Respire. Son IMOCA est un plan Farr à dérives mis à l'eau en 2007, largement remanié au fil de sa longue carrière. Un choix raisonné pour un skipper qui revendique autant son expérience de régatier que celle de technicien. À bord, quelques semaines avant la Route du Rhum 2026, il nous explique comment il construit son projet vers le Vendée Globe 2028.
Le Vendée Globe est-il un projet récent ou quelque chose que tu portes depuis longtemps ?
Ça part de loin. Je n'ai pas grandi au bord de la mer, mais dans la région lyonnaise. J'ai découvert la voile notamment grâce à mon grand-père. Et à partir du moment où j'ai commencé à naviguer et à m'intéresser vraiment à cet univers, le Vendée Globe est resté dans un coin de ma tête.
Au début, c'était vraiment un rêve. J'avais des posters de Christophe Auguin dans ma chambre, sans évidemment savoir comment je pourrais un jour arriver jusque-là.
Ensuite, j'ai eu tout mon parcours en voile olympique, puis je suis passé à la course au large. La Mini Transat 2013 a été une étape importante. C'était ma première traversée de l'Atlantique et cela m'a permis de vérifier que je me sentais bien seul au large.
Pourtant, tu as attendu longtemps avant de passer en IMOCA. Pourquoi ?
J'ai probablement une approche un peu à l'ancienne. J'ai besoin de comprendre et de maîtriser techniquement un bateau avant de passer à l'étape suivante.

Cela fait une dizaine d'années que je pense sérieusement à l'IMOCA. Mais je ne me sentais pas forcément légitime pour lancer le projet plus tôt.
Mon parcours s'est donc construit progressivement. J'ai fait du Mini, du Class40, puis du Figaro. D'ailleurs, en matière de taille de bateau, j'ai presque fait les choses à l'envers puisque je suis passé du Class40 au Figaro.
Mais le Figaro était un objectif depuis longtemps. Après la Route du Rhum 2018, le passage s'est fait naturellement. Je pensais y rester deux ou trois saisons et j'y suis finalement resté cinq ans. Je voulais réussir à faire la Solitaire dont je me sentais capable avant de passer à autre chose.
Quel a été le déclic pour te lancer en IMOCA ?
J'y pense sérieusement depuis la Route du Rhum 2018, au retour de celle-ci il y a eu l'opportunité de partir en Figaro Beneteau 3 et je savais depuis longtemps que ça faisait partie des cases à cocher… initialement je voulais construire le projet VG en parallèle mais concrètement c'est très dur à faire. Ceux qui me connaissent savent que j'ai depuis longtemps de bonnes qualités de marins pour prétendre au VG mais la Solitaire m'a appris autre chose ...
... même si à la base je viens de l'olympisme, ce n'est pas tout à fait la même chose autour de trois bouées, et le figaro finalement c'est vraiment ça, les jeux de la course au large, j'avais besoin de cette rigueur et cela a duré un peu plus longtemps que prévu.
Fin 2023 après la solitaire, j'ai eu l'opportunité d'embarquer dans le projet IMOCA de Phil Sharp qui achevait la construction d'un foiler sur plan Manuard en tant que Boat Captain, évidemment cela a été très riche sur le plan technique, mais aussi et surtout sur le plan humain, c'est là que j'ai vraiment compris que je pouvais mener une équipe, que les gens me suivaient et me faisaient confiance, et finalement c'est peut-être là le déclic !
Tes années de Figaro t'ont apporté quoi pour l'IMOCA ?
Énormément de choses sur le plan sportif. C'est une classe extrêmement exigeante. Comme tout le monde navigue sur le même bateau, tu ne peux pas expliquer un résultat par les différences de matériel. Il faut travailler la navigation, la météo, les réglages, la vitesse et tous les détails.
Mes deux dernières saisons ont marqué une vraie progression. En 2023, pour ma dernière Solitaire, j'ai terminé huitième au général avec une troisième place sur la première étape.
Mais l'IMOCA demande autre chose en plus. Tu dois connaître ton bateau dans ses moindres détails et être capable de gérer beaucoup plus de systèmes.
Tu avais justement déjà une expérience technique importante avant de devenir skipper d'IMOCA ?
Oui. J'ai toujours eu ce double parcours de coureur et de technicien.
Avant même la Mini, je travaillais déjà comme technicien, principalement dans le Sud, sur des bateaux de propriétaires, parfois de grande taille. Ce n'étaient pas des IMOCA, évidemment, mais certaines problématiques techniques sont assez proches.
Plus récemment, j'ai été boat captain du bateau de Phil Sharp. Là, j'ai découvert un foiler neuf et une plateforme beaucoup plus complexe. J'étais impliqué dans les sujets concernant les foils, l'électronique et plus généralement dans les échanges avec tous les intervenants du projet.
Cette expérience m'a beaucoup apporté techniquement, mais aussi humainement. J'étais souvent en première ligne pour gérer l'équipe sur le terrain. Cela m'a permis de constater que j'étais capable de prendre cette responsabilité. Ça a compté dans ma décision de lancer mon propre projet.
Quand tu as cherché ton IMOCA, pourquoi ne pas avoir choisi un foiler ?
Je me suis posé la question. On a regardé la possibilité d'acheter un foiler d'ancienne génération.
Mais il faut ensuite considérer tout le projet. Pour exploiter correctement un foiler de première génération, il faut investir beaucoup plus d'argent que sur un bateau à dérives. Et même avec cet investissement, tu ne vas pas forcément pouvoir aller chercher les bateaux de dernière génération.
Avec les moyens dont nous disposions et vis-à-vis de nos partenaires, je trouvais ce pari compliqué.
Un bateau à dérives correspondait davantage à notre projet. Cela permet de consacrer les moyens disponibles à un bateau que l'on peut faire fonctionner correctement et que l'on peut réellement maîtriser.
Pourquoi avoir choisi précisément Respire ?
Ce n'était pas forcément le bateau qui était tout en haut de notre liste au départ. Nous avions d'abord beaucoup avancé sur un autre IMOCA. Le projet n'a finalement pas pu aboutir dans le calendrier que nous avions et le bateau a été acheté par quelqu'un d'autre.
Nous avons donc repris nos recherches. J'ai appelé Manu Cousin et il m'a détaillé tout ce qui avait été réalisé sur son bateau. Dès la première visite, la décision est devenue assez évidente.
Le premier critère était l'état du composite et de la structure. Pour moi, c'était fondamental. Ensuite, le bateau avait bénéficié d'un gros travail d'optimisation avant le Vendée Globe 2024, notamment avec Mer Agitée et Mer Forte.
Et il y avait un autre aspect beaucoup plus pratique : Manu était basé aux Sables-d'Olonne et moi à La Rochelle. Pour la passation et la prise en main, cette proximité simplifie énormément les choses. Quand ton budget est encore serré, cela compte.
Le bateau a pourtant près de vingt ans. Que reste-t-il de l'IMOCA mis à l'eau en 2007 ?
Il faut vraiment éviter de regarder uniquement son année de construction. Ce n'est plus exactement le bateau de sa mise à l'eau. Il a connu beaucoup de modifications au fil de sa carrière. Les ballasts ont notamment évolué, le gréement a été modifié et il y a eu un travail important sur la structure et sur différents systèmes.
C'est la particularité de ces IMOCA. Ils ont parfois presque vingt ans, mais ils n'ont cessé d'évoluer.
À bord, on retrouve aussi des solutions qui sont devenues assez classiques sur les IMOCA actuels. Il y a eu un vrai travail pour moderniser le fonctionnement du bateau.
À l'intérieur, en revanche, on reste dans un univers extrêmement dépouillé…
Oui. On a ce dont on a besoin, sans beaucoup plus.
Il y a le coin cuisine, et une bannette de chaque côté. Ensuite, une part importante du volume est occupée par les systèmes.
Derrière nous, par exemple, on retrouve toute une partie de la gestion électrique. Sous cette zone se trouvent les six batteries lithium du bateau.
Quel souvenir gardes-tu de ta 1ère Route du Rhum ?
Evidemment un super souvenir même si sur le plan sportif il y avait eu pas mal de frustration avec 20h d'arrêt à Cascais à la sortie de plusieurs front assez actifs ! Je ne partais pas pour gagner mais j'avais un bon bateau et des vitesses intéressantes dans l'alizée qui m'aurait permis de jouer dans les 10 sans problèmes…
Je me souviens aussi du village et des émotions du départ, de la transition sur laquelle j'avais été largement averti mais qui avait été quand même compliquée pour moi ! Bref c'était une expérience riche et a priori c'est quand même bien de l'avoir vécu une fois avant…
Avec ton profil de technicien, as-tu besoin de connaître toi-même chaque système ?
Oui, clairement. Cela fait partie de ma manière d'aborder le projet. Je veux savoir comment fonctionne le bateau et pourquoi les choses ont été installées de telle ou telle manière. Au large, quand il y a un problème, tu es seul. Tu dois être capable de faire un diagnostic et, dans beaucoup de cas, de trouver une solution.
C'est aussi pour cela que je ne voulais pas brûler les étapes avant de passer en IMOCA. Je voulais avoir suffisamment de bagage technique pour ne pas découvrir complètement cet aspect au moment de lancer mon projet.
Évidemment, cela ne veut pas dire que je connais déjà tout de Respire. Il faut maintenant transformer la connaissance générale en connaissance très précise de ce bateau.
As-tu suffisamment navigué depuis la prise en main du bateau ?
Pas autant que nous l'aurions voulu. Il n'y a pas de secret : pour apprendre un bateau, il faut naviguer. Nous avions prévu de beaucoup naviguer au mois d'août.
Finalement, je me suis aussi beaucoup concentré sur des sujets techniques que nous pensions initialement traiter après la qualification. Nous avons décidé d'en avancer certains.
J'ai donc passé une bonne partie du mois d'août sur le bateau et sur ces différents sujets. Cela réduit forcément le temps de navigation, mais ce travail est également indispensable.
Avec un bateau à dérives, quel peut être ton objectif sportif face aux foilers ?
Il faut être lucide. Je viens du Figaro, où j'ai fini par me battre devant, et je vais retrouver en IMOCA certains marins que j'ai connus sur ce circuit. Plusieurs disposent maintenant de foilers de dernière génération capables de jouer la victoire.
Forcément, il pourra y avoir un peu de frustration. Mais chacun construit son projet avec ses moyens.
Je mesure déjà la chance que représente le fait d'être à la tête d'un projet IMOCA. Et il existe aussi cette bataille entre les bateaux à dérives. C'est un match dans le match auquel je tiens vraiment.
L'objectif est donc de tirer le maximum du bateau que nous avons plutôt que de prétendre courir exactement la même course que les IMOCA les plus récents.
Respire, ce n'est pourtant pas uniquement un projet sportif. Que veux-tu construire autour ?
Pour moi, le projet ne se résume pas au bateau et au Vendée Globe. Il y a évidemment le sportif, mais aussi l'aventure humaine et toute la dimension entrepreneuriale.
C'est un aspect que j'ai toujours assumé dans mes projets. Il faut trouver les partenaires, construire une équipe, faire fonctionner le bateau et réussir à donner une cohérence à l'ensemble.
Respire s'inscrit aussi dans la continuité d'un engagement que j'avais déjà lors de la Route du Rhum 2018 avec Ma Chance Moi Aussi. Cette dimension de partage fait partie de ce que j'ai envie de construire autour du projet.
Le Vendée Globe est un objectif sportif énorme, mais le projet doit aussi permettre d'embarquer d'autres personnes dans l'aventure.
Où en est justement le financement du projet ?
L'achat du bateau et le budget permettant de le faire fonctionner sont deux choses différentes.
L'acquisition est bouclée. En revanche, pour le fonctionnement, nous avons fait un pari. Si j'avais attendu d'avoir absolument tout le financement avant de commencer, il y avait un risque important que le projet ne parte jamais. Nous avançons donc avec un budget relativement serré. Le projet Route du Rhum ne se serait pas fait sans l'implication des 3 partenaires : SMW AUTOBLOK TOBLER / BLB TRANSFERT et JPS CONTRÔLE.
Le retour du bateau à La Rochelle a permis de développer cette partie. Le calendrier d'une entreprise n'est pas celui d'un sportif. Nous voudrions parfois que les décisions aillent beaucoup plus vite, mais il faut accepter ce rythme.
A la veille de la Route du Rhum, comment abordes-tu cette première grande course en IMOCA ?
Comme le début d'un rêve qui devient concret. J'ai un très bon souvenir de ma première Route du Rhum, en 2018, en Class40. L'ambiance à Saint-Malo est assez incroyable. Il faut aussi savoir gérer le contraste entre le village, où tu es entouré en permanence, et le moment où tu quittes tout le monde pour te retrouver seul sur le bateau.
Cette fois, je vais découvrir la course en IMOCA. J'espère évidemment pouvoir me battre avec les autres bateaux à dérives, mais ce sera d'abord une course d'apprentissage.
La priorité sera d'arriver en Guadeloupe, de continuer à apprendre le bateau et de le préserver. Le Vendée Globe 2028 reste l'objectif final. D'ici là, chaque course et chaque mille doivent nous permettre de construire le projet.

Fin 2023 après la solitaire, j'ai eu l'opportunité d'embarquer dans le projet IMOCA de Phil Sharp qui achevait la construction d'un foiler sur plan Manuard en tant que Boat Captain, évidemment cela a été très riche sur le plan technique, mais aussi et surtout sur le plan humain, c'est là que j'ai vraiment compris que je pouvais mener une équipe, que les gens me suivaient et me faisaient confiance, et finalement c'est peut-être là le déclic !
Tes années de Figaro t'ont apporté quoi pour l'IMOCA ?
Énormément de choses sur le plan sportif. C'est une classe extrêmement exigeante. Comme tout le monde navigue sur le même bateau, tu ne peux pas expliquer un résultat par les différences de matériel. Il faut travailler la navigation, la météo, les réglages, la vitesse et tous les détails.

Mes deux dernières saisons ont marqué une vraie progression. En 2023, pour ma dernière Solitaire, j'ai terminé huitième au général avec une troisième place sur la première étape.
Mais l'IMOCA demande autre chose en plus. Tu dois connaître ton bateau dans ses moindres détails et être capable de gérer beaucoup plus de systèmes.
Tu avais justement déjà une expérience technique importante avant de devenir skipper d'IMOCA ?
Oui. J'ai toujours eu ce double parcours de coureur et de technicien.
Avant même la Mini, je travaillais déjà comme technicien, principalement dans le Sud, sur des bateaux de propriétaires, parfois de grande taille. Ce n'étaient pas des IMOCA, évidemment, mais certaines problématiques techniques sont assez proches.

Plus récemment, j'ai été boat captain du bateau de Phil Sharp. Là, j'ai découvert un foiler neuf et une plateforme beaucoup plus complexe. J'étais impliqué dans les sujets concernant les foils, l'électronique et plus généralement dans les échanges avec tous les intervenants du projet.
Cette expérience m'a beaucoup apporté techniquement, mais aussi humainement. J'étais souvent en première ligne pour gérer l'équipe sur le terrain. Cela m'a permis de constater que j'étais capable de prendre cette responsabilité. Ça a compté dans ma décision de lancer mon propre projet.
Quand tu as cherché ton IMOCA, pourquoi ne pas avoir choisi un foiler ?
Je me suis posé la question. On a regardé la possibilité d'acheter un foiler d'ancienne génération.
Mais il faut ensuite considérer tout le projet. Pour exploiter correctement un foiler de première génération, il faut investir beaucoup plus d'argent que sur un bateau à dérives. Et même avec cet investissement, tu ne vas pas forcément pouvoir aller chercher les bateaux de dernière génération.

Avec les moyens dont nous disposions et vis-à-vis de nos partenaires, je trouvais ce pari compliqué.
Un bateau à dérives correspondait davantage à notre projet. Cela permet de consacrer les moyens disponibles à un bateau que l'on peut faire fonctionner correctement et que l'on peut réellement maîtriser.
Pourquoi avoir choisi précisément Respire ?
Ce n'était pas forcément le bateau qui était tout en haut de notre liste au départ. Nous avions d'abord beaucoup avancé sur un autre IMOCA. Le projet n'a finalement pas pu aboutir dans le calendrier que nous avions et le bateau a été acheté par quelqu'un d'autre.
Nous avons donc repris nos recherches. J'ai appelé Manu Cousin et il m'a détaillé tout ce qui avait été réalisé sur son bateau. Dès la première visite, la décision est devenue assez évidente.

Le premier critère était l'état du composite et de la structure. Pour moi, c'était fondamental. Ensuite, le bateau avait bénéficié d'un gros travail d'optimisation avant le Vendée Globe 2024, notamment avec Mer Agitée et Mer Forte.
Et il y avait un autre aspect beaucoup plus pratique : Manu était basé aux Sables-d'Olonne et moi à La Rochelle. Pour la passation et la prise en main, cette proximité simplifie énormément les choses. Quand ton budget est encore serré, cela compte.
Le bateau a pourtant près de vingt ans. Que reste-t-il de l'IMOCA mis à l'eau en 2007 ?
Il faut vraiment éviter de regarder uniquement son année de construction. Ce n'est plus exactement le bateau de sa mise à l'eau. Il a connu beaucoup de modifications au fil de sa carrière. Les ballasts ont notamment évolué, le gréement a été modifié et il y a eu un travail important sur la structure et sur différents systèmes.

C'est la particularité de ces IMOCA. Ils ont parfois presque vingt ans, mais ils n'ont cessé d'évoluer.
À bord, on retrouve aussi des solutions qui sont devenues assez classiques sur les IMOCA actuels. Il y a eu un vrai travail pour moderniser le fonctionnement du bateau.
À l'intérieur, en revanche, on reste dans un univers extrêmement dépouillé…
Oui. On a ce dont on a besoin, sans beaucoup plus.
Il y a le coin cuisine, et une bannette de chaque côté. Ensuite, une part importante du volume est occupée par les systèmes.
Derrière nous, par exemple, on retrouve toute une partie de la gestion électrique. Sous cette zone se trouvent les six batteries lithium du bateau.
Quel souvenir gardes-tu de ta 1ère Route du Rhum ?
Evidemment un super souvenir même si sur le plan sportif il y avait eu pas mal de frustration avec 20h d'arrêt à Cascais à la sortie de plusieurs front assez actifs ! Je ne partais pas pour gagner mais j'avais un bon bateau et des vitesses intéressantes dans l'alizée qui m'aurait permis de jouer dans les 10 sans problèmes…
Je me souviens aussi du village et des émotions du départ, de la transition sur laquelle j'avais été largement averti mais qui avait été quand même compliquée pour moi ! Bref c'était une expérience riche et a priori c'est quand même bien de l'avoir vécu une fois avant…
Avec ton profil de technicien, as-tu besoin de connaître toi-même chaque système ?
Oui, clairement. Cela fait partie de ma manière d'aborder le projet. Je veux savoir comment fonctionne le bateau et pourquoi les choses ont été installées de telle ou telle manière. Au large, quand il y a un problème, tu es seul. Tu dois être capable de faire un diagnostic et, dans beaucoup de cas, de trouver une solution.

C'est aussi pour cela que je ne voulais pas brûler les étapes avant de passer en IMOCA. Je voulais avoir suffisamment de bagage technique pour ne pas découvrir complètement cet aspect au moment de lancer mon projet.
Évidemment, cela ne veut pas dire que je connais déjà tout de Respire. Il faut maintenant transformer la connaissance générale en connaissance très précise de ce bateau.
As-tu suffisamment navigué depuis la prise en main du bateau ?
Pas autant que nous l'aurions voulu. Il n'y a pas de secret : pour apprendre un bateau, il faut naviguer. Nous avions prévu de beaucoup naviguer au mois d'août.
Finalement, je me suis aussi beaucoup concentré sur des sujets techniques que nous pensions initialement traiter après la qualification. Nous avons décidé d'en avancer certains.
J'ai donc passé une bonne partie du mois d'août sur le bateau et sur ces différents sujets. Cela réduit forcément le temps de navigation, mais ce travail est également indispensable.
Avec un bateau à dérives, quel peut être ton objectif sportif face aux foilers ?
Il faut être lucide. Je viens du Figaro, où j'ai fini par me battre devant, et je vais retrouver en IMOCA certains marins que j'ai connus sur ce circuit. Plusieurs disposent maintenant de foilers de dernière génération capables de jouer la victoire.
Forcément, il pourra y avoir un peu de frustration. Mais chacun construit son projet avec ses moyens.
Je mesure déjà la chance que représente le fait d'être à la tête d'un projet IMOCA. Et il existe aussi cette bataille entre les bateaux à dérives. C'est un match dans le match auquel je tiens vraiment.
L'objectif est donc de tirer le maximum du bateau que nous avons plutôt que de prétendre courir exactement la même course que les IMOCA les plus récents.
Respire, ce n'est pourtant pas uniquement un projet sportif. Que veux-tu construire autour ?
Pour moi, le projet ne se résume pas au bateau et au Vendée Globe. Il y a évidemment le sportif, mais aussi l'aventure humaine et toute la dimension entrepreneuriale.
C'est un aspect que j'ai toujours assumé dans mes projets. Il faut trouver les partenaires, construire une équipe, faire fonctionner le bateau et réussir à donner une cohérence à l'ensemble.
Respire s'inscrit aussi dans la continuité d'un engagement que j'avais déjà lors de la Route du Rhum 2018 avec Ma Chance Moi Aussi. Cette dimension de partage fait partie de ce que j'ai envie de construire autour du projet.
Le Vendée Globe est un objectif sportif énorme, mais le projet doit aussi permettre d'embarquer d'autres personnes dans l'aventure.
Où en est justement le financement du projet ?
L'achat du bateau et le budget permettant de le faire fonctionner sont deux choses différentes.
L'acquisition est bouclée. En revanche, pour le fonctionnement, nous avons fait un pari. Si j'avais attendu d'avoir absolument tout le financement avant de commencer, il y avait un risque important que le projet ne parte jamais. Nous avançons donc avec un budget relativement serré. Le projet Route du Rhum ne se serait pas fait sans l'implication des 3 partenaires : SMW AUTOBLOK TOBLER / BLB TRANSFERT et JPS CONTRÔLE.
Le retour du bateau à La Rochelle a permis de développer cette partie. Le calendrier d'une entreprise n'est pas celui d'un sportif. Nous voudrions parfois que les décisions aillent beaucoup plus vite, mais il faut accepter ce rythme.
A la veille de la Route du Rhum, comment abordes-tu cette première grande course en IMOCA ?
Comme le début d'un rêve qui devient concret. J'ai un très bon souvenir de ma première Route du Rhum, en 2018, en Class40. L'ambiance à Saint-Malo est assez incroyable. Il faut aussi savoir gérer le contraste entre le village, où tu es entouré en permanence, et le moment où tu quittes tout le monde pour te retrouver seul sur le bateau.
Cette fois, je vais découvrir la course en IMOCA. J'espère évidemment pouvoir me battre avec les autres bateaux à dérives, mais ce sera d'abord une course d'apprentissage.
La priorité sera d'arriver en Guadeloupe, de continuer à apprendre le bateau et de le préserver. Le Vendée Globe 2028 reste l'objectif final. D'ici là, chaque course et chaque mille doivent nous permettre de construire le projet.


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