Sur la Route du Rhum, certains skippers ont vu la victoire leur échapper alors qu'ils semblaient avoir fait le plus dur. Une poignée de secondes, un chavirage, un échouement ou un dernier tour de Guadeloupe compliqué ont parfois suffi à bouleverser le classement. De Michel Malinovsky à Gilles Buekenhout, retour sur cinq courses dont le dénouement a déjoué tous les pronostics.
1978 : Michel Malinovsky perd la première Route du Rhum pour 98 secondes
Le 28 novembre 1978, Michel Malinovsky approche de Pointe-à-Pitre à bord de Kriter V, un monocoque de 21 mètres. Après plus de 23 jours de course, il semble tenir la victoire de cette première Route du Rhum. Mais derrière lui, Mike Birch revient à grande vitesse sur son trimaran Olympus Photo, long de seulement 11 mètres. À l'approche de la Guadeloupe, l'avance de Malinovsky fond et les deux navigateurs se retrouvent au contact.

Birch parvient finalement à passer devant et franchit la ligne après 23 jours, 6 heures, 59 minutes et 35 secondes de navigation. Malinovsky arrive seulement 1 minute et 38 secondes plus tard. Après une traversée de l'Atlantique, tout s'est joué en 98 secondes.
Cette arrivée entre immédiatement dans l'histoire. Au-delà du duel entre deux navigateurs, elle démontre le potentiel des multicoques face aux grands monocoques océaniques. Le petit trimaran de Mike Birch vient de remporter une course que beaucoup imaginaient ...
... promise à un bateau plus grand.
En 2002, Stève Ravussin domine la Route du Rhum à bord de TechnoMarine-Match TV, un trimaran ORMA. L'édition est particulièrement éprouvante pour les multicoques, avec de nombreuses avaries et plusieurs abandons.
Le navigateur suisse a pourtant réussi à préserver son bateau et à creuser un écart considérable. Le 19 novembre, il ne lui reste que 734 milles à parcourir jusqu'à Pointe-à-Pitre. Michel Desjoyeaux, son premier poursuivant, se trouve à plus de 700 milles derrière lui. La victoire semble à sa portée. Mais dans la nuit, alors qu'il profite d'une accalmie pour dormir, un grain frappe son trimaran.
Le bateau navigue sous grand-voile réduite et gennaker. Surpris par une violente rafale, il accélère et enfourne. Ravussin se réveille et tente de choquer son gennaker, sans parvenir à empêcher le chavirage.
En quelques secondes, son trimaran se retourne. Le skipper est indemne, mais sa Route du Rhum est terminée.
Michel Desjoyeaux remportera finalement cette édition à bord de Géant. L'épisode reste l'un des plus cruels de l'histoire de la course. Ravussin avait traversé une grande partie de l'Atlantique dans des conditions difficiles et semblait avoir fait le plus dur. Un seul grain aura suffi à mettre fin à ses espoirs.
Quarante ans après le duel Malinovsky-Birch, la Route du Rhum offre un nouveau retournement spectaculaire.
En 2018, François Gabart mène la course à bord de son maxi-trimaran Macif. Il possède jusqu'à 165 milles d'avance sur Francis Joyon, qui navigue sur IDEC Sport. Mais Gabart doit composer avec un bateau diminué. Au cours de la traversée, il a perdu son foil tribord et son safran bâbord. Ces avaries compliquent la conduite du trimaran et réduisent son potentiel.
Joyon revient progressivement. À l'approche de la Guadeloupe, l'écart se resserre, jusqu'à devenir infime.
Le contournement de l'île va tout changer. Sous le vent de Basse-Terre, les deux bateaux rencontrent des conditions très instables, avec des zones de calme et des risées difficiles à exploiter. À la dernière marque du parcours, Gabart conserve encore 17 minutes d'avance. Mais Joyon poursuit sa remontée.
Les deux maxi-trimarans finissent par naviguer au contact. Dans les derniers milles, les virements de bord et les choix de trajectoire deviennent décisifs. Francis Joyon prend finalement l'avantage et franchit la ligne le 11 novembre 2018, après 7 jours, 14 heures, 21 minutes et 47 secondes de course.
François Gabart arrive seulement 7 minutes et 8 secondes plus tard. Après avoir mené l'essentiel de la traversée, le skipper de Macif laisse échapper la victoire dans les dernières manœuvres.
Quelques jours après le duel entre Joyon et Gabart, la Route du Rhum connaît un autre retournement de situation, cette fois dans la catégorie IMOCA. Alex Thomson domine la course à bord de Hugo Boss. Le navigateur britannique possède une avance confortable sur ses poursuivants et semble se diriger vers sa première victoire dans la transatlantique.
Mais dans la nuit du 15 au 16 novembre, à environ 70 milles de l'arrivée, Thomson s'endort et son monocoque s'échoue sur la côte nord de la Guadeloupe, près de la Grande Vigie. Le skipper parvient à dégager son bateau, notamment en utilisant son moteur. Il reprend ensuite sa route vers Pointe-à-Pitre et franchit la ligne en première position.
Cependant, l'utilisation du moteur pour se dégager de la côte contrevient aux règles de course. Le jury lui inflige une pénalité de 24 heures.
Cette sanction bouleverse le classement. Paul Meilhat, arrivé derrière Thomson à bord de SMA, devient officiellement vainqueur de la catégorie IMOCA. Le Britannique, qui avait dominé la traversée, perd ainsi une victoire presque acquise à la suite d'un échouement survenu à quelques heures de l'arrivée.
Vingt ans après Stève Ravussin, Gilles Buekenhout connaît une mésaventure comparable lors de la Route du Rhum 2022. À 60 ans, le navigateur belge mène confortablement la catégorie Rhum Multi à bord de Jess, un trimaran de 40 pieds dessiné par Martin Fischer et Benoît Cabaret. Depuis la sortie du golfe de Gascogne, Buekenhout occupe la tête de sa catégorie. Le 23 novembre, il se trouve à seulement 225 milles de la Tête à l'Anglais, au nord de la Guadeloupe, avec environ une journée d'avance sur ses poursuivants. La victoire semble proche.
Mais alors qu'il navigue sous gennaker, une vague plus forte que les autres soulève l'arrière du trimaran. Jess accélère, enfourne brutalement et chavire par l'avant. Le skipper est projeté à l'eau, avant de réussir à regagner la coque retournée. Buekenhout déclenche sa balise de détresse et prévient la direction de course. Il sera finalement récupéré par un navire de commerce. Son bateau, retrouvé quelques jours plus tard (à l'endroit!), et sera remorqué jusqu'en Guadeloupe puis réparé.
L'histoire ne s'arrête pourtant pas au chavirage. Gilles Buekenhout réussira à sauver Jess et à le ramener en Europe, au terme d'une importante opération de récupération et de remise en état.
2002 : Stève Ravussin chavire avec plus de 700 milles d'avance
En 2002, Stève Ravussin domine la Route du Rhum à bord de TechnoMarine-Match TV, un trimaran ORMA. L'édition est particulièrement éprouvante pour les multicoques, avec de nombreuses avaries et plusieurs abandons.
Le navigateur suisse a pourtant réussi à préserver son bateau et à creuser un écart considérable. Le 19 novembre, il ne lui reste que 734 milles à parcourir jusqu'à Pointe-à-Pitre. Michel Desjoyeaux, son premier poursuivant, se trouve à plus de 700 milles derrière lui. La victoire semble à sa portée. Mais dans la nuit, alors qu'il profite d'une accalmie pour dormir, un grain frappe son trimaran.

Le bateau navigue sous grand-voile réduite et gennaker. Surpris par une violente rafale, il accélère et enfourne. Ravussin se réveille et tente de choquer son gennaker, sans parvenir à empêcher le chavirage.
En quelques secondes, son trimaran se retourne. Le skipper est indemne, mais sa Route du Rhum est terminée.
Michel Desjoyeaux remportera finalement cette édition à bord de Géant. L'épisode reste l'un des plus cruels de l'histoire de la course. Ravussin avait traversé une grande partie de l'Atlantique dans des conditions difficiles et semblait avoir fait le plus dur. Un seul grain aura suffi à mettre fin à ses espoirs.
2018 : François Gabart perd son avance dans le tour de la Guadeloupe
Quarante ans après le duel Malinovsky-Birch, la Route du Rhum offre un nouveau retournement spectaculaire.
En 2018, François Gabart mène la course à bord de son maxi-trimaran Macif. Il possède jusqu'à 165 milles d'avance sur Francis Joyon, qui navigue sur IDEC Sport. Mais Gabart doit composer avec un bateau diminué. Au cours de la traversée, il a perdu son foil tribord et son safran bâbord. Ces avaries compliquent la conduite du trimaran et réduisent son potentiel.
Joyon revient progressivement. À l'approche de la Guadeloupe, l'écart se resserre, jusqu'à devenir infime.

Le contournement de l'île va tout changer. Sous le vent de Basse-Terre, les deux bateaux rencontrent des conditions très instables, avec des zones de calme et des risées difficiles à exploiter. À la dernière marque du parcours, Gabart conserve encore 17 minutes d'avance. Mais Joyon poursuit sa remontée.
Les deux maxi-trimarans finissent par naviguer au contact. Dans les derniers milles, les virements de bord et les choix de trajectoire deviennent décisifs. Francis Joyon prend finalement l'avantage et franchit la ligne le 11 novembre 2018, après 7 jours, 14 heures, 21 minutes et 47 secondes de course.
François Gabart arrive seulement 7 minutes et 8 secondes plus tard. Après avoir mené l'essentiel de la traversée, le skipper de Macif laisse échapper la victoire dans les dernières manœuvres.
2018 : Alex Thomson franchit la ligne en tête, mais perd sur pénalité
Quelques jours après le duel entre Joyon et Gabart, la Route du Rhum connaît un autre retournement de situation, cette fois dans la catégorie IMOCA. Alex Thomson domine la course à bord de Hugo Boss. Le navigateur britannique possède une avance confortable sur ses poursuivants et semble se diriger vers sa première victoire dans la transatlantique.
Mais dans la nuit du 15 au 16 novembre, à environ 70 milles de l'arrivée, Thomson s'endort et son monocoque s'échoue sur la côte nord de la Guadeloupe, près de la Grande Vigie. Le skipper parvient à dégager son bateau, notamment en utilisant son moteur. Il reprend ensuite sa route vers Pointe-à-Pitre et franchit la ligne en première position.

Cependant, l'utilisation du moteur pour se dégager de la côte contrevient aux règles de course. Le jury lui inflige une pénalité de 24 heures.
Cette sanction bouleverse le classement. Paul Meilhat, arrivé derrière Thomson à bord de SMA, devient officiellement vainqueur de la catégorie IMOCA. Le Britannique, qui avait dominé la traversée, perd ainsi une victoire presque acquise à la suite d'un échouement survenu à quelques heures de l'arrivée.
2022 : Gilles Buekenhout chavire à 225 milles de la Guadeloupe
Vingt ans après Stève Ravussin, Gilles Buekenhout connaît une mésaventure comparable lors de la Route du Rhum 2022. À 60 ans, le navigateur belge mène confortablement la catégorie Rhum Multi à bord de Jess, un trimaran de 40 pieds dessiné par Martin Fischer et Benoît Cabaret. Depuis la sortie du golfe de Gascogne, Buekenhout occupe la tête de sa catégorie. Le 23 novembre, il se trouve à seulement 225 milles de la Tête à l'Anglais, au nord de la Guadeloupe, avec environ une journée d'avance sur ses poursuivants. La victoire semble proche.

Mais alors qu'il navigue sous gennaker, une vague plus forte que les autres soulève l'arrière du trimaran. Jess accélère, enfourne brutalement et chavire par l'avant. Le skipper est projeté à l'eau, avant de réussir à regagner la coque retournée. Buekenhout déclenche sa balise de détresse et prévient la direction de course. Il sera finalement récupéré par un navire de commerce. Son bateau, retrouvé quelques jours plus tard (à l'endroit!), et sera remorqué jusqu'en Guadeloupe puis réparé.
L'histoire ne s'arrête pourtant pas au chavirage. Gilles Buekenhout réussira à sauver Jess et à le ramener en Europe, au terme d'une importante opération de récupération et de remise en état.

/ 


































